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Journal d'un voyage, août 2005

February 12

Vous êtes le...

un compteur pour votre site ème visiteur depuis le 5 novembre 2005, merci...
Vous ne laissez pas beaucoup de commentaires mais je vous vois lire dans les statiqtiques. Ca me fait très plaisir. J'essaie de vous imaginer
Ah !
Et vous êtes sur le blog2 de => Lasorc <=...

Prologue

MES MEILLEURES VACANCES

Journal d’un voyage contrarié 

Putain ! Merde ! J'aimerais dire tous les pires mots de la terre. Les dire ? Non ! Les hurler ! ! Impossible de trouver le théâtre d'Epidaure. Et pour cause ! Il n'est pas à Epidaure. Fallait savoir ça. Je viens de me payer 70 bornes pour rien. Enorme parking blindé. Des dizaines de bus, des centaines de voitures. Les chauffeurs me regardent de la tête aux pieds avec des regards lubriques. Vu les nerfs que j'ai, je leur cracherais bien à la gueule. Un gardien m'indique un raccourci. J'arrive devant la grille. Deux gardiens me demandent mon ticket. Je suis en rage ! Mais où est-ce qu'on peut en avoir un bordel ???? Des touristes italiens essaient de moyenner l'entrée "free". Ils m'énervent les blaireaux. Je lance mon pied, de rage. Merde, merde, merde !...

 

 

 Prologue.

 

Au mois de mai dernier, j’ai annoncé à Athena, ma copine grecque étudiante à Paris que je connais depuis près de 10 ans, que cette année, après plusieurs relances de sa part, j’allais en Grèce.

Trois semaines.
Nous avons convenu que je resterai entre une semaine et 10 jours chez elle.

Si possible à mon arrivée puisque je ne connais rien ni personne en Grèce.

C’est sous réserve de la présence de sa sœur à la maison. N’ayant pas encore mon billet et ne sachant pas la date du retour de sa sœur, nous en restons là.

Le soir de cette discussion, elle rencontre Cosimo, un étudiant italien en médecine à Paris…

Au mois de juin, je lui donne les dates de mon séjour en Grèce. Du 10 août au 2 septembre.

En fait, je pars le 8 août et reviens le 4 septembre. Je me suis amusée sur Internet à vouloir trouver le moins cher.

J’ai donc un aller retour Athènes-Berlin chez Easy Jet pour 179 €. Que je complète avec un billet prem’s  Thalys Paris-Berlin à 50 €. La correspondance Easy Jet me fait attendre 11 heures dans l’aéroport… Quitte à m’arrêter à Berlin, autant voir quelque chose.

Elle me demande ce que j’ai prévu.

Rien pour l’instant.

J’ai acheté le guide du routard de la Grèce continentale puisque mon cousin globe trotteur s’est foutu de moi quand je lui ai demandé des conseils.

J’achèterai aussi une tente parce que je veux aller aux Météores. Depuis le temps que mes parents m’en parlent. Ils m’en ont repassé une couche. Et puisque mon père insiste, j’irai.

Elle ne viendra pas avec moi. Elle déteste le camping. Soit.

On aura passé la moitié de mon séjour ensemble de toute façon.

Et puis, le mois de juillet se prépare à la Maison de la Jeunesse.

Avec son nombre irréel d’heures sup’. Et une mauvaise ambiance grandissante. Pression constante. Je laisse le temps filer. Sans me préoccuper de mon voyage. Je m’amuse sur mon blog. Seule distraction efficace. Je rencontre GF.

Mais le 5, je me réveille. Je sais qu’Athena part le 12 et on ne s’est toujours pas vues. Même si je suis épuisée, il faut le faire maintenant. Prendre rendez-vous au moins. Elle me répond le 7 qu’elle est déjà partie, et « alors ? Tes plans ? » Je lui renvoie un mail, étonnée de son départ. Sans prévenir. Du ton qu’elle prend. Elle me répond de manière agressive qu’elle est déjà assez mal comme ça, seule et fatiguée comme jamais dans sa vie. Qu’elle ne me comprend pas puisque je devais réserver dans les campings. Effectivement, on ne s’est pas comprises. Peu importe. Mon départ est dans un mois, on verra sur place. Je lui demande de m’excuser d’avoir pensé qu’elle cherchait à me fuir. Je lui demande si sa sœur sera là le 10. Si elle le sait déjà ou pas encore. Pour que je réserve dès maintenant à Athènes si je ne vais pas directement chez elle en arrivant. Elle me répond je cite : « Il est hors de question que tu ailles dans un camping à Athènes ! D'ailleurs ma soeur arrive le 20 août donc il y de la place chez ma mère. Dans le cas où je ne serai pas a Athènes le 10 je te le dirai pour que tu me rejoignes. Pour l'instant, je suis a Athènes et j'y reste. De près je te parlerai de raisons qui m'ont fait fuir Paris si rapidement. A bientôt. »

OK, donc je m’occupe de mon itinéraire à partir du 20 août. Je le verrai sûrement en partie avec elle. Elle me conseillera sûrement. Je lui redemande si elle ne veut vraiment pas venir avec moi aux Météores. « Si je suis déjà à Athènes le 10 août on pourra aller où tu veux jusqu'au 19 mais pas dans un camping !!! Je pars en Crête, peut-être dimanche, et je verrai combien de temps je resterai là-bas. Sinon, il y a une possibilité que je parte en Sicile mais pour le moment c'est très très loin et indéterminé ! »

Je me dis que je suis vraiment fatiguée par le boulot. Je ne comprends rien. Je laisse tomber. On verra sur place. Je lui fais quand même part de mon inquiétude. Elle me demande de dédramatiser. Que si elle n’est pas là je la rejoindrai. Que de toute façon elle doit voir sa sœur (qui revient le 20 !) … Bref, je lâche l’affaire. Silence radio jusqu’au départ.

Elle m’avait donné son adresse il y a 4 ans. Sur un petit bout de papier. Il est intact. Je me ferai déposer là en taxi. Je ne suis pas plus inquiète que ça à cette date. Ce qui m’inquiète un peu, c’est que je n’ai pas réservé dans l’auberge de jeunesse de Berlin. Une inquiétude moyenne. Noyée dans la pression d’une ambiance de travail démotivante. Je me mets en pilote automatique. Je me protège. Rien ne m’atteint.

Connaissant Athena et espérant qu’elle va me traîner dans des soirées, j’emmène beaucoup de fringues pour sortir. Pour ne pas avoir à faire de lessive aussi. J’ai deux shorts et quelques débardeurs pour ma semaine camping. Très peu de fringues pour barouder en tout cas. Mon guide du routard, deux paires de tongues. deux appareils photos. Je ne prends pas celui qui est désormais attribué au N&B, en Grèce, ça serait le comble. Mon pied. Mon duvet. Un tapis de sol. 4 bouquins pour les transports. Un sac à dos pour l’Allemagne. Pour ne pas avoir à ouvrir les autres sacs.

J’ai un gros sac en cuir marocain : mes fringues.

Un gros sac à roulettes : mes appareils, mes chaussures, mon pied, ma tente…

Un sac à dos : des trucs pour les transports, les détails de dernières minutes, mes bouquins, les fringues pour Berlin.

Un peu chargée au départ donc me direz-vous.

Mais ça n’a pas d’importance. Je laisserai le surplus chez Athena pour la deuxième partie de mon séjour.

 

Le journal que vous allez peut-être suivre et qui commence maintenant a été mon compagnon pendant 27 jours. Pas tous les jours. Mais il les raconte tous. Dans ses grandes lignes au moins. Dans ces détails qui étaient importants pour moi. Vous ne verrez nulle part que je n’ai pas mis de string une seule fois, les moments de silence, la cigarette à la main, vous n’entendrez pas la police grecque au sirènes américaines. Ni la signalisation des arrêts de métro allemands comme les sirènes de pompiers français, ou leur signalisation des feux pour les non voyants en tic tac de métronomes. Vous n’aurez que des bouts, des parcelles de ce que j’aurais voulu écrire. Il m’arrivait de penser des choses à écrire et de les oublier avant de le faire. Ou à l’inverse de noter des détails sur un papier et les trouver inintéressants quand j’écrivais. Bref, dans ce récit certains éléments auront été supprimés, d’autres rajoutés avec la prise de recul. Avec le jeu de la mémoire. En tout cas tout est vrai. Non, « tout est ma réalité » est plus juste. Toute ressemblance avec des personnes existantes est donc fortement normale, complètement voulue. Mais si bon nombre de noms ont été changés, beaucoup ne vous diront rien puisque vous ne connaissez pas les personnes qui les portent, et qu’ils ne jouent aucun rôle dans l’histoire. C’est mon journal quand même ! Mais j’espère sincèrement que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j’ai eu à l’écrire.

 

Parce qu’à travers lui, c’était vous, mes compagnons de route !

Départ

A. Berlin.

I/8 août.

 

Nous arrivons à l'heure à la gare de l'Est.

Je me dis que c'est vraiment dommage qu'on ne se soit pas parlé pendant un an. si on l'avait fait, je serais allée à son mariage. C'est con hein mais je regrette de ne pas y être allée. Cette fille compte vraiment pour moi. Je m'en rends encore plus compte quand je lui demande si elle n'a pas gueulé quand elle a vu qu'on lui avait renversé du coca sur son siège en velours. A l'arrière de sa nouvelle voiture. Elle hausse les épaules et me dit « c'est rien ça, je les nettoierai ». Je pense à ce que ma mère aurait hurlé. Et moi ? Merde, je vais ressembler à ma mère !

On arrive en avance à la gare de l'Est. C'est bien. J'aurais le temps de lui offrir un café. Premier panneau : aucun train ne correspond au mien. "Arrivées en gare". Donc, normal. Deuxième panneau : banlieue. Troisième panneau : aucun train non plus. Je sors mon billet : Paris-Nord. Merde ! Il est 05 ! On doit y arriver en vingt minutes en prévision d'une autre poisse.

Quand on est ensemble, on double notre poisse toutes les deux. Le tour de la gare pour rien. Voiture. Gare du Nord. Impec'. On monte les bagages. Il n'y a déjà plus de place. Pourtant il n'y a que trois personnes. Deux Allemands aux chevilles enflées rentrent chez eux. Un vieux monsieur voyage tout seul. Je suis à côté de lui. J'ai le temps de fumer une cigarette. Un autre type fume sur le quai. Il y a de beaux yeux. Encore merci à Saïda, et c'est le départ. J'appréhende le voyage à l'envers. Le type du quai vient s'asseoir en face de moi. Je sors un bouquin. Philippe Delerm. Des nouvelles, c'est facile. Ce ne tient pas la concentration sur la durée. Idéal pour le train. Le monsieur près de moi lit déjà. Le type en face sort un magazine. Un magazine de moto. Le sixième passager arrive in extremis. Il range son sac (il trouve encore une place !) et s'en va. Il revient cinq minutes plus tard et reprend ses affaires. Il a dû trouver un compartiment vide. Pour dormir c'est mieux. Le monsieur à côté de moi dit une fois qu'il est parti que tout est réservé. Et on se met à parler. Et le type en face n'attendait que ça lui aussi. Parler. Les Allemands ouvrent une bouteille de rosé, sortent des verres en verre et pique-niquent. On s'étonne de la différence de prix de nos billets. Je n'ai vu que cinq nouvelles de la Sieste Assassinée. Un contrôleur arrive. Je n'ai pas mon billet. J'appelle Saïda pour savoir si elle sait où je l'ai mis : n'importe quoi ! Ça me fait rire. Bon, je l'ai. Il était sous le pull que le type d’en face avait mis sur son siège. Comment est-il arrivé là ? Je l'ai bien vu mais je n'avais pas osé prendre, pensant impossible qu'il atterrisse là. Le contrôleur note au passage que je suis une maligne avec mon billet à 25 €. A 22 h, on décide d'aller au wagon restaurant le type et moi. Le vieux monsieur ayant des problèmes de diabète a mangé avant de partir.

C'est la compagnie allemande qui sert. A table. Et c'est bon. Le type qui avait proposé de goûter le vin qu'il produit, est parti chercher une bouteille. Je me rends compte qu'on parle depuis presque trois heures et qu'on ne sait pas comment on s'appelle.

Simon.

Il est bon ton vin Simon.

Il est doux et laisse la langue râpeuse tout ce que j'aime.

Manque un morceau de roquefort.

Mais les serveurs sont partis. J'appelle Makaï mais il dormait. Je le rappellerai demain. Il s'inquiète. Il a dû appeler quatre fois aujourd'hui.

Bon, faudrait pas qu'on arrive avec la tête à l'envers.

Les jeunes Anglais qui m'ont prise pour la « wife » de Simon finiront le peu qu'on a laissé dans la bouteille.

Tentative de « dormage » maintenant. Ça pue des pieds dans le compartiment. J'ai tout le temps mal quelque part même si j'ai mon oreiller. Je n'arrête pas de penser à mon tapis et mon duvet. Simon tire mon siège pour l'allonger. Merci. Mais c'est pas encore ça. Je regarde : tout le monde a les pieds en l'air. Sur le siège en face. Je sors tant bien que mal mon tapis. Mon duvet. C'est parti. Par terre.

J'enlève mon pull et mon pantalon. Je prends mon oreiller. Je regarde les deux qui ne dorment pas. Simon et le vieux et je leur dis : « je penserai à vous ». Hop, dodo. J'ai juste le temps d'entendre qu'ils sont partis à la recherche d'un compartiment vide avant de sombrer. Il doit être 2 ou 3h. Vers 6h je me réveille. Les Allemands sont surpris de me trouver là, et ne savent pas comment faire pour aller aux toilettes. J'ai envie de me laver les dents. Je me pousse et me rendors. Jusqu'à 8 h 10. Le vieux est là.

C'est ma gare. (9 août)

Merde !

- Combien de temps dans la station ?

- Encore deux.

- Naaaan ! Combien de temps il reste là le train ?

- Oh, bah 2, 3 minutes pas plus.

Pendant ce temps je m'excite. M'Habille. Range mon duvet. Et me dit qu'il n'y aura plus de contrôleur. On est encore dans la périphérie. Le vieux descend à la prochaine. Je sais que je devrais le suivre parce qu'il va dans un hôtel où il y a encore de la place. Mais il est saoulant. Ça doit être un type seul. Je reste avec Simon. Jusqu'à la prochaine station. Il m'aide à sortir mes 40 kilos de bagages. Et on se sépare.

- Bon bah salut.

- Salut.

- C'était sympa de faire le voyage avec toi.

- Ouais.

La bise.

Putain ce que c'est cool ce genre de type . Je suis contente. Rien de trop. Rien de pas assez.

Je sors. Wahou ! La zone ! Il fait moche. Tout est gris et sale.

Plein de camelots dont je ne vois que les pointes des abris. Et un camion ouvert style boulangerie. Je prends un café et un gâteau lourd aux pommes aux raisins. Ça plairait à Makaï.

Merde.

Comment je vais faire ? Heureusement que tout est en euro. Le tour de la gare. Encore. Je veux savoir où est  l'office de tourisme. J'ai l'adresse.

- Alexander Platz.

- Danke.

Billet. Ah ! Ça ne prend pas la carte.

- Change please. Thanks.

Ça parle français près de la machine. Je rencontre Marie et Jonathan. De Nancy...

Berlin

II/

 

       Nous allons à l'office de tourisme dont je viens de demander le chemin à la gare. J'obtiens le moyen de me rendre à l'auberge de jeunesse et les horaires de métro et de train avec les correspondances pour me rendre à l'aéroport demain. Impec'. Avec Marie et Jonathan on se donne rendez-vous à 20 h. Puis finalement à 19 h. Au même endroit. Ils ont l'intention de se coucher tôt. Ça me va. Passer la journée seule à lutter avec mon pauvre anglais et retrouver un peu de jactance avec des mots français. Pour dire ce qu'on a fait de cette première journée dans cette ville inconnue et déjà hostile.

      Je file vers ma chambre. J'ai envie de me débarrasser de mes bagages encombrants et surtout de prendre une douche. Je prends le RER. Tout est simple. Je descends au bon arrêt. Jusque-là tout va bien. Quelle horreur ! C'est sordide comme quartier. Gris. Dortoir. Il pleut en plus. J'ai froid. Je vais vers l'arrêt de bus et demande comment me rendre à la rue de l'auberge à une autochtone qui attend un bus. Elle hésite un peu. Puis son regard s'illumine, elle me montre une direction. C'est parti.

       Le sol est mi caillouteux, mi pavé. Avec les roulettes de mon sac c'est génial. Je commence à regretter d'avoir mis mes jolies babouches en pensant ne pas avoir à marcher. Au bout d'un quart d'heure de marche dans un décor de région parisienne qui aurait des relents du Nord, je demande ma route à des ouvriers. Ils m'indiquent... L'opposé de ma direction. L'horreur. Faut que je me retape tout ça. L'un d'entre eux va chercher un plan. Danke messieurs. Je fais donc demi-tour et repasse devant la gare. Je suis déjà beaucoup moins énergique. Mon sac n'en peut plus de rouler et n'arrête pas de se retourner. Je commence à m'énerver tout haut. Je m'arrête. Je n'en peux plus moi non plus. Ça fait trois quarts d'heure que je marche. Soit un quart d'heure dans la bonne direction sur un trottoir défoncé. Un cycliste s'arrête près de moi. « Left. Left. Five minutes. » Au bout de dix minutes je maudis les cinq minutes de cycliste. C'est le quatrième retournement de mon sac. Je lâche tout et hurle « Quelle ville de merde ». Ça fait du bien.

Téléphone.

-- Oui papa. Oui ça va. Tout va bien.

-- Si tu t'emmerdes cet après-midi tu peux aller au zoo. Il est pas mal.

-- OK, bah je vais me promener un peu sûrement, alors je verrai. Mais je te remercie.

 

C'est reparti. Merci papa pour ce petit répit téléphonique pendant lequel j'ai laissé tout en plan au milieu du trottoir.

-- Allo, bitte, vous parlez anglais ? Non ! Bon ! Je voudrais aller là (je montre l'adresse).

Hésitation et illumination, elle me montre la plaque de la rue. Elle commence tout juste.

-- danke.

'tain, sont graves ici. Ils habitent là et ne connaissent même pas les rues. Bon. C'est bientôt la fin. Sauf que ça commence aux 64 d'un côté, 59 de l'autre et qu'à côté du 64, c'est le 65. rho la la. 70, 71, 72, 73, 74, 75 et... Un trou, 77. C'est justement au 76 que je vais putain ! Ah. Un renforcement. Je sors la brochure pour voir la photo et...

C'est ça ! J'y suis ! Yeeeees !... 

 III/

 

Mon anglais ne tient pas la route et j'ai peur de ne pas comprendre les 15 € qu'elle m'annonce. Si, si, 15 € ! Mais ils ne prennent que du cash en dessous de 50 €. La banque est proche il paraît. Je commence à me méfier de la notion du « proche » locale. Je pose mes sacs dans une salle commune et j'y vais, en n'osant imaginer les kilomètres qui me séparent de la maudite « kasse ». Mais c'est vrai. C'est proche. Juste le temps d'y aller et, comme j'étais en nage sous mon sac à dos, mon dos se frigorifie.  Il n'a même pas eu le temps de me remercier de l'alléger. C'est vraiment nase le sac à dos ! Faut que je le dise à Makaï. Voilà. Je paie. Je ne pourrais aller dans la chambre qu'à 14 heures . Quand elle m'a dit ça tout à l'heure j'ai cru que j'allais tomber. Mais je peux profiter des douches communes des étages. Premier étage, c'est encore mouillé : la femme de ménage vient de passer. Il est 11 h 30. Je monte au deuxième. Nickel. C'est plus grand en plus. Je vais pouvoir me foutre au fond sans craindre qu'on visite mes sacs. C'est commun mais il y a des portes en verre dépoli. J'avais oublié de préciser ce petit truc qui ne se dit pas mais qui en rajoute au périple. Je suis indisposée. Super. Tout va bien. Comme dit Mylène Farmer : « Bloody lundi, Mais qu'est ce qui Nous englue la planète Et embrume ma comète : C'est la loi des séries, Le styx, les ennuis s'amoncellent, J'ai un teint de poubelle [...] Humeur Killer, C'est l'heure pour Moi de prendre la pose, De penser à aut'chose. C'est, le cycle infernal, Fatal, un rien devient l'Everest : Mon chat qui s'défenestre Ah, à quand l'instant X, Qu'on attend comme le messie, Comme l'instant magique".. Pour ma part, c'est pas de l'instant X. dont j'ai besoin tout de suite. Je revis grâce à cette douche. Mais je ne peux remettre ni mon pull, ni ma veste. Je suis obligée d'ouvrir mon gros sac. Je sors. Il est 12h30. J'ai mis une heure à me laver et tout ça. Je m'imagine avec Ro (avant de partir faire des courses pour la troupe) ou Makaï (n'importe quand) qui m'auraient accordé une demi-heure. À qui j'aurais dit OK et qui seraient en train de m'attendre au bord de la crise de nerfs. Mais rien que mes cheveux c'est trente minutes ! ! ! ! Là, c'était un vrai sac de noeuds en plus. Il pleut beaucoup maintenant. Il me faut des chaussures fermées parce que mes tongues coquillages, ça le fait pas. Je laisse tout dans la salle des sacs. Je sors. Je vais à droite. À gauche je sais qu'il n'y a rien. J'en viens. Et je suis à l'ouest ! Si j'avais été à l'est je me serais dit qu'il y avait des restes du temps du mur. Mais là, aucune raison. Mon but : chaussures ! Un resto, un tabac, un opticien, une couturière, une pharmacie, tiens ! Il faudra que je m'achète des pansements parce que les babouches m'ont fait des ampoules. Un mini Market, bon O.K., rien non plus par là. Je vais aller au bureau de tabac ça m'aura fait un motif de sortie.

Il est 13 heures. Dans une heure j'ai la chambre. Autant que je reste là. Je prends un café au bar qui ne sert pas de quoi manger. Et vingt minutes de connexion Internet. Je vais lire mes e-mails pour voir si Athena m'a écrit. Il est moins 10. Mais je peux avoir la carte. Troisième étage. Je n'en peux plus de ces bagages. Je monte les trois étages en soufflant comme un boeuf alors qu'hier je courais presque avec. Ça ne marche pas. Il me semblait bien avoir vu l'escalier B. Je suis au A. je suis maudite. Ah non, la carte était à l'envers. Le moindre truc qui se passe normalement est une chance, une merveille. Si je croyais en Dieu, je remercierais le ciel. Au lieu de ça, je souffle fort. Bon. Je vide de mon sac à dos du surplus. Je remplis mon sac photo de l'essentiel de mon sac à main et je laisse le reste dans une armoire qui ne ferme pas à clef dans une chambre pour 6. Je suis inquiète mais je me dis que ça ne sert à rien de me gâcher la journée encore plus : sera toujours temps de pleurer ce soir. La chambre ouvre avec une carte : faudrait donc que ce soit quelqu'un que je revois ce soir qui visite mes sacs le cas échéant. Je sors pour de bon cette fois... 

IV/

 

       Je décide d'aller au zoo. J'y arrive à 14 h 30. Ça ferme à 18 h 30. Je prends « avec visite de l'aquarium » en pensant que c'est vraiment le genre de truc qui emmerde mon père. M'en fous. Il pleut, je serai au moins à l'abri pendant ce temps.

Il est 17 h 30. Ma petite veste Adidas commence à boire sérieusement. Je me dirige vers le restaurant en pensant qu'il sera de toute façon plus raisonnable de partir vers 18 h pour ne pas rater mon rendez-vous à Alexander Platz. Je prends un café. Et je commence ici à écrire le premier épisode de cette aventure. En me disant que si je n'écris pas, il me sera impossible de me souvenir chronologiquement de toutes mes poisses. Quand j'écris, je pense aussi moment où j'écrirai ces lignes. Je me demande même si je les écrirai. Écrire que j'ai commencé à écrire. J'aime bien idée de cette mise en abyme.

       Je suis toute courbaturée par mon sac photo. Il est lourd ce con. Il est 18 h. Je me rends compte que j'ai eu une bonne idée parce que ça ferme. C'est écrit sur la porte. Je ne fais même pas attention tout de suite faite que le type me dit « au revoir » en français alors que je ne lui ai même pas parlé. Et il ferme derrière moi. Les animaux sont rentrés. Il pleut sévère. J'avais abandonné l'idée des chaussures mais là je n'ai plus choix : mes pieds glissent dans mes tongues, je manque de tomber plusieurs fois. Je demande au type à la sortie. Il m'indique un centre commercial. J'y reste presque une heure. Je trouve un imper en solde chez Zara, avant des chaussures moches mais fermées et pas trop chères.

       Il est donc 19 heures et je suis à 15 minutes de mon rendez-vous en RER. Ils m'attendront un peu normalement. Pas de panique. Mais merde ! À force de marcher je ne sais plus où est la gare. Et comme je m'obstine à vouloir y aller à pied pour je ne sais quelle raison je perds un temps fou ! C'est pas pour le prix du ticket en tout cas, je n'en ai pris qu'un depuis ce matin parce qu'il n'y a pas de barrières et que je n'y pense même pas, en plus, les chauffeurs de bus font semblant de ne pas me voir m'approcher quand je veux payer...   Une autochtone m'indique le métro : quelle conne ! Onze stations ! ! ! Contre quatre en RER ! Il est 45 quand j'arrive à la gare. Je cours. Les chaussures neuves m'ont déjà fait des ampoules et je cours comme une poule. Un type me dit en français : « ça marche bien entre nous ». Il ne sait pas je suis française donc je me tais. 50 au rendez-vous. Je compte un peu sur le fait qu'on avait dit 20 heures au départ et qu'ils se sont peut-être dit qu'on s'était mal compris. J'attends jusqu'à 20 h 10. vingt minutes. Un type me regarde. Il attend quelqu'un. Je me dis que c'est une première rencontre Internet. Mais qu'il faut être con pour ne pas voir une photo avant. Quand la fille arrive ça ne trompe pas : ils ont l'air gêné tous les deux. Et elle ne me ressemble pas, mais alors pas du tout. Ou alors il a cru que c'était une rigolote qui lui avait donné une autre photo. Rassemblement de punks à ma gauche sur un escalier. Chiens et cheveux verts, collants déchirés, tout y est. Dire que quand j'étais gamine, ils m'impressionnaient. Faut quand même avoir sacrément pas confiance en soi pour se donner en spectacle comme ça. Sans spectacle, juste comme ça. Déjà que se donner en spectacle pour un spectacle... Bon, c'est un autre sujet ! Deux français à côté de moi. Qui parlent de moi sans savoir que je suis française. Je ne comprends rien à ce qu'ils disent. Je me dis que je n'ai qu'à engager la conversation. Mais non. Ils ont l'air con. Le seul truc que j'ai pu entendre c'est un commentaire sur les punks des plus navrants. Genre l'un d'entre eux en aurait peur à Paris mais là il se sent en confiance. N'importe quoi. Je préfère encore aller me coucher. Allez hop, un petit truc à manger et je rentre. Marie et Jonathan ont dû penser que je n'avais pas de parole. Que j'avais dû rencontrer d'autres personnes. Que j'avais jugées plus intéressantes qu'eux. Et que je n'avais pas jugé utile de les prévenir de mon abandon... Que sais-je encore ?

Là, je suis presque à l'instant où j'écris ces lignes, mais il est 0 h 35, je viens m'enfiler deux bières et j'ai mal à la dent. Je continuerai demain...

 

 V/

 

       Je retourne donc prendre le RER. Sur la route, je galère pour trouver le petit truc à manger. Je me retrouve dans un souterrain pour traverser une rue qui ressemble à une autoroute. De l'autre côté : rien. Un peu plus loin, une pizzeria : « Romantica ». Pathétique pour aller manger toute seule. Donc je reprends le tunnel et je me dis que je ne mangerai rien.

       Je prends le RER pour de vrai. J'arrive à destination. Un kebab sur le quai. Il me demande « sur place ou à emporter ». Comme je ne comprends rien, je me dis qu'il doit me demander d'où je viens. Je réponds « France ». Il rit. C'est là que je comprends et je ris aussi. Faut être con pour poser la question en même temps, il n'y a pas de table devant sa guérite. Il me dit « Olympique de Marseille ». Entre le foot, et Marseille, il a bien fait de me brancher ! 1,70 € le kebab, j'hallucine. Il est super bon en plus. Bus 240. Presque arrivée devant l'arrêt, je sens un truc rentrer dans ma gencive entre deux dents, dans un bruit monumental. Je farfouille avec ma langue pour comprendre ce que c'est. Je déglutis. C'est ma dent ! Elle s'est cassée en deux dans la longueur et une partie s'est enfoncée dans la gencive. À l'intérieur, vers le palais. En haut, la deuxième molaire après l'incisive. Super. Il est 21 h, je suis en Allemagne, et j'arrive demain soir en Grèce. Faut tenir jusque-là. Je verrai avec le père d’Athena. Le morceau de dent ne veut pas descendre, mais il veut bien se remettre en place. Il reste coincé par le morceau de plomb qui lui, est bien en place. Elle a tenu 12 ans. C'est pas mal. Et c'est la gencive qui me fait mal, pas la dent. Clarika scande « we, we are the loosers we, we never never win » dans mes oreilles. Je souris. Je finis mon kebab de l'autre côté de la bouche. Et bois une gorgée de coca trop froid.

       J'arrive à l'arrêt de bus 240. Je sors mon porte-monnaie pour payer de force. Mais je n'ai pas de monnaie. J'ouvre tous mes sacs pour trouver un billet. Je prends ma monnaie et m'étale sur une banquette avec mes sacs ouverts. Même pas le temps de contester ma monnaie, c'est ma station et mes sacs sont toujours ouverts. Je hurle « wait a minute please ! ». Je saute du bus. Je referme le tout sur le trottoir. Je suis juste devant l'auberge de jeunesse. Ouf ! Je vais dans la chambre, je remets tout en place, chaque chose dans son sac et je mets mon portable à charger. J'appelle Makaï et Saïda et je leur donne rendez-vous sur MSN dans une heure. Je dis à Makaï combien Berlin est terne. Combien il n'y a rien. Combien je comprends que les Allemands aiment Paris. J'oublie de lui parler de la légende d'une Allemagne propre. Ici tout est triste. Il fait froid et il pleut...

       Je suis bien contente d'avoir acheté cet imper qui m'a tenu trop chaud quand j'étais mouillée tout à l'heure. Mes pieds sont en sang, je suis contente aussi d'avoir retrouvé mes tongues en coquillages qui ne me font pas mal. Je prends une heure de connexion. Makaï et Saïda arrivent. Fred est là aussi. Je remercie Makaï de s'inquiéter pour moi. Ses preuves d'affection sont minces, mais c'en est une pour moi, alors je prends. Je profite de la présence du type qui parle français à l'accueil pour réserver une chambre pour mon retour. J'arriverai le 2 septembre à 23 h 45. Vu comme c'est parti je préfère me parer aux catastrophes. Il est charmant le type. Il me fait penser à Fabien. En blond. J'écris encore un peu, et je vais me coucher. Il est 1 h 30. Je mets le réveil à 11 heures. Ça fait longtemps je n'ai pas dormi autant, ça me fera du bien. Je suis seule dans une grande chambre pour 6. C'est vraiment cool...

Le vol

VI/10 août.

 

 

       Je me réveille naturellement à 8 heures. Enfin, naturellement : les travaux dans la rue. Mais si je me levais, je serais en forme. Ça y est. Mon corps est habitué à dormir peu. Mais je décide de me rendormir un peu : laisser mes bagages ici pour aller faire un tour et les reprendre après, non merci. Mettre mes bagages en consigne dans une gare et les reprendre après, non merci. Je dors ! Jusqu'à 10 h20. Puis jusqu'au réveil. Puis jusqu'à 11 h 15. Je me lève finalement. Je sors de la chambre à midi. Je me rends compte que j'ai oublié shampooing, démêlant et peigne dans la douche hier. C'est surtout chiant pour le peigne. En descendant je laisse mes sacs sur le palier, et je vais voir dans les douches communes. Encore fumantes. Sans y croire. Et... Tout est là. Sur le tabouret comme je les ai mis hier. Incroyable ! Je souris.Ca me fait penser au jour où j'ai laissé un sac dans un magasin des halles et que je l'ai retrouvé quelques heures plus tard, après un aller-retour à Paris quand même... 

       Je mets mes bagages dans la salle commune. Je veux aller à l'apotheke, la pharmacie que j'ai vue hier et mettre mes chaussures fermées. Trois pansements plus tard, j'abandonne les chaussures qui me font quand même super mal aux pieds. Donc il faut que je les range dans un sac. C'était pas prévu. Bon bah, adieu chips et autres amuse-gueules. J'abandonne ça sur une étagère de la salle des bagages. Allez, zou. Oh, un café avant. Bon, je vais rendre ma carte. Je me fais engueuler parce qu'il est 12h30 et c'était midi : je l'apprends. Mais je dis qu'à midi j'étais sortie de la chambre. La prochaine fois je le saurai, ok madame.

       Dans l'escalator une connasse me demande de pousser un de mes énormes sacs. D'ailleurs quand elle lève les yeux au ciel je lui dis : « connasse t'avais qu'à prendre l'escalier ». Je vais vers la consigne. Où je ne peux mettre que la moitié de mes bagages. Après avoir fait la monnaie dans une pharmacie etc.. Je cherche un café pour m'asseoir et écrire tranquille. Mais ici, pas de café digne de ce nom. Tout pue la frite. S'il y a bien quelque chose dont j'ai horreur c'est ça : puer la frite. Je sors donc de la gare. La discipline allemande est poussée jusqu'au ridicule : le feu de piétons est rouge. Alors même s'il n'y a aucune voiture, personne ne traverse. Évidemment, tout le monde me regarde bafouer le système. J'écris la cinquième partie de mon récit. Et je m'en vais. Parce que je n'ai pas envie d'être en retard.

       A l'aéroport, hormis mes 9 kilos en trop qui me coûtent 56 € et le duty-free qui ne vend pas les cigarettes moins chères aux résidents européens, tout va bien. Au moment où j'écris, là, je suis dans l'avion. Je viens de nettoyer les carreaux. Le mec derrière doit me prendre pour une grave maniaque vu comme il me regarde. Il est 18h, et je sais pourquoi il pleut sur Berlin. Pourquoi j'ai eu mal partout. Pourquoi tout ça en deux jours. C'est la première fois que je prends l'avion. Les sensations au décollage, tout ça, mais surtout, surtout, le tapis de coton sous l'avion. La mer de nuages. S'il n'avait pas plu à Berlin, je n'aurais pas vu ça !

À travers le hublot le soleil chauffe mon dos. Les relents de saucisson, les cris d'un enfant, tout ce qui m'emmerde dans l'avion, n'est rien face à ce que je vois. Enfin, les cris de l'enfant, ça va deux minutes ! Il n'y a plus de nuage dans le ciel. C'est somptueux. Nous survolons la mer. Le soleil à droite, la lune à gauche, une ligne d'horizon épaisse et orange donne place à un bleu roi. Une étoile. Une seule.

Nous perdons de l'altitude et la nuit m'accueille à Athènes. 

 

 VII/

 

            Tout le monde attend son sac au bord du tapis roulant. Tellement au bord que je me demande s'il y en a qui vont aller dessus. Mon premier sac arrive déjà. Je pousse presque les gens donc et hop... Les deux poignées pètent. Je viens de les faire refaire. Et c'est la couture qui a lâché. Le cuir est intact. Reste la fermeture du dessus. Celle qui passe par-dessus la fermeture éclair. Deuxième sac. Ils ont mentionné « fragile » dessus. Merci. J'avais dit que j'étais « afraid for my photo camera ». Et le dernier. Impec'. Zou.

       Taxi. Je montre l'adresse. Il me dit qu'il va falloir qu'il regarde dans son « book ». Ça commence décidément très mal. Il s'obstine à me demander pourquoi c'est pas sur son « book » mais on va trouver. Je commence à m'énerver. Déjà. C'est parti pour une heure de taxi. On trouve l'adresse. Je déstresse. Je vois un chien à la fenêtre. C'est pas bon. Athena a un chat à Paris. Peut-être d'autres en Grèce, mais j'imagine très mal un chien. Deux noms sur les trois sonnettes, en grec. J'appelle le taxi. Qui vient voir. Une dame se pointe à la fenêtre. Ils parlent. Je ne comprends rien sauf que ce n'est pas là et qu'elle ne connaît pas ce nom. Je suis vidée. Qu'est-ce que je vais faire ? Je me souviens des prix annoncés sur Internet pour les chambres d'hôtel autour d'Athènes. Athènes n'ayant plus de chambres disponibles. 185 €. Mais avec vue sur la mer ! Qu'est-ce que je m'en fous, j'ai besoin d'un endroit pour dormir pas pour regarder la mer ! Je dis au taxi que je dois trouver une chambre. Il va dans le centre. Mais pas trop au centre. Pour que ça soit pas trop cher. Il me dit qu'une chambre à Athènes coûte dans les 80 €.

        Bingo, 75. Rha la la. C'est tout petit en plus. Bon. Il y a la clim'. J'appelle Makaï. Je ne lui dis pas encore le prix de la chambre sinon il va m'engueuler. Je ne lui dis pas non plus que j'ai payé 65 € de taxi. Le téléphone de la chambre sonne au même moment. Je mets un temps à réagir comme dans les films américains ou dans la tête de Zaza « mais, qui peut m'appeler à cette heure ? » ou « mais personne ne sait que je suis là ! » Le mec de l'accueil qui me demande si tout va bien. Comme si la chambre était du tout dernier standing. Oui ça va merci. Je veux sortir et rencontrer des Français. Je me dis que je ne suis pas dans une situation désespérée. N'abusons pas. Même si la dernière sangle de mon sac en cuir a lâché. Je le vide en pensant le faire réparer à la première heure lendemain. Le type de l'accueil m'a dit qu'il y avait un « shop » près d'ici qui pourrait faire ça. Je prends une douche. Me change. Je sors.

       Je ne sais pas ce que c'est que ce quartier mais je me souviens que le taxi m'a décrit le truc comme le quartier où « zeu young people crrrazi come hirrre. » C'est glauque en effet. Deux ou trois mecs dehors qui me regardent comme s'ils n'avaient jamais vu... Une étrangère ? Une fille ? Quelqu'un ? Plus je m'avance, pire c'est. Un petit resto en renfoncement. Il est ouvert mais il n'y a personne dedans. En face, un truc très bruyant à l'air ouvert mais particulièrement glauque. Mais d'un glauque ! Juste à côté, un petit resto simple. J'écris. Je ne sais pas quelle partie. Je prends un truc simple. Je suis un peu crispée. Le serveur engage la conversation dans un anglais approximatif. Du coup, je lui raconte mon histoire. Qu’Athena n'est pas là, tout ça. Et j'ai le malheur de lui dire que je ne sais pas où je vais dormir. Il m'invite à boire un verre. Je rigole et je lui dis que je vais plutôt louer une voiture. Il a l'air con. Je sors ma carte pour payer. Pas de cartes à moins de 15 € et j'en dois 7. J'ai eu la mauvaise idée de prendre un café grec. C'est une sorte de purée de café dégueulasse. C'est un concept genre « T'as faim ? Prends un café grec. » Il indique une banque pour que j'aille tirer de l'argent. Je lui demande s'il veut que je lui laisse quelque chose le temps de faire l'aller-retour. Il me dit que non. J'ai vu une banque en arrivant autour de cette place. Je vais pour traverser quand j'entends quelqu'un courir derrière moi. Je me retourne un peu stressée quand même : je vois le serveur. Il m'a rattrapée. Il me dit que c'est bon, je crois comprendre que ça l'inquiète que je traîne dans le quartier à cette heure-ci. Il dit que je n'ai qu'à revenir demain. Je lui demande si je n'ai rien laissé au restaurant. Il me dit que non mais que ça n'est pas grave. Bref, on ne se comprend pas très bien, mais je pars. Je croise la fameuses banque et je tire de l'argent me disant que je reviendrai le payer demain matin.

       Demain matin je dois : fait réparer mon sac, allez payer le restaurant, et aller comparer les prix de locations de voiture. Dans le hall, le type de l'accueil m'invite à boire un verre. Je dis non. J'appelle l'ascenseur. Il insiste. Je me dis qu'il va passer la nuit ici, que je n'ai pas envie dormir... Il sort chercher des bières. Je me demande pourquoi j'ai dit oui en l'attendant et je pense aux faits divers qui font le bonheur des téléfilms de M6. J'imagine déjà mon personnage dans : "Comment je me suis fait violer en Grèce". J'appelle Makaï pour qu'il me rappelle dans un quart d'heure. Il est 1h30 ici environ, donc 2 h 30 à Paris. Je le réveille. Il sera mon fiancé ce soir. Le type revient. On discute. Il a fini ses études de droit.. C'est un petit boulot en attendant de passer sa thèse de doctorat. Makaï appelle. Je lui dis que tout va bien. Je traduis quelques trucs au type qui comprend que je cherche un numéro. Il se lève et revient avec... Le bottin. Je raccroche. On parle. De musique. Il aime Charles Aznavour. Il cherche en même temps. D'un seul coup il me demande ce que je lui donne s'il trouve le numéro. Sourire et tout... Je reste stoïque et lui réponds que même s'il trouve le numéro, je ne m'en servirai probablement pas. Il me dit « je dis ça parce que je pense que j'ai trouvé. » Alors je lui propose un CD où je chante. Ça lui va. Il est content même. Je vais chercher le CD pendant qu'il écrit le numéro. On parle encore un moment, je vais me coucher....

1er jour

B. Athènes.

 

I/1er jour. 11 août.

 

Le réveil sonne. Je somnole. Et je suis réveillée net en pensant que si j'ai mis ma montre à l'heure grecque, je n'ai pas réglé mon portable. Donc, il est 8 h 30. Wahou. J'appelle le père d’Athena. Elle rentre de Crète demain. Ah bon ? Bah, elle s'est peut-être trompée de date... Il ne comprend pas mon numéro, et je m'embrouille dans les chiffres en anglais. Il me dit de rappeler demain matin vers 9 h. La douche. J'ai dormi sans la clim. D'abord parce que je suis arrivée dans la nuit et qu'après le froid de l'Allemagne, je n'imaginais pas une telle chaleur. là, ça tombe dessus : lourd. Ensuite parce que je n'avais pas envie d'avoir la crève. Je l'avais laissée toute la soirée hier quand je suis sortie. Donc, froide la douche. Ou presque. Prête.

       Je sors. Direction l'auberge de jeunesse. D'après le guide du routard c'est une autre station de métro. Je prends un ticket pour la journée, j'en aurai encore sûrement besoin. Le plan n'est pas très précis. Il me faut la Odos Victoros Hougo (oui, oui c'est le nôtre). Mais personne ne la connaît apparemment. J'essaie Tritis Siptembiri. Celle-ci je la trouve toute seule. Je n'ai pas bu de café, et je sais que si je ne le fais pas maintenant ce sera jamais. Je demande serveur (qui a vécu six ans en France !). Il ne sait pas. Je repère une transversale : Mani. Il sait. Après je trouverai. Horreur. Quatrième dimension ! Je reviens près de mon hôtel où personne n'a su m'indiquer. Merde ! Je retourne sur mes pas, je trouve. J'ai perdu environ une demi-heure alors que c'était juste à côté.

- Reste-t-il une chambre ?

- Une chambre ou un lit ?

Chevalier - Laspalès !

- Euh... Bah, un lit alors. Mais si je pouvais éviter le couloir...

       Il devient de plus en plus difficile de respecter la chronologie de mon récit. Je retourne donc à l’hôtel où il faut que je range toutes mes fringues dans mon sac pété. Je rassemble les affaires, je vérifie la chambre, je vais à l'accueil. Il faut rajouter 7 €.

- Quoi ? Ça vient d'où ça ?

- Taxes. C'est l'état.

- N'importe quoi ! Putain ! Ça ne va jamais s'arrêter alors ! Pas la peine de faire ta tête désolée là. Je suis verte. Verte ! (En français, je n'arrive pas à m'énerver en anglais). Je vais faire deux voyages. Je demande à laisser la moitié des bagages. Dont mon appareil photo que je ne veux pas laisser sans surveillance à l'auberge de jeunesse, et mon sac à roulettes. Je ne prends que le pété. À deux bras. Il n'est pas lourd.

       Qu'est-ce qu'il est mignon le type de l'accueil. Il est mat. Un piercing discret. Tellement discret que je ne sais même plus où. Les yeux noirs, les cheveux longs, épais, nattés. Et la nuque rasée. Pas très sympathique, dommage. On évite les sourires ici. Pas payé pour ça quoi. Je lui demande où je peux faire réparer mon sac en le lui montrant. Il ne sait pas, il va demander. Je pose mon sac dans la chambre. Petite chambre. Deux lits superposés. Un portable à charger. Une armoire fermée. 3 lits encombrés de petites choses, mais surtout de draps froissés. Mi-coton mi-papier, comme ceux que j'ai dans la main. Je vais chercher le reste. Sur la route, je vois une sorte de quincaillerie. Je demande un cadenas je ne sais pas le dire en anglais. On me dira ensuite que c'est un « locker », mais personne ici ne sait ce qu'est un « locker » non plus. Je fais des gestes. Il me sort un antivol de volant. Nooooon ! Tout petit. Il m'en sort un. Nickel. Je vais pour payer, mais il refuse. Ah bon ? Il me fait un bisou dans l’air. C'est sûr qu'il doit avoir souvent de touristes dans son échoppe digne de l'atelier tout poussiéreux de mon grand-père. Merci monsieur.

       À l'accueil, la fille de l'auberge de jeunesse hallucine. Elle est habituée aux baroudeurs en sac à dos, pas aux filles à boucles d'oreilles pendantes avec cinquante sacs. On rigole toutes les deux. Je lui demande où je peux faire réparer mon sac à elle aussi. Elle m'indique l'équivalent de Topy, tout près d'ici. Enfin pas loin. Je revide mon sac, dans l'armoire cette fois. Je ferme. Merde. Il y a deux pans, et l'autre est ouvert. Il faut une technique pour l'ouvrir sans la poignée mais... Je ne peux décemment pas retourner chez le vieux qui m'a offert celui-là. Avec un peu de chance j'en retrouverai un d'ici ce soir. Il est 11 h. Il faut qu'après avoir laissé mon sac au Topy j'aille voir les locations de voiture qui sont dans la même rue. Mais le type du Topy me dit qu'il ne peut pas le faire. Réparer mon sac. Que le cuir est trop épais pour sa machine. Ça ne m'étonne pas. Sauf qu'en France, il l'a fait à la main... Dommage qu'il l'ait fait avec un fil de merde. J'en ai marre ! Je retourne poser mon sac à l'auberge de jeunesse. Je prends mon appareil photo. Je vois que quelqu'un est rentré dans la chambre. Un ou une française. Le guide du routard sur son lit le ou la trahit. J'ai envie de voir Athènes. Je me dis que je verrai pour la voiture après avoir eu Athena au téléphone. Je prends le minimum dans mon sac bleu. Avec mon guide du routard. Mon ticket de métro. Direction l'acropole. La sortie du métro, je tombe sur les jardins de l'acropole. Tout est gâché par les longues-vues payantes et les spots énormes qui bordent le temple d'Apollon. Je suis montée pour rien. Je redescends vers les colonnes de la Stoa of Attalos.

            J'aperçois une église que des abrutis de Français qui passent près de moi prennent pour une mosquée. J'irai après. Ça ne m'intéresse vraiment pas les musées. Je prends quand même quelques photos de trucs qui me paraissent insolites. Je sors. J'appelle Makaï que j'ai envoyé bouler tout à l'heure. Non, je n'ai pas de nouvelle d’Athena. Mais je raconte comment j'ai le numéro de son père. Il m'engueule pour le prix de la chambre et du taxi. Me dit que c'était vraiment la peine d'avoir des billets à 25 et 170 €. Qu'il paie plus cher pour ses vacances certes, mais qu'il sait où il va. Qu'en voyant la tournure du mauvais plan d’Athena arriver j'aurais dû être plus prévoyante. Stop ! Ça va ! J'ai compris. Je paie le prix fort déjà. Je sors de là. Je me promène dans les rues. J'arrive à Sainte-Marie. Mais je fais demi-tour parce que je me suis plantée pour arriver à l'acropole. Je remonte.

- Yes !

- What ?

- Your ticket please.

Je souffle. - What ticket ?

Il me montre la caisse.

- How much ?

- 12 €.

- Ah, nan, naaaan... Merci.

J’ai l’impression de n’être qu’un porte monnaie ambulant : traumatisée. Le savon de Makaï encore dans les oreilles. Je redescends. J'ai mal aux jambes. Les Grecs ont déserté les rues. Je cherche le métro. Je flashe sur des tongues spartiates. J'en essaie de plus féminines, mais rien à faire : c'est les spartiates que je veux. Le cuir est énorme. J'a-dore ! J'achète donc ces tongues dans ce que je crois être Monastiriki, les puces d'Athènes. Et je tombe dans de toutes petites rues escarpées. Belles. Avec des restaurants. Et peu de clients à cette heure-ci. Un type m'accoste. Comme à Saint-Michel. Je lui dis non. Il me dit « café ? » Je lui dis que je préférerais de l'eau gazeuse. Il me dit qu'il en a. Les mots qui m'arrivent de toutes les dix secondes sont : « how much ? » Il me dit « rien ! Allez, va t'asseoir. » Il joint le geste à la parole, et m'emmène m'asseoir. Je dois avoir l'air épuisé. J'ai honte. Il a bien réussi son coup. Ça fait du bien ! Merci monsieur. Il croit que j'ai 22,23 ans. Que je suis étudiante. Merci encore monsieur. Quand il apprend que j'en ai bientôt 30, il est outré que je ne sois pas mariée. Ça me fait rire. Il part. J'écris. Il revient. On essaie de parler. De chiens, de chats. Je lui parle même de Maurice, mon rat. Un serveur m'a apporté de la pastèque. Cadeau. Trop gentil. Je ne tarde plus trop quand même. Ça fait une heure que je suis là. Je redescends par un autre versant. J'arrive en bas de l'acropole. Près d'une guérite. De jeunes Français se font engueuler. Ils sont en train d'essayer de frauder avec des billets déjà utilisés. Mais ils ne comprennent rien à l'anglais. Avec mon niveau pitoyable, j'arrive à leur rescousse. Je rencontre Pierre et Lisa.

Lisa habite à Vanves. Une civilisée quoi. Elle est étudiante en histoire et lui en économie quelque chose comme ça. On passe l'après-midi à la Plaka et à Monastiriki. Du coup je sais que j'ai acheté mes tongues à la Plaka. Ils n'ont finalement pas voulu monter jusqu'à l'acropole. 12 € l'entrée alors que c'est plein d'échafaudages, faut pas abuser non plus... Trau-ma-ti-sée !

Ils sont vraiment super sympas. Ils doivent avoir entre 20 et 25 ans. Je n'en sais rien. Quand on a marché deux heures, qu'on n'arrive plus trop à avancer, ont décide de s'asseoir à une terrasse pour voir ce qu'on fait après. Là, ils viennent d'Italie et vont en Turquie. Il leur est arrivé une histoire qui aurait pu m'arriver en Italie, tellement c'est la poisse. Un type leur a vendu un appareil photo numérique pour 200 €. Une affaire. Qu'il voulait conclure rapidement, ne cachant pas l'illégalité de l'affaire. Il fallait que ça aille vite, du liquide. Pierre le fait. En échange du sac plastique contenant l'appareil photo. Le type disparaît comme il était arrivé, et dans le sac... Une patate et je ne sais plus quelle connerie... Bon bah ça va, je ne m’en sors pas si mal finalement.

On veut aller au mont Lycabette. Mais sur le guide du routard, ils conseillent d'y aller le soir. On décide d'aller au parlement, et en route on entre dans l'église. On hallucine : les gens embrassent les icônes et un type posté à côté nettoie les plaques de verre avec du lave vitres et un torchon après chaque passage. On remarque que la nef est remplie. De gens de tous âges. Quand au parlement, c'est un bâtiment récent. On n'aime pas. On dirait du carton, des fenêtres en trompe-l'oeil. Eurodisney. Sur l'esplanade, on voit ce qu'on croit être des Evzones en action. C'est la garde grecque. Mais en fait non, se sont des jeunes au service militaire. Je prends quelques photos et on y va. On sort à Omonia, et on se donne rendez-vous au même endroit à 22 heures. Il est 20 h 50.

En rentrant à l'auberge de jeunesse, je me rends compte que ce quartier d'Athènes est vraiment mal famé. Je rencontre une Argentine. On parle en espagnol. Elle me remercie. On se dépêche toutes les deux. J'arrive à 21 h 50. Je ne veux surtout pas que ce qui m'est arrivé à Berlin se reproduise. Des regards lubriques passent sur moi. Certains hommes passent et repassent même. Ça me dégoûte. J'ai envie de les frapper. Pierre et Lisa arrivent à 22 h 15. J'ai une mauvaise nouvelle pour eux : le dernier métro est à 23 h 30. Et c'est loin. On a un changement... On décide d'aller manger à la Plaka. Petite soirée très sympa. Vraiment. On se quitte, non sans qu'ils aient pris soin de renoter l'adresse de mon blog. On dirait que Lisa ferait bien une entorse à leur programme itinérant express pour faire un tour de Grèce. On se sépare. Contents de s'être rencontrés. Sans promesse de se revoir pour autant. Lucides. Je rentre, repassant dans ce quartier mal fréquenté. Je ne retrouve toujours pas le restaurant où je suis redevable. Il est vrai que je ne m'attarde pas trop non plus. Je vais me coucher.

2ème jour

 

II/2ème jour. 12 août.

 

 

J'ai pris énormément de retard dans l'écriture de cette aventure. Je sais même plus quel jour on est. Il me semble qu'on est le 12. Je vais vérifier. Mais quand bien même nous serions le 12, je ne serais à quel jour ça correspond. Vendredi je crois. Et je me souviens de ça à l'instant parce que le type du cyber où je suis allée ce matin pour mettre mes photos sur CD m'avait dit hier qu'il fallait que je vienne aujourd'hui parce qu'ils sont fermés le samedi. Donc aujourd'hui, c'est vendredi, c'est ça.

 

J'abandonne un peu le jour entier de retard que j'ai. En fait j'en suis à mon arrivée à l'aéroport d'Athènes. Initialement la septième partie de mon récit. Je ne sais donc pas encore le numéro celle-ci. Elle est l'occasion d'un nouveau cahier. Je ne pensais pas écrire autant. Je ne pensais pas écrire. Pas ça. Je ne sais pas où commencer cette partie. Je vais commencer par la location de voiture. Je saurai où termine la partie avant. Celle qui n'est pas encore écrite.

 

Donc, j'arrive à 11 h à la location de voitures. Ah non !

 

J'ai appelé de nouveau le père d’Athena. Comme convenu. Il m'a dit qu’Athena n'habitait plus chez lui. Mais chez sa mère. Il m'a donné son numéro. Chez sa mère, personne. J'ai laissé un message. Moitié en anglais moitié en français. Et j'ai demandé à l'auberge de jeunesse si je pouvais garder le lit une nuit de plus. Il fallait que j'enlève mes bagages avant midi et que je repasse après 18h pour voir si quelqu'un qui avait réservé n'était pas venu. Trop aléatoire. Qu'est-ce que j'aurais fait de mes bagages toute la journée ? Qu'est-ce que j'aurais fait à 18h s'il n'y avait pas de lit ? Je suis sortie comme une trombe.

 

Et donc à 11h, j'arrivais à la location de voitures.

 

            La première indiquée dans le guide du routard. Je n'aurais pas le temps de comparer les prix comme je voulais le faire si je n'avais eu besoin de voiture que pour la dernière semaine comme c'était initialement prévu. Et comme c'était initialement prévu je pensais m'en tirer entre 150 et 200 € pour la semaine. J'imaginais la clim et le lecteur CD. Je me voyais déjà, insouciante bronzée, Écoutant Clarika ou Nud sur les routes du nord-est. Le monsieur parle français. Là où ailleurs ça peut commencer à m'énerver, ici c'est pratique. 420 €. Comme dirait Makaï « bah t'es riche toi » ! Non.

 

Mais c'est le prix de mon entêtement. Le prix de mon énergie dépensée à tout vouloir faire seule. À vouloir prouver que je peux le faire. Alors je le fais. Je donne ma carte bleue. Il prend une empreinte, c'est à l'ancienne ici. J'ai une petite Hyundai Atos. Une petite japonaise que je n'ai jamais vue en France. L'équivalent d'une Twingo. Cinq portes, la clim et un radio... cassette !

 

 

Je mets la radio sitôt à bord. Une onde variété internationale. Keane croise U2 pour mon plus grand soulagement.

 

Je retourne à l'auberge de jeunesse. C'est le type du genre "argentin" qui est encore là. Je me dis que Makaï me dirais "mais n'importe quoi, ce type est de telle ou telle origine, ça se voit !" Pour moi, aujourd'hui, il a le type argentin.

 

Je range de nouveau mes fringues dans mon sac cassé. Je range tout mais à l'aise : j'ai une voiture maintenant, don't stresse mémère.

 

Je descends les draps, j'avais failli les oublier. La femme de ménage n'est pas contente. En plus elle vient de laver et c'est encore mouillé. Je prends conscience que c'est donc lavé tous les jours. Certes c'est un boulot à la con mais elle ne doit pas avoir trop mal aux poignets. Ou alors les autres étaient vraiment dégueu... Mais quand même, la poussière dans les coins... Bon, c'est un boulot de merde, c'est sûr.

 

Merde ! Le coffre est vraiment petit. Je comprends pourquoi Barbie a un 4x4. Mon sac en cuir ne tient pas dans la largeur. Je force. Il va bien falloir qu'il rentre. Le cuir se blesse un peu mais ça rentre.

 

Je vais chercher de l'argent pour régler "mon lit". Et je prends le reste de mes bagages.

 

Il faut que je passe au cyber pour vider ma puce. C'est juste à côté. Mais des types louches m'ont vue remplir mon coffre. Je veux changer de place. Misère. Quelle mauvaise idée. Je galère grave pour en trouver une autre.

 

Au cyber, les 3 postes munis d'un graveur sont pris. "Mais l'un d'entre eux sera disponible dans moins d'une heure" m'assure le serveur. Chouette ! Je veux donc me les envoyer par mail. Mais je suis obligée de les envoyer une par une. Et j'en ai presque 70 ! Impossible. J'abandonne. En attendant, j'écris la 1ère partie de ce récit sur l'office de mac avec un clavier grec, c'est à dire sans accent ni cédille. Mais un poste se libère très vite. Je m'envoie mon texte en pensant que je ne m'en servirai sûrement pas.

 

Mes photos gravées, je décolle. Mais je pense tout à coup que je n'ai pas retrouvé ma nuisette bleue. J'ai dû la laisser à l'hôtel hier. Et je l'aime bien. Je veux la retrouver. Et retrouver mon restau pas loin pour payer le type. Puis une fois sur la route je me dis que j'y retournerai au retour. Et puis non, je me décide. Ma nuisette m'a coûté un peu d'argent et j'en ai laissé assez dans cet hôtel !

 

Non, la femme de ménage n'a rien trouvé, sinon elle l'aurait descendue. Je suis sûre de moi dans mes propos (même si elle peut très bien être dans le fond de mon sac à dos). La standardiste parle avec "Alessandrrrra" au téléphone. Et paraît étonnée. Elle s'en va et revient avec ma nuisette bleue. Coquine d'Alessandrrra, elle l'avait même lavée !

 

La matière est très douce me dit la réceptionniste. Je lui réponds que oui, et que moi aussi je l'aime bien. Avec un sourire...

Si j'avais seulement dit que je croyais l'avoir oublié, je ne l'aurais pas revue je crois.

 

Je ne retrouve pas le restau. Mais c'est vrai qu'avec la circulation près du rond

point, je ne cherche pas beaucoup non plus. Et surtout, surtout, je m’abandonne à mes sensations : depuis que je suis partie de chez moi, là, assise dans cette voiture, où je me sens à l’abri, c'est la première fois que je me sens... en vacances ! Youhou !!!!

 

C. Le périple. 

I/

 

147 kilomètres. Sous un soleil de plomb. Un décor de sud espagnol : des montagnes arides, et des oliviers. Un peu de clim, mais pas trop. Sans mettre l'aération parce que je n'avais pas compris que c'était même bouton de la clim. Juste les fenêtres ouvertes. Mais pas trop. Autoroute, pour aller à Corinthe. L'ancien Corinthe. Les ruines. 'tain c'est foutage de gueule Corinthe. Ils jouent sur le mystère. Depuis l'entrée on ne voit que les colonnes et les barbelés qui les entourent. L'ancien théâtre et ...

 

Finalement je fais le tour du village. Et en arrivant à l'église (qui n’ouvre qu'à 18h, et il est 16h...), je vois l'envers du décor... Bah ça m'aurait fait mal !

 

Direction Argos. Là c'est 8 € l'entrée : STOP !!! Je me demande quand est-ce que je vais commencer à voir la Grèce qui va faire que je vais donner envie à ceux qui n'y sont pas allés. Parce que là, je serai bien chez moi quand même...

 

Bon, c'est pas grave, je suis à cinq kilomètres du camping où je veux aller. A Tolo, près de Nauplie. Tout de suite, je veux me baigner : voir la mer. Mais la voir de la voiture. La véritable sensation de vacances. Après les heures de route, tu vois la mer qui joue à cache-cache avec l'horizon... Mais là, je ne la vois toujours pas. Demain matin j'irai à Epidaure. Peut-être que je vais rester deux nuits ici.

 

A l'accueil, la jeune fille aux gros seins (énormes même : elle a ma part en plus de la sienne !) est aussi gênée en français qu'en anglais. Alors j'opte pour le français. Mais ça commence sérieusement à m'énerver de parler français. Surtout à quelqu'un qui a du mal à comprendre. Parler doucement pour me faire comprendre, ça enlève du charme aux vacances. Cela dit pour l'instant le charme...

Je choisis l'endroit que je veux. Le camping est minuscule. Allons-y. Là, pas trop près de la poubelle ni des sanitaires. Près d'un groupe de ... motards je crois. Montage de tente. Merde ! J'ai pas de maillet. Il est vrai que les dernières fois où j'ai campé, en France, à Amiens ou en Normandie, la terre meuble ne m'avait pas posé trop de problème...

 

Je retourne à l'accueil. La jeune fille aux gros seins ne trouve pas dans la grande pièce sombre qu'est l'accueil et qui abrite foule de choses oubliées je pense. Ses seins sont vraiment extraordinairement énormes. Bon... Elle abandonne. Elle m'envoie trouver le patron au restaurant. Un type me répond en français. Ah, vous parlez français... Carrément trop bien même ! Incroyable. Ca doit être le patron. Et il est français ! En tout cas, pas sa femme qui parle pourtant très bien français elle aussi. Mais je la grille parce qu'elle ne sait pas ce qu'est un maillet. Julien Lepers à la télé ! Ils sont français, plus de doute. Français, possédant un camping, et la femme ne sait pas ce qu'est un maillet ! Je suis un peu déçue. Encore.

La tente. Vingt minutes, nickel. Je trouve que le dessous touche un peu trop le dessus mais il ne pleuvra pas de toute façon.

Je me prépare pour la plage et je vais rendre le maillet en route.

J'ai hâte de voir la mer. Parce que depuis que je suis là, je ne suis passée que près du port du Pyrée. Et depuis l'autoroute.

Je croise un grand groupe d'ados français sur la route. Ca me fait sourire. Ca ne fait que cinq jours que je suis en vacances finalement. Et je me vois mal en short comme ça devant mes ados. Il y a deux jours j'avais froid à Berlin, et là, j'ai envie de plonger... Je ferme les yeux.

Wah, c'est ça ? Vingt cinq mètres entre le parking et l'eau. Le sable fin près de la route devient de petits cailloux vaseux où les pieds s'enfoncent. Un morceau de plage semi privée, des gens entassés, dont 90 % parlent français. Ça ne me fait plus tout sourire. Le sable est plein de mégots. Allez, à l'eau. Transparente. De petits poissons jusqu'au bord. Chaude. Je plonge direct. Je vais loin. Je nage. Planche un quart d'heure au moins. Ça fait un bien fou.

 

Bon, c'est pas tout ça, mais faut j'écrive moi. C'est pire que le taf ma parole ! Paréo. Je me rends compte que ça fait une éternité que je me suis pas baignée dans la mer. Aller à la mer c'est une chose, mais se baigner... En Normandie, merci. Même le mois dernier impossible. Juste de quoi se tremper, et se blesser les pieds.

Être heureux finalement ça n'est que mettre en valeur les bons moments qu'on vit. Même si pour l'instant bon... Si, le seul truc terrible quand même depuis que je suis là : le soleil. La chaleur certes, mais la chaleur ailleurs c'est pas pareil. Mon short ras et mon haut de maillot de bain seraient un peu déplacés à Paris... Ici, c'est agréable.

A force d'entendre tout le monde parler français, je décide que je partirai demain. Pour Epidaure. A la douche !

 

Elles étaient vides tout à l'heure et là, c'est la cohue. Que des d'jeun's. Ados. Françaises. Je ne dis pas un mot. Pour laisser le doute. En allant prendre mes affaires, j'ai vu que les tentes près de la mienne étaient les leurs. Pourquoi j'ai pris ça pour un campement de motards ? Les filles essaient plus ou moins bien se s'arranger. J'en regarde une s'appliquer à se faire une coiffure très moche. Le choix de ses fringues très moches... Et pourtant je l'imagine en train de préparer ce qu'elle a de plus beau dans sa valise. Ce qui "fait trop bien". Qu'est-ce qu'on peut avoir des goûts de chiottes quand on est môme !

 

En les entendant parler sous ma douche, je me dis que je suis passée à côté de mon adolescence. Les vieux disaient que j'étais "mûre" pour mon âge. Ca m'agaçait et j'aimais bien ça aussi. Je n'étais jamais évincée des discussions de grands, au contraire. Mais je passais à côté de la facilité. La facilité des paillettes, des pommades, de la mode, de se donner et de se reprendre. Tout ce qui ne peut pas se rattraper sans faire vieille peau à un moment donné. Il est un temps où c'est trop tard. Je vais voir ce qu'ils proposent au restaurant. Ca fait cantine et il y a tous les jeunes. Faut que je me sauve.

 

Je retourne vers Argos. A la station service, où on nous sert l'essence, quel pied, je demande où je peux trouver un cyber. A Tolo ! Bon, c'est pas grave, il n'y a pas de station service à Tolo de toute manière, je ne suis pas venue pour rien.

Se garer : l'horreur ! J'aurais dû venir à pied du camping. On dirait la Plaka ou les puces d'Athènes. J'adore. C'est plein de vie et de couleurs, la nuit. Tout dans une rue étroite et longue. Je repère des restau’ qui donnent sur la mer.

 

J'entre dans un qui a les pieds dans l'eau. Et ça n'est pas une image. On a descendu le mobilier dans le sable. Des gens se baignent encore juste à côté d'autres qui mangent. J'hésite. A m'asseoir et manger toute seule. Ca me rappelle quand on était à Paris avec Karine et qu'on voyait ça : quelqu'un manger seul dans un restaurant. Je trouvais ça triste. Presque pathétique. Je disais que je ne pourrais jamais faire ça. Et pourtant, je le fais. Je suis assise. Je sors mon guide du routard et mon cahier. Mes cigarettes. Bref, je prépare un bureau les pieds dans l'eau. Et j'explique pourquoi je commence mon récit ici. A la location de voitures d'Athènes. Je regarde la route que je prendrai demain.

 

Le restaurateur me dit qu'il n'a pas de pita. Je suis déçue. Il m'a apporté des tranches de pain grillé. Puis il m'apporte du beurre. Je comprends qu'il a cru que je disais "butter". Je m'énerve un peu et lui joue de ça. Parce qu'en fait, ce sont les slouvakis qui font ça. Et c'est très "pour les touristes". En faisant presque comme s'il ne savait pas ce que c'était, il prend un air un peu condescendant : j'a-dore !

Je mange et bois, très bien, pas trop mais presque.

 

Direction le cyber. Au bout de la rue. J'ai oublié mes CD photos dans ma voiture. Je me retape toute la rue. J'envoie quelques photos à Makaï, Elo et Chris qui sont connectés. Makaï m'abandonne en pensant que j'ai dix conversations. Merci. En fait, je réponds aux commentaires sur mon blog et je mets une photo. Une seule. Pour laisser le suspense. Une de l'aquarium de Berlin. Une heure, ça y est. Ca va vite hein. Camping. Je veux absolument finir cette partie en temps réel, alors je vais au bar/cantine/restaurant et j'écris.

 

Je rencontre un chauffeur de bus français. Michel. Il conduit un bus breton ici tous les étés depuis vingt ans. Il remet en question la qualité de ma carte et le choix d'arrêts de mon itinéraire. Me dit où il sera le 17 (au cas où, genre) et me donne rendez-vous demain pour que je regarde sa carte Michelin, plus précise que la mienne. Il dit au patron que je suis une artiste. Et ça lui fait une belle jambe au patron (un grec en fait, la française de tout à l'heure est sa fille). Il me demande si je chante en grec...

 

Vu qu'il est 1h45 je doute de me réveiller de bonne heure. J'ai repris une bière pour finir d'écrire dehors. Je finis cette partie et je prends le temps de reprendre celle de l'aéroport qui n'est toujours pas finie...

3ème jour

II/3ème jour. 13 août.

 

 

Pendant que j'écrivais hier soir, j'entendais un peu les quatre Français parler à côté de moi. J'ai compris qu'ils étaient les animateurs du groupe. Je les ai interrompus pour savoir si l'un d'entre eux était allé au spectacle antique d'Epidaure puisque je savais qu'un groupe de jeunes y était allé. Pour savoir si ça valait le coup. Il devait être 1h. Parmi eux, j'ai rencontré Christophe, coordinateur jeunesse d'une communauté de communes dans le Nord. On s'est raconté nos expériences. C'est marrant de rencontrer un homologue en vacances. Enfin pour lui c'est pas les vacances. On est allé se coucher à 4h. C'est drôle. Pas le genre de conversation où tu te forces à rester même s'il commence à faire un peu froid parce que t'aimerais bien prolonger. Ca c'est une situation française. Là, c'est plutôt la discussion que tu n'as pas vu déborder parce que t'as même pas eu froid. Et tu constates quand même que t'es allé te coucher à 4h...

 

            C'est le moment que ma mère a choisi pour m'envoyer un texto en rentrant de sa soirée : "C'est bien si tout va bien ! Profite bien de tout. Ici ça va. Je t'embrasse très fort. Maman."

 

            J'ai mis mon réveil à 9h. Encore oublié que c'était l'heure française. Ca fait déjà un moment que les d'jeun's à côté ont mis leur poste. Une espèce de rap'n'b insupportable. Si au moins ils écoutaient MC Jean Gab'1... Ils ont vraiment des goûts de chiottes. Et leur musique sent les d'jeun's de "pas la cité" qui veulent faire la cité. Bonne humeur au réveil.

 

            Il est donc 10h. Mais j'ai décidé hier, enfin ce matin, de rester pour aller voir le spectacle d'Epidaure. Rien ne presse. Je vais prendre un petit déjeuner. Je revois mon plan avec Michel. Il est amoureux le gars. Il me file sa carte routière. Puis je vais à la douche. Et je l'entends m'appeler. Je me dis "quoi encore ?" : Il a mis sa carte sous mon essuie-glace pour que je paie moins cher à Delphes parce que le patron le connait bien... Il me dit comment trouver son bungalow en cas de besoin, quand je veux. Ca va aller merci. Je file à Nauplie. Pour visiter le château. Le fort Palamède et sa vue sur le golfe d'Argolide. C'est ma-gni-fique ! Ca y est ! J'y suis ! J'ai repris le contrôle.

 

J'ai envie de me baigner. Je retourne à la voiture. Et je trouve la carte de Michel. Que j'avais complètement oubliée. Il a rajouté son numéro de portable dessus. Je me rappelle qu'il m'a dit que si j'étais en Bretagne fallait pas que j'hésite. Pas lourdingue du tout quoi. Gentil cela dit.

 

            A Nauplie même, je tourne dans le port. Et je trouve le chemin pour aller à la plage. Un restaurant a élu domicile au pied d'un fort. Je prends un soda water (de l'eau gazeuse), et j'écris ça. En live. Parallèlement, je n'ai pas fini d'écrire ma journée d'avant-hier. J'en suis à ma rencontre avec Lisa et Pierre. Et je suis obligée d'écrire à la fin de mon nouveau cahier parce que l'autre est déjà fini. Mais j'ai du mal à revenir en arrière. Aux points négatifs. Pendant que j'écris, je ne vis pas de choses à écrire. Mais je sais que ça me fera plaisir de relire. Et que si pour l'instant je ne suis reliée qu'à moi même avec ces cahiers, ils seront l'occasion d'un partage. Alors je me force un peu.

 

            Il est 17h50. Je ne me suis toujours pas baignée. Je file. J'ai eu du mal à trouver mais ça valait le coup. Ils ont construit une très belle promenade. Dommage que les touristes aient tagué n'importe où : même sur les cactus ! A cause de ça je ne peux pas prendre toutes les photos que je veux.

 

            En fait de plage, il s'agit de rochers. Dans lesquels des escaliers à deux marches ont été scellés. C'est profond directement. Et calme. Une dizaine de personnes sont là seulement. Contre une centaine 200m plus loin sur un banc de sable dégueulasse. Je vais à l'eau. Un type me regarde faire. Près de lui, sa copine dort. Ca m'énerve. Je vais pour descendre l'escalier, mais après la deuxième marche arrive un rocher mousseux. Je déteste ce contact : la mousse mouillée. Je remonte et je plonge. Un beau plongeon. Comme je n'étais pas mouillée, j'ai perdu ma culotte. Je ne sais pas si le type l'a vu. Je nage loin. Très loin. Et je fais la planche. Peut-être 5mn. Assez longtemps en tout cas. Ce que ça fait du bien. L'eau est transparente. Je suis bien. Je remonte. Et au moment où j'allais partir, le type et sa copine vont se baigner. Je ne peux pas rater ça. A mon tour, je ne le quitte pas des yeux. Il allait descendre par les marches mais il m'a vue. Ca a l'effet que j'attendais : il remonte et plonge. Je me dis que vraiment, c'est con un mec...

 

Je me lève cette fois et refais la promenade.

Arrivée au port, mon maillot est toujours trempé. Je trouve une ruelle pour mettre mon short sans culotte. Et je me promène.

 

C’est super Nauplie. Nafplio. Des petites places qui permettent de grandes terrasses, de petits magasins plus ou moins typiques, plus ou moins bourgeois. Des ruelles bouchées par des tables de restaurant et des parasols carrés, des rues pavés. De gros pavés blonds et glissants.

J’entre dans un magasin, puis deux, puis trois. J’achète deux pantalons grecs, l’un dans un magasin familial, poussiéreux, fouillis, où se croisent bibelots, cartes postales, fripes et vêtements neufs. Il est blanc, à deux pans, très théâtral. L’autre dans un bourgeois impeccablement rangé et tenu par le seul patron. Il est rayé et très confortable. En lin tous les deux. Essayer le blanc est du plus grand comique dans l’échoppe sans cabine, alors que je suis cul nu sous mon short ! Je constate que je me détends de la carte bleue. C’est pas dommage.

 

Il est bientôt 19h, il faut que j’aille me préparer pour Epidavros. Quelle chance !

  

III/

 

Putain ! Merde ! J'aimerais dire tous les pires mots de la terre. Les dire ? Non ! Les hurler ! ! Impossible de trouver le théâtre d'Epidaure. Et pour cause ! Il n'est pas à Epidaure. Fallait savoir ça. Je viens de me payer 70 bornes pour rien. En rage devant la grille. Quand les types me demandent mon billet.

 

Michel, le chauffeur de bus, s'est foutu de moi quand je lui ai dit que je passais l'après-midi à Epidaure. Il m’a dit que pour aller au spectacle, si je partais à 20 h « ce serait largement bon ». OK. C'est largement bon. Donc je passe l'après-midi comme décrite, et je pars à 18 h 50 de la plage. À 20 h 10 je suis dans ma voiture. Lavée, maquillée. Avec mon nouveau pantalon (Le blanc. Il est décidément trop beau). Donc, vu le « largement », ce qui pour 30 bornes n'est pas spécialement exagéré à la base, je suis tranquille. Lui, il m'a dit de suivre "archeological site". Alors qu’Epidaure est indiqué tout de suite, je ne trouve pas "archeological site". Je me dis que quand on connaît la route c'est normal, on ne fait pas attention aux panneaux. Je me tape un belge pendant dix kilomètres. Je pense que c'est un belge. J'ai la chanson du plat pays dans la tête, et du coup je pense à David. Le syndrome du plat pays, c'est de n'avoir jamais vu un virage de sa vie et de vouloir se mettre en première à chacun d'entre eux. Il évite un lapin écrasé. Je l'évite de justesse aussi. On ne sait jamais, ce n'est pas ma voiture. J'arrive à une intersection. Epidaure ancien à gauche, Epidaure tout droit. Je ne vois pas "archeological site". Je continue donc. Mais je suis inquiète de ne toujours rien voir indiqué. Je m'arrête un peu énervée devant un resto. Je cours et demande au patron qui me renvoie d'où je viens. Douze kilomètres. À droite ? Non, tout droit. Bon, OK. Alors c'est pas le centre ancien non plus. Il se fout de moi lui. Je repars. Il est 21h. Ça commence. Je hurle dans la voiture. Pourquoi, encore une fois, j'ai écouté quelqu'un d'autre que moi ? Si j'étais venue cet après-midi, comme prévu, ça serait bon. Je dépasse le carrefour, je repasse à côté du lapin, je roule, roule. Comme une folle. Dans les virages. Je fume. C'est trop loin c'est pas possible. Pas de carrefour avant longtemps. Je fais demi-tour là. Au milieu de nulle part. Deuxième effet kiss kool. Oh ! Un lapin ! Oh ! Centre ancien ! Toujours aucune indication "archeological site" Un autre type m'indique.... la route inverse ! Douze kilomètres. 'tain ils sont formés ou quoi ? Non ! C'est pas possible j'en viens ! Mais si, croyez moi madame... La quatrième dimension, L'antre de la folie... M'énerver en anglais est du plus grand comique. D'autant que le type n'y est pour rien. OK. Je mets le compteur à 0. Je note que j'étais à 260 à peu près. Wah ! 260 déjà ! Mais il ne se remet pas en route ce con ! Ah, ça y est. Tiens ! Un lapin ! Oh ! "Theater 7 km", elle sort d'où cette pancarte ? Je suis incapable de dire au moment où j'écris où j'ai tourné, tout ça. Bref, je suis au théâtre. Enorme parking blindé. Des dizaines de bus, des centaines de voitures. Je prends mon pied (vite fait comme j'avais dit à Pierre) et mon sac, go. C'est loin évidemment. Pourtant je me suis garée le plus près possible. Comme une « kaille ». Non, j'exagère. Les chauffeurs me regardent de la tête aux pieds avec des regards lubriques. Vu les nerfs que j'ai, je leur cracherais bien à la gueule. Un gardien m'indique un raccourci. J'arrive devant la grille. Deux gardiens me demandent mon ticket. Mais où est-ce qu'on peut en avoir un bordel ???? Des touristes italiens essaient de moyenner l'entrée "free". Ils m'énervent les blaireaux. Je lance mon pied, de rage. Merde. Il est fragile. Je fais les cent pas, la respiration au maximum. Je taperais bien Michel s'il était devant moi. J'ai les larmes aux yeux. Une main sur le front, l'autre sur la hanche. Ils ne se rendent pas compte ces cons que je ne reviendrai peut-être jamais de ma vie ? Je reprends mon pied et je m'en vais. Je démarre en trombe. Comme une vraie « kaille » cette fois. En cinquante mètres je suis en cinquième, les pneus crissent. Je vais à Nauplie.

 

Sur le parking bondé les voitures tournent. Je slalome entre les piétons qui font exprès de gêner et les Grecs qui ne font pas semblant de ne pas savoir conduire. Ici, pas de priorité à droite, c'est le plus gros, le plus culotté qui passe. Ca, je sais faire. Je passe. Les Grecs naissent avec une particularité. Ils ont un klaxon dans la main... Ici, la voie d'urgence est une vraie voie. Et si tu veux te garer tu dois mettre tes warning, c'est bien connu dans le code de la route non ? Il arrive d'éviter de justesse un face à face avec un type qui double dans un virage... Vraiment des abrutis.

Je veux aller manger dans le beau resto de cet après midi. C'est cher la vache. Je veux bien me détendre du portefeuille mais c'est dégueulasse en plus. La techno est à fond.  Le top des soirées. Le patron est sympa, ça tranche. Je finis mon assiette chimique et je m'en vais. Par hasard, en cherchant le cyber, je passe devant le magasin où j'ai acheté mon pantalon blanc. Le vrai magasin familial typique. Avec poussière et tout. Les gens ne me reconnaissent pas tout de suite. Il faut dire que je suis plus présentable que tout à l'heure, avec mon short cul nu parce que mon maillot mouillé c'était moyen. Ils reconnaissent d'abord mon pantalon, et peu à peu ils se disent qui je suis. Ils me font faire un tour sur moi-même avec des "wah". Bah ça fait plaisir.

 

Le cyber est un grand endroit gris. Ouvert 24/24. Musique techno. Clim trop forte. Odeur de tabac froid. Distributeur de boissons. Une cinquantaine de postes. Des d'jeun's qui beuglent au téléphone ou entre eux s'ils jouent en réseau. Un qui éclate sa chaise dans la mienne sans s'excuser. Manque de pot c'est moi : il est bien obligé de s'excuser vu le regard avec lequel je le toise. Bon bah n'en fais pas trop non plus garçon... J'ai oublié mon portable et mon CD de photos dans la voiture. Mon appareil aussi. Je ne pourrais pas vider ma puce. Je me connecte au petit bonheur la chance. Je tombe sur Makaï peu de temps avant la fin de mon heure. J’envoie des mails. Dont un à Saïda, un à Florian-Stéphane et un à Caro. Je laisse un com sur mon blog, un sur celui de Thierry. Il a un article sur l'équilibre en amour. J'aurais bien aimé le lire avant. Je n'ai plus temps de m'étaler, je rentre.

 

J'ai envie d'aller me coucher. La terrasse est éteinte. J'espérais quand même un peu que Christophe serait là. Je m'assieds avec mon cahier près d'une lumière. J'attends encore un peu. Je sais qu'il y a des gens derrière, sur la terrasse du préau-cantine-restaurant. Mais je ne distingue pas qui ils sont.  Le veilleur de nuit qu'on a exaspéré hier éteint la petite lampe qui m'éclairait. Je lui fais remarquer que je ne peux plus écrire. Il me fait aller sous le préau, où il y a encore une faible lumière. Avant de m'asseoir, j'entends quelqu'un qui m'appelle. Mais je ne reconnais pas la voix et je ne vois rien. Je fais un effort et je vois Michel qui s'approche. Il me dit comme un secret que les deux équipes d'animation sont là. Qu'ils sont tous bourrés. Qu'il n'a lui-même plus rien à boire, que par conséquent il n'y a plus rien pour moi non plus, mais que je peux me joindre à eux. Ce qui aurait pu se résumer en "Nath, tu viens avec nous !" J'y vais. Et je constate qu'effectivement, les deux équipes sont là, mais pas Christophe. Et l'autre directrice non plus. Michel est parti chercher une chaise, alors je m'assieds sur celle qui reste et "non, non, c'est celle de "madame la directrice" celle-là" avec les yeux au ciel. Très théâtral Michel, toujours en sur jeu : fatiguant. Je manque de répondre que ça tombe bien mais non. J'en prends une autre et je vais m'asseoir à l'opposé. Il est coupé dans son idée. Parce qu'il était assis sur la fontaine et m'avait installé une chaise près de lui. Là, il commence à être très lourd... Il me demande si c’était bien. Je lui réponds que ç’aurait été mieux si j’avais trouvé. Où je vais demain. Je le remercie avec un sourire. Je me passerai de son aide alambiqué pour demain et tous les autres jours. Il encaisse.

 

Christophe arrive et s'installe à côté de moi. Il a une super belle chemise grecque blanche. Je veux la même pour mon frère. Elle lui va bien. Je le lui fais remarquer. Peu à peu tout le monde s'en va. En fait deux anim’ ont trouvé une tente et un bungalow « mixtes ». Ils ont dû, avec l’autre directrice, aller faire les méchants. Certains animateurs ont essayé de trouver quelque chose à fumer et à boire pour aller dormir sur la plage. Ils sont bourrés. Je trouve ça lamentable.

Christophe se fout de moi en regardant mes photos : "en fait, la forteresse, c'est que des fenêtres !" J'aime beaucoup ce type. Il est nature. C'est un vrai gamin avec l'avantage que c'en est pas un.

 

Quand les deux derniers pour la plage reviennent, l'animatrice qu'on n’avait pas invitée dans notre conversation leur dit "ah bah quand même, je commençais à me faire chier". On éclate de rire de ce sans gêne manifeste. Les trois nazes se cassent. On discute jusqu'à... 5h ! Hier, le veilleur de nuit est allé le voir pour lui demander si on avait "tacatac boumbmoum". Je n'ai jamais eu autant de succès. Je vais peut-être réfléchir à venir habiter ici finalement... Je comprends aussi la proposition, et sous mes airs complètement à l'aise, je n'arrive pas à me lâcher. On monte l'escalier, je vais à gauche, il va à droite. Dans ma tente, je me dis que je suis vraiment conne. Je pense à Dominique. C'est marrant les blogs, je ne la connais pas, mais je me dis qu'elle me prendrait elle aussi sûrement pour une conne. Makaï me ferait la morale, encore. Mais c'est trop tard de toute façon. Après l'heure... Donc, je dors.

4ème jour

IV/4ème jour. 14 août.

 

 

 

Ça y est, j'ai pris du retard. Résultat : il me reste deux parties à finir. Je n'ai toujours pas fini mon jour entier à Athènes, et pas encore la partie d'avant-hier. Commençons celle-ci à hier matin. Dimanche. Dimanche... 14 of August (le serveur du café vient de me dire Monday... Monday 15 of August).

 

Je me suis réveillée à 9h40. Complètement naze. Il faut je parte. Petit-déjeuner. Un café s'impose. Christophe est là. Il vient vers moi. Notre sorte d'acte manqué nous donne l'air penaud. Je trouve. J'attends son rendez-vous avec les mômes pour y aller. Les deux types qui ont planté leur tente presque sur la mienne sont là. Je défais la mienne. Je vais me doucher, régler ma note, ranger mes affaires et ça y est.

 

J'ai passé un bon moment ici. Je repasse par le café pour dire au revoir et je vois Christophe siroter un jus de fruits. Je lui demande ce qu'il fait encore là. Il devait emmener un jeune qui s'est fait mal au genou chez le médecin et finalement il l'emmènera à l'hôpital après le déjeuner. Il me retient que je ne résiste pas. Comme si on pouvait se rattraper en dix minutes là, en plein soleil. Je lui propose de l'emmener à Nauplie. Ça lui économisera l'aller en taxi. Il me demande si je vais attendre qu'ils aient fini de déjeuner. Non quand même. On se dit donc au revoir. Je fais ma désormais célèbre révérence. On ne se touche surtout pas. J'y vais.

 

Ma route longe la côte. Elle est très belle. Je ne peux pas m'empêcher de penser à ma conne de pudeur. C'était facile pourtant. Je pense à G. F. c'est la première fois depuis que je suis là. Comment va-t-il ? Où en est-il à mon sujet ? Je pense à des tas de trucs pas bien. Bon, la route est magnifique, mais à mon avis, je me suis trompée. Ça fait trop longtemps que je ne vois plus la mer. Je fais demi-tour. Je m'arrête. Là, au milieu de nulle part, il y a une petite auberge. Avec une terrasse ombragée de marronniers. C'est très venteux. Ça fait du bien. Je suis en nage. Je regarde la carte. Le garçon arrive. Je lui demande s'il parle anglais. Pas du tout. Il doit rencontrer deux touristes paumés par an. Alors je me lance, il le faut. Je pose mes questions en grec. Et le serveur comprend bien que si je lui pose les questions, je ne vais pas comprendre les réponses. Alors il me répond avec des signes, et c'est bien ce que je pensais pour la route, je suis à Petros. Ca c'est vraiment les vacances ! Je ne parle qu'en grec. La boisson, les toilettes, la route, la monnaie. Et je suis contente. N'importe quoi. Il est content aussi. On est content quoi. Il y a du vent, beaucoup de vent. Ca fait du bien. Je respire. Je remplis ma bouteille d'eau aux toilettes et je me dis que je vais peut-être me payer une belle chiasse. Allez, c'est reparti.

 

Je retrouve ma route. Je m'arrête de temps en temps, c'est vraiment magnifique. A mon plaisir de conduire s'ajoute les virages incessants et la vue. Je ne peux même pas m'arrêter à chaque fois que je veux faire des photos. Je fais demi-tour. J'accroche mon pare choc arrière sur une pierre en repartant de mon point de vue. Au bruit, un Grec s'approche, prêt à m'aider. Mais non, il n'y a rien. C'est une espèce de plastique qui se remet facilement. On ne voit presque rien. J'arrive sur le port d'un village et... fin de la route. On peut tourner des pubs Kiss Kool partout ici. C'est merveilleusement beau. Je suis à Poulithra. Bon, bah j'ai dû me tromper encore. Mais non, c'est la fin de la côte. Ensuite, ça n'est plus que de la montagne. Suffit de prendre là. A droite. J'aimerais bien rester ici. Mais non, allez.

 

La montagne. Je croise plusieurs troupeaux de brebis. Un vrai berger. Un vieil homme à la peau burinée par le soleil. Un grand bâton à la main. Une carte postale. Ca contraste avec les jeunes à scooter et sans casque. C'est la Grèce profonde. Plus un seul panneau en anglais. Que du Grec. Demerde-toi ma vieille. Je suis obligée de m'arrêter pour confirmer mon choix de route. Ici c'est clair qu'ils n'ont jamais vu une fille. Ca les perturbe. Je ne me suis pas trompée. Le serveur fait des efforts surhumains pour se souvenir de son anglais de mauvais élève. La robe courte y est sûrement pour quelque chose... Ensuite c'est de la montagne pure et dure. Où il n'y a rien. Où, quand j'entends la radio je sais que j'approche d'habitations isolées, même si je ne les vois pas toujours. La route est plus ou moins belle par portion. Nid de poule comme des cratères ou asphalte neuf.

 

Là, si les concepteurs des pubs Kiss Kool sont Grecs, ils n’ont aucun mérite. Un vieux au milieu de la route, la canne en l'air, face à moi. Je n'ai que le temps de rabaisser vite fait ma robe que j'avais remontée pour bronzer et faire sécher l'eau que j'avais fait couler de la bouteille avant d'arriver à lui. Mais d'où vient-il ? Il y a plus de quinze kilomètres que je n'ai pas croisé une habitation. Et où va-t-il ? Le prochain village n'est pas avant dix kilomètres. C'est là qu'il va : à Dimitri. Quand il voit tout ce que j'ai à mettre à l'arrière, il me propose de s'asseoir directement derrière, mais n'insiste pas en voyant que derrière c'est pareil. La communication entre nous est impossible. Ca nous fait rire. Le bonhomme sent le vieux, le renfermé et le soleil. Ca me fait penser au cousin de mon père qui venait l'été à vélo. De Pacy sur Eure. Quarante kilomètres sous le soleil. Il ne sentait pas la transpiration. Il sentait ça : le vieux, le renfermé et le soleil. Le savon de Marseille aussi. Il prend mon cahier et lit mon itinéraire. Puisque je l'ai écrit en Grec. Obligée pour les panneaux. Il s'obstine encore plus à me parler en Grec. Ce qui est drôle, c'est que je m'obstine à lui parler en anglais... Quand on arrive au village, il fait des signes de tête aux gens. Qui me regardent.  Il est parti et son odeur est toujours là. J'ai pourtant ouvert les deux fenêtres en grand. J'arrive dans trente kilomètres.

 

Beurk. C'est laid. Très laid. Je maudis encore Michel. Pourtant le guide du routard dit lui aussi que c'est incontournable... Le camping est bondé. Ca m'énerve de devoir planter ma tente devant tout le monde.  Le proprio est suisse. Il n'a pas de maillet, il est désolé. J'ai trouvé le truc : je dis que je l'ai oublié dans un autre camping. La fille près de la barrière est prête à téléphoner au camping en question... Merde ! Non, ça va aller merci, je vais demander dans le camping. Des Italiens ont installé avec une pierre. Je n'y avais même pas pensé. Je dis à la fille de l'entrée (près de la barrière) que j'ai trouvé un "hammer". Mais elle en a un qu'elle me tend. Le proprio qui n'arrête pas de s'engueuler avec elle me dit "Aaaaah ! C'était un marteau que tu voulais !" "Bah ouais... Un maillet quoi !" Je rêve ! Tu me rappelles ton boulot mec ?

 

En fait non. J'aime bien planter ma tente devant tout le monde. J'adore la tête de ces Decathlon-men avec leur look pourrav’ qui me regardent en se foutant de ma gueule à juger de ma robe, mes tongues et mes bijoux. Et qui ferment leur bouche quand la tente est montée 15mn plus tard. Barbie is a winner.

 

Bon, j'ai envie d'aller à la plage. Mais on est sur le mauvais versant. Il n'y a plus de soleil. L'eau est froide. Transparente mais on n’en voit que mieux un sable grossier et gris. Dégueu. Les pierres deviennent galets puis gravier. Je ne reste pas.

Je rêve !!! C'est Alizée que je vois ? Elle voulait téléphoner d'un fixe sur un portable français en Grèce et je l'ai aidée à le faire hier à Tolo ! Je l'appelle. Elle aussi hallucine. Elle me dit "Tu te rends compte du nombre de campings qu'il doit y avoir en Grèce ?" Oui, environ 360. Son petit frère lui demande qui je suis pour la 3ème fois quand on l'entend. Michel m'a dit qu'on pouvait voir des tortues ici le soir. Je leur propose de venir les chercher après le repas. Après le retour de leurs parents aussi. Je sympathise avec des enfants !!! Ca me suit partout. Ca me fait sourire aussi. On ne se refait pas quoi. Alizée et Béranger. Lui, on dirait un bolide. Il a un cheveu sur la langue de la taille d'une locks. Il lui manque les deux dents de devant. Il doit avoir 8 ans. Il est blond. Aux yeux bleus. Elle est métisse et doit avoir 12 ans. Elle doit être très studieuse. Leur mère vient d'à côté de Versailles. Nous n'avons vraisemblablement pas le même budget. Il est directeur général d'une entreprise d'aide aux handicapés. Et conseil en entreprise. Ils reviennent de Monemvassia. Ca ressemble au Mont Saint Michel. En mieux. On discute jusqu'à 23h. Béranger s'inquiète de savoir s'il me verra demain. Il est déçu parce qu'on a bien regardé avec ses parents et c'est pas ici les tortues. Mais il est aussi déçu de ne pas voir de tortue que de ne pas y aller avec moi je crois. Oui je te verrai demain Béranger, bonne nuit. Ils vont se coucher. Je vais au cyber. La connexion est pourrie. Je ne tarde pas. Je mets mes photos sur CD. Et je formate la puce. Pas intérêt à perdre ou abîmer mes CD... Je suis fatiguée, je vais me coucher. J'avais les boules en arrivant, mais en relisant le guide du routard je reprends espoir. Je resterai deux nuits ici. Et je ferai une entorse à mon programme. De sorte que vendredi prochain je pourrais aller voir le spectacle d'Epidaure. Je ne veux pas regretter ça toute ma vie si je ne dois plus revenir ici. Aller au spectacle d'Epidaure. Et au camping de Tolo. D'où Christophe part le 24...

5 et 6ème jour

V/5ème jour. 15 août.

 

 

Je me réveille avec mon réveil. J'entends mes voisins râler. Pas étonnant il est 8h. Je me rendors. J'ai trop chaud. J'ai beaucoup bougé. Je suis complètement par terre. Sur le plastique de la tente. En nage. Je n'arrive pas à ouvrir les yeux. Je me force à décoller vers 10h. Je vais au bar.

 

Le serveur est sympa, et drôle. Pourtant, un matin comme ça, ceux qui me connaissent évitent de me parler rien qu'à voir ma tête. Lui, il me parle beaucoup et ça me fait rire. Je n'en reviens pas moi-même.Il me propose 5 cafés. Et c'est à ce moment que je vois ma tête dans le miroir derrière lui. Wah, ouais, ok, 5 cafés. On est morts de rire. Et lui il saute partout. Je m'installe sur le balcon derrière. Venteux, ombragé, silencieux. Et j'écris. En commandant deux ou trois cafés pour de vrai.

 

Il est midi et je viens de rattraper mon retard. J'ai écrit pendant près d'une heure et demi. La musique est sympa dans ce bar. Entre Café del Mar et Air mais en Grec. Faut que je bouge un peu quand même. Je mets mon maillot de bain sous mes affaires. J'irai à la plage directement en rentrant de Monemvassia. Il est vraiment très court mon short. Je prends le nécessaire dans mon sac. Avec mon argentique cette fois. Il est lourd ce con. C'est vraiment bien ici, je vais rester cette nuit et je partirai demain matin. Enfin... le matin ! Je n'ai pas encore réussi une seule fois depuis que je suis ici.

 

J'arrive vers 13h dans le village fortifié. Et dès que je rentre, je tombe sur une maison qui me fait penser à celles que je ne verrai malheureusement pas, celles des îles. Tout est trop beau.

 

Ici il y a moins de pièges à touristes qu'ailleurs. Il y a beaucoup de Grecs. Normal, c'est le 15 août, l'église s'appelle Sainte Marie...

 

Il y a du véritable artisanat dans les boutiques. Typique quoi. Même si une commerçante à qui j'ai demandé de poser pour moi et qui parle très bien français me dit que le magasin en face du sien, où j'ai pris les photos avec elle est une maison française.

 

Elle m'indique la petite plage. Il est 16h. Je vais commencer par me baigner et j'irai à l'église après. Mais je reste peu de temps. Même si la plage est petite, propre et qu'on doit être 10 à tout casser. Juste le temps de sécher un peu. J'enlève mon bas et je reste en maillot en haut. Ca devient une habitude. En partant, je trouve une terrasse ombragée. C'est sensé être fermé mais ils veulent bien me servir. deux jeunes jouent. Un vieux et un homme d'une quarantaine d'années discutent. Ils sont tous du village.

Pendant que j'écris, d'un seul coup j'entends des hurlements de chiens. Et j'assiste, à moins de 5m, à un combat improbable entre un dogue et un scottish. J'ai la même peur que quand Max, mon cocker-setter avait été attrapé à l'oreille par un pit qui était pourtant son copain d'habitude. Là c'est pareil. Je me souviens les avoir vus couchés tout à l'heure, les deux chiens se connaissent bien et les maîtres aussi. Les tables tombent, les verres se cassent, les grognements sont inquiétants. Le scottish hurle comme une fillette. Sa maîtresse hurle et pleure. Le maître du dogue les a soulevés tous les deux. Je me suis levée et éloignée un peu. J'ai les larmes aux yeux. Et ça y est, c'est fini. Je crois comprendre que la fille insultait le type alors que c'est le scottish qui n'arrêtait pas de chercher le gros. Ca y est, il a réussi à les séparer. La fille est encore en larmes et embrasse son chien tout tremblant dans ses bras. La vieille du bar est apparue, en maillot de bain. Avec le vieux, ils ont vu que j'ai eu peur. Je leur raconte l'histoire avec Max et le pit. J'hallucine de voir une vieille en maillot de bain dehors. Aucune chance de voir ça en Espagne et encore moins au Portugal.

Il est 18h15. Je suis dans les temps pour aller à l'église.

 

Je croise Alizée, Béranger et leur mère. Béranger a les yeux exorbités. Il me regarde comme s'il voyait une merveille. Il a 7 ans...

Alizée n'en revient pas. Mais il est donc impossible de se débarrasser de moi ? Je raconte le combat de chiens à Béranger qui illustre mon récit comme s'il avait vu la scène. Des français très mignons avec chacun un chien entrent dans la conversation mais nous quittent pour... entrer dans une maison de l'île. Wahou, ils habitent ici ! Tous les 3 n'ont pas encore fait le tour du village. On se retrouvera à l'église. Béranger me regarde partir. Il est déchiré. Tout dans le regard. Je lui redit qu'on va se voir là haut. Je croise à nouveau la commerçante qui parle français. On discute encore un peu. Elle a appris le français en Albanie mais n'est malheureusement jamais allée en France. Voilà l'ancienne église Sainte Sophie. Avec les couleurs du soleil, je comprends pourquoi la commerçante m'a conseillé d'y aller vers 18h. C'est magnifique.

 

Il faut rentrer. L'expression "la nuit tombe" prend tout son sens ici.

Après avoir mangé, je vais me doucher. Je vais lire et me coucher tôt. Je n'ai plus de monnaie et c'est très bien comme ça. Merde ! Mais non, comment je vais faire demain matin sans café ! Impossible ! Obligée de retourner en ville. Chercher de l'argent.

 

Et je trouve un bazard. J'en profite pour acheter des couverts, une lampe de poche, une assiette en plastique et du blush bleu ciel. Il n'y a ni fil ni aiguille. J'essaie une jupe. deux fois trop grande. Et quand je sors de la cabine, la vendeuse a sorti plein de fringues. Elle veut que je les essaie. Elle est trop contente de voir une touriste dans son magasin. Mais vive le langage des signes. Elle est trop marrante. Les machins qu'elle me fait essayer sont trop vulgaires : un short zébré avec des chaînes, un haut moulant avec des fils dans le dos. Dans ce truc on dirait un travelo. Ca fait super moche avec mes oeufs au plat. Elle me dit que j'ai de la chance parce qu'avec ses seins, elle ne peut rien mettre. C'est vrai que c'est la deuxième que je croise avec des pastèques. Impressionnants. Mais on dira ce qu'on voudra, elle ressemble quand même plus à une fille que moi. Elle me demande d'où je viens, si je vais aller dans les îles. Elle me dit qu'elle ne connaît rien d'autre que Monemvassia et quarante kilomètres autour. Elle est née ici. Elle ne connaît rien d'autre. Même pas Athènes. Je ne sais pas pourquoi ça me fait super mal au coeur. Peut-être parce que ça se voit qu'elle serait prête à tout plaquer pour faire le tour du Péloponnèse avec moi. Elle est vraiment super sympa. Je pense à Makaï, ça me fait sourire de l'imaginer me voir là, avec une fille quasi en train de me draguer. Elle a trouvé du fil et une aiguille au fond de son sac et me les donne. Ca , c'est pour le sequin de mon maillot de bain. C'est trop gentil. Elle m'a dit comment elle s'appelait mais je ne m'en souviens pas. Elle trouve que le blush va bien m'aller. Je paie, on se fait la bise.

 

Je vais au bar pour faire mon itinéraire jusqu'à Gythion, ça sera fait. Je rends la cuillère que le barman m'a prêtée pour ma pastèque tout à l'heure. Il me dit que c'est son anniversaire. Il a 46 ans aujourd'hui. Ca fait 40mn que je regarde la carte, et je ne sais vraiment pas comment faire pour être à Epidaure en fin de semaine. Le serveur m'interrompt et me demande pourquoi je fais ça. Si je fais ça en France. Aller à une terrasse avec une carte et m'isoler parmi les gens. Bah non, en France il y a la lumière chez moi. Il insiste, je devrais parler aux gens. Je l'invite à ma table. Il va pour trinquer mais j'ai fini ma bière. Moi qui voulais aller me coucher tôt. Ok, j'en reprends une. 1 litre de bière ce soir... Il ne comprend pas mes vacances "à la japonaise". C'est bien les photos, tout ça, mon cahier, ouais, mais quand je l'écris je ne vis pas. Je devrais l'écrire après. Je lui fais quand même remarquer que ce sont mes vacances et que j'en fais ce que je veux. Il faut que je rencontre des gens, que je rencontre des Grecs, que je sache comment ils vivent. Et pour ça, il faut que je reste un moment sur place. Tout ça. Je ne le vois absolument pas venir avec ses gros sabots. A 2h, tous les autres clients sont partis. Mon niveau d'anglais le désole. Il est parfaitement bilingue. Oui, ça suffit pour me débrouiller, mais avec lui, ça ne suffit pas. On se raconte des histoires drôles. Je suis naze. A 4h, je décide d'aller me coucher. Théoriquement, il doit ouvrir à 8h. Je calcule donc qu'il travaille 17h par jour. Et oui, c'est la haute saison ! Je viens de lui bouffer la moitié de sa nuit. Enfin, il n'était pas obligé. Je ne me lave même pas les dents avant d'aller me coucher...

 

 

VI/6ème jour. 16 août.

 

 

 

Je me réveille à 8 h 30. J'avais prévu 9 h sur mon portable, mais c'est très bien comme ça. Allez, café. Ah. Bah comme promis c'est fermé. J'écris un peu en attendant. Alors que j'ai ma tente à démonter, que je pourrais aussi me doucher. Je vais m'acheter de quoi manger au supermarket : pain, beurre, miel. Et je déjeune.

 

Il arrive à 9 h 20 par-là. Les tables sont restées telles qu'hier soir. Il est en colère. Il me dit que le café sera servi à 10 h. O.K. je vais me préparer. Je reviens boire mon café à 10 h 15. Je lui offre mon CD de Clarika parce qu'il aime les artistes français (Il m'a même fredonné « sans contrefaçon » hier. Il était en France en 1988. À Besançon. Il fabriquait de faux bijoux pour un ami), et un CD où je chante. Il m'embrasse. Je lui dis que c'est pour son anniversaire. Il me dit qu'il aurait préféré un autre cadeau. J'avais bien compris. Je m'en vais.

 

Vu l'heure, mon challenge est d'avoir décollé à 11 h 30. Et j'y arrive. Pile. J'ai déposé un exemplaire du CD de mes ados sur la table de Béranger avec un petit mot.

 

Je suis contrariée parce que j'ai dû laisser au fond du sac que j'ai mis hier à la poubelle, le fil et l'aiguille que la fille du bazar m'a donnés... Gythion n'est pas très loin. J'y arrive à 14 h. Et encore, parce que je m'arrête tous les deux kilomètres pour prendre des photos. Parce que je me perds aussi. Mais ça y est j'y suis.

 

À l'accueil du camping, je demande où je peux imprimer quelques photos. J'ai envie d'envoyer quelques lettres à la place des cartes postales. Et de me faire des en-têtes avec. Elle me dit ici. Et c'est gratuit. Merci beaucoup. Elle s'appelle Ursulla. Elle me demande comment est Grenoble. Parce qu'elle est tombée amoureuse d'un Français. Il est parti hier. Je vais chercher mes CD de photos. Super l'ordi : évidemment tout est en grec. J'essaie de me souvenir de la place des onglets. Sélectionner des photos. Imprimer. Ça ne fonctionne pas. Deux jeunes entrent."Oui are tou, ande oui ave eu tente, oui ave not car ande oui ouant tou slip eu naït." Je leur dis "Et si iou are pas Français, iou l'dites !" J'étais dos à eux, face à l'ordi, ils se marrent. On discute. Je rencontre Fabien et Gaëlle. Ils vont installer leur tente. On se donne rendez-vous à la plage. J'ai le temps, il est tôt pour une fois. Et j'ai envie de bronzer d'ailleurs que du bras gauche. Et ne rien foutre. Et ne penser à rien. Fabien revient 5 mn plus tard pour demander s'il peut charger son portable quelque part. Ursulla me donne un coup de coude comme s'il n'allait pas le voir en me faisant une grimace et les yeux ronds. Je traduis son anglais à lui dans mon anglais à moi. Elle comprend. Il me dit qu'il vient de dire la même chose ! Le patron arrive. Il demande à Ursulla ce que je fous là, ou qui je suis, ou les deux. Je fais une tête de "mesquina". La honte. Elle me dit qu'il n'y a aucun problème. Qu'il est très sympa. Elle me chuchote qu'il est stupide aussi. Et elle se marre. En tout cas il est gravement beau. De chez grave. Mat. Les cheveux et les yeux noirs. Une voix. Grrrr ! Il me fait penser à Olivier. Mais la voix... Mmmmh ! Bon, de toute façon, l'impression ne se lance toujours pas malgré les efforts d'Ursulla pour m'aider. Alors je file à la plage.

 

Où je ne reste qu'une heure. Parce qu'au début, le vent était vraiment sympa. Mais il est devenu lourdingue. Je me suis allongée pour dormir. J'ai dormi 4h la nuit dernière... Mais des rafales ont rempli mes oreilles, mes cheveux, ma peau moite et mon sac de sable. J'a-dore ! En plus, l'eau n'est pas si chaude que ça je trouve. Florian et Gaëlle ont trouvé un endroit à l'abri du vent. On discute un peu. Mais il est bientôt 17h de toute façon et je veux aller à Aeropoli. Florian me conseille un petit chemin au bout duquel on arrive à une falaise. Sur laquelle il n'y a qu'une terrasse de café. Le seul endroit du village depuis lequel on voit la mer. A 1/2h de marche du centre.

 

J'aurais dû penser qu'en tant que piétons ils ne savaient pas qu'on pouvait y accéder en voiture. C'est pas grave. Ca me permet de visiter le village. De croiser des vaches magnifiques et nerveuses. Qui viennent me chercher en donnant des coups de têtes dans l'air. Un jardin où les fleurs sont plantées dans de vieilles chaussures.La montagne sous un nuage... Le village ne sent pas du tout la pauvreté. C'est vraiment beau. Dommage que le bar soit fermé pour l'instant. Je ne peux pas écrire ici. Je retourne dans le centre. Je trouve un magasin typique grec. Ici je rencontre Matina, en vacances chez sa grand mère. Elle est très contente de rencontrer une Française. J'achète du fil et deux aiguilles dans ce magasin-pressing-boutique souvenirs... Une grande aiguille pour mon sac et une petite pour le sequin de mon maillot de bain qui est prêt à se faire la cerise. Le fil approprié à chaque aiguille. Et je me retrouve à la terrasse d'en face. Je retourne voir Matina qui voulait me parler de son séjour à Paris avec sa classe pour lui demander si elle veut venir avec moi. Au passage je trouve du fil de pêche. Meilleure idée à mon goût que le gros fil en coton pour mon sac. La grand mère m'en donne un mètre. Après avoir hurlé que je ne touche pas aux hameçons que j'avais déjà tout emmêlés... Matina me dit qu'elle ne peut pas partir maintenant mais que je peux revenir vers 20h. Je lui dis plutôt 21h parce que je dois retourner au café « Allou » au bout du village pour le coucher de soleil, rentrer me laver et revenir. Cette fois je vais en voiture à l'autre bout du village. Et je retourne au camping.

 

En sachant qu'il est à 1/2h d'ici, je sais déjà que je serai en retard. Au camping, le patron me tend mes impressions. C'est gentil, merci. Je me dépêche de me préparer mais j'arrive à 21h45. Je ne pensais pas mettre 1h à me laver les cheveux 3 fois pour me débarrasser du sable ! Matina est avec sa grand mère au magasin. Ca me fait marrer parce qu'elle me cherche au loin alors que je suis devant elle. Mais je ne ressemble pas à celle que j'étais tout à l'heure. J'attends qu'elle ait fini de servir des clients pour lui dire que je suis désolée. Elle est surprise et me dit que ça n'est pas grave. Sa grand mère a mis un peu de temps à me remettre. Matina lui parle du fil de pêche. Elle touche mes cheveux. Elle paraît impressionnée. Ca me gêne un peu. Elle est marrante la grand mère. Je n'ai pas mangé et Matina, si. Cela dit je devais arriver il y a une heure. Et elle part vers 23h avec des copines. Je reste là pour écrire. En face d'une gamine qui ne peut pas s'empêcher de me fixer malgré les remontrances de sa mère. Et je rentre me coucher.

7 et 8ème jour

VII/ 7ème jour. 17 août.

 

Je me lève assez tôt. J'ai mal dormi. Aujourd'hui, je veux aller à l'ancien théâtre de Gythion. Et à Dyros. En allant déjeuner, au supermarket, je rencontre Vicky. Très sympa, toute rigolote. On parle de musique et de Nikos Aliagas. Elle ne connaît pas Athena, mais me conseille de ne plus la voir. Je lui dis que j'aime tellement mes vacances et que je vois tellement de trucs que je n'aurais pas vus, que je ne lui en veux même plus. Enfin, c'est pas vraiment la formule, mais l'idée est là. Pain beurre, miel et café. Je suis toute seule au restau. Il doit être 10h ou 10h30. Dans le camping, beaucoup de Grecs. Qui passent un mois ici et ne sortent que rarement du camping. La plage est au bout mais enfin... Merci les parents de m'avoir donné une autre vision des vacances ! Quelle horreur. Certains ont tout reconstitué. Jusqu'au jardin avec de la moquette verte. La télé...

Je décolle vers midi, je ne sais pas comment je fais mais enfin... Je ne tiens plus mon journal depuis deux jours, mais j'écris des cartes et des lettres.

 

Dyros est à une trentaine de kilomètres. Mais on doit payer l'entrée des grottes pour accéder à la plage. Et je n'ai pas très envie d'y aller. Parce que je sais que je ne ferai pas de bonnes photos. Je reste là 10 mn, je réfléchis, laissant le personnel perplexe, et je m'en vais. Sur la route, je trouve un village où l'on vend des spécialités en terre cuite. Je crois que j'y reste deuxh. Evidemment, ils ne prennent pas la carte bleue. Donc, je suis obligée de retourner à Aéropoli. Quinze kilomètres. Et une seule banque. Une file d'attente énorme. 30 mn après environ, c'est à dire après avoir tourné pour éviter de rester en plein soleil, ce qui m'a évidemment conduit à perdre ma place, je retourne payer mes cadeaux.

 

J'ai trouvé la technique dans ce pays qui n'aime pas marchander mais qui ne supporte pas la carte bleue. Je demande si je peux payer en carte bleue. On me répond non à coup sûr. Alors je fais une tête de "mesquina" et je dis "je n'ai que..." ce que je veux payer. Et ça marche 9 fois sur 10. Il n'y a que pour mon frère que je ne me suis pas fixé un montant de cadeau. Déjà que je vais louper son anniversaire en étant ici !

 

Au retour, j'ai un mal fou à trouver l'ancien théâtre. Et je comprends pourquoi. Tout le monde s'en fout de l'ancien théâtre. Et pour cause. 3 caillasses. Mais alors pourquoi en parler ? Pourquoi le faire figurer sur le guide du routard ? C'est vraiment n'importe quoi !

 

J'appelle ma banquière qui se fout de moi et me dit que tout va bien. Je lui fais surtout enlever mon blocage hebdomadaire de carte.

 

Je me souviens que le patron du camping m'a dit comment retrouver cette superbe épave que j'ai vue en arrivant. Et avant, je trouve une petite plage très éloignée de la route. Tout me paraît typique. C'est super beau.

Mais ça fait vingt minutes que je suis là quand je me rends compte que tous les bungalows, la taverne, la plage elle-même, regorge en fait de Français. Un peu d'Italiens aussi. Le genre aisé. Bobo un peu. Je file voir le navire.

 

L'impression est magique. J'ai presque peur de m'approcher de ce colosse à la nuit tombante. Rassurée qu'il y ait du monde plus loin. N'importe quoi ! Je retourne chercher mon pied et je me prends moi-même en photo face au monstre.

 

A l’inverse du théâtre pourri, je ne comprends pas pourquoi ni la plage, ni le Dimitrios ne sont indiqués dans le guide du routard.

 

Je demande au patron du camping où je peux mettre mes photos sur CD. Ici. Super. Je le ferai avant d'aller en ville. Je veux mettre une photo sur mon blog, envoyer des mails et voir si Athena m'en a envoyé un. Je vais donc prendre une douche et je reviens. Mais on met plus d'une heure à mettre mes photos sur CD. On discute de ce que j'ai fait aujourd'hui. Il me dit que j'aurais dû aller aux grottes et que la taverne que j'ai vu est une honte pour leur métier. Qu'il ne sait même pas si c'est légal mais que c'est sale et que tout ne doit pas être frais là dedans. Ca sent la rancoeur entre patrons.

 

Bon, je pense qu'il est trop tard pour faire ce que je veux faire mais je lui demande où je peux trouver une banque. Il commence à m'expliquer puis me dit qu'il va m'emmener. Je réfléchis, parce qu'après, je ne pourrais pas aller au cyber. Mais il est de toute façon très tard. OK. Il me pose à une banque et je vais chercher de l'eau dans une boulangerie ouverte à cette heure là. Je remonte en voiture et il me propose d'aller à la plage où je suis allée aujourd'hui. Parce que c'est beau la nuit et que la lune est pleine. Je suis piégée. Presque à 10 bornes du camping. OK. On commence le tour des plages. Il me dit qu'il n'a presque plus d'essence. Et je lui explique l'expression "le coup de la panne" en français. Ca le fait rire. Il veut me rassurer. Je lui dis que, de toute façon, j'ai déjà eu une panne d'essence en haut d'une montagne en France et que j'ai fait dix kilomètres en mettant de l'eau dans le réservoir et que... je viens d'en acheter !

 

On rigole bien tout ça, mais j'ai les yeux qui se ferment tout seuls et je lui demande de rentrer. Je ne sais pas à quelle heure on serait rentrés si je ne le lui avais pas demandé mais il est 4h !! Il me dit que demain je devrais passer plus tôt pour faire le tour des villages.

 

Une fois couchée, il passe à côté de ma tente pour me dire au revoir. Je me doute qu'il attend mais je m'endors déjà.

  

VIII/ 8ème jour. 18 août.

 

 

            Ce matin, j'ai une pointe au poumon droit. Ca provoque une douleur intercostale. La Bécotide n'y fait rien. J'ai déjà eu ça après une allergie à Maurice. Et d'après la radio et le médecin, j'ai eu une désintégration d'un petit bout de poumon. Ca me fait flipper là. J'ai mal au pied droit aussi. Comme pour une entorse. Je suis pourrie de partout. Jusqu'à ma dent cassée... Je traîne. Je me suis réveillée à 10h, mais je traîne jusqu'à 11. C'est bien ombragé ici. Et je n'ai aucun voisin. J'ai ouvert ma tente.

 

Bon allez, j'y vais. En allant au bar, je croise Dimitri, le patron, sur son scooter. Il se fout de moi et de l'heure à laquelle je me réveille.

Je vais voir Vicky pour lui acheter mon désormais habituel petit déjeuner : pain, beurre, miel. Je prends deux cafés et j'écris encore du courrier. Je vais me laver et je lave du linge aussi. Le comble avec toutes les fringues que j'ai. Disons que j'avais plutôt prévu de sortir avec Athena que de transpirer en short sous 40° à l'ombre tous les jours. Je recroise Dimitri qui me demande si c'est journée détente aujourd'hui. Exactement ! Je décolle vers 14h pour aller voir les grottes.

 

Les alentours sont superbes. Du parking aux grottes on se croirait ailleurs. Mais les grottes... C'est à la hauteur de ce que j'imaginais. Non, pire. D'abord, un type s'est installé devant moi dans la barque de sorte que je ne vois rien. Le guide ne parle que Grec, de sorte que je ne comprends rien, et va très vite, de sorte que prendre une photo est très périlleux... Beaucoup de stalactites sont cassées. Alors que la grotte a été découverte il y a une trentaine d'années. J'imagine bien un personnel peu scrupuleux, et pas du tout contrôlé, prendre des "petits cadeaux" pour les copains... Ils ont installé des carrés flottants orange fluo pour la sécurité, des lumières flottantes rondes, les armoires électriques et les fils sont apparents. C'est vraiment n'importe quoi. L'eau est transparente, le site fabuleux mais c'est vraiment n'importe quoi.

 

Je file visiter Gythion. Hier, Dimitri m'a emmenée dans des petites rues qui m'ont fait penser au vieux Marseille. En mieux. En plus beau. Tout se côtoie ici. Le beau, le neuf, le cassé, l'abandonné. Et les chats. Je m'assois à une terrasse. Et je prends des photos. Pour montrer à Saïda l'endroit d'où je lui ai écrit. C'est l'ancien café de Dimitri. Un système un peu spécial. Ce café appartient à l'état. Et tous les 5 ans, il y a une sorte d'enchère au loyer. Tu dis ton prix. S'il y a meilleur offrant, ou tu surenchéris, ou tu cèdes. Il a cédé. Mais c'est vraiment le genre d'usine où en 5 ans, t'as le temps d'amasser beaucoup d'argent. Et il a fait construire un énorme hôtel de luxe en haut de Gythion, et acheté son camping à la sortie de la ville.

 

J'ai laissé tomber mon journal.

 

Makaï m'appelle. Me demande si je suis dans une grotte. Si j'ai des nouvelles d’Athena. Je lui dis que non mais que je n'essaie plus d'en avoir.

 

Je rentre ensuite au camping. Une douche et je me change en fille. Dimitri m'indique un cyber. Putain qu'est-ce qu'il est beau la vache. Bon, allez. Un cyber qui n'est pas dans le guide du routard.

 

Nickel, U2, PJ Harvey, Oasis... Lumières chaudes. Billard. Que des mecs au style anglais. J'imprime des photos. Le patron, que j'avais énervé jusqu'à présent avec mes questions qu'il ne comprenait pas est amoureux de mes photos. Je lui propose de les enregistrer sur un ordi. Il ne veut pas m'embêter...

 

J'hallucine. J'ai reçu un mail d’Athena daté d'hier. Elle est en Crète, chez une amie. Son père lui a dit que je cherchais à la joindre, mais elle n'a pas pris mon numéro avec elle. Elle est très inquiète pour moi. Réponse : "Ah ? Bah tout va bien maintenant. Je t'avoue que j'aimerais bien comprendre quand même. Bisou. Nath." C'est tout. Je ne sais même pas si j'ai encore envie de la voir.

 

Je n'ai rien mangé. De retour au camping je file direct au fond pour voir si le supermarket est ouvert. Et non. Dimitri vient vers moi. Il a un rendez-vous à 23h. Je lui demande s’il a mangé. Non, mais il vient de prendre un truc pour manger vite fait avant son rendez-vous. Je mange au restau. Je ne sais pas si mon estomac a rétréci ou si la chaleur joue encore à cette heure-ci mais c'est vite trop.

 

A 23h40 je vais voir Dimitri. Il m'attend. Me dit que son réservoir est plein en souriant. Il téléphone à quelqu'un et je comprends qu'il explique où on va. Je suis en train de me dire que si c'est un traquenard et qu’ils sont 10 à m'attendre sur une plage déserte je n'aurais aucune excuse. Il me dit qu'il a bien aimé le CD que je lui ai donné hier. Surtout Molly Johnson. Ah, moi aussi j'adore. Bon, en même temps j'avais pas apporté des CD pourris non plus. Il m'emmène visiter des villages où il n'est jamais allé. On se pose sur une plage et on discute. J'ai horreur de cette sensation de dépendance. J'aurais préféré prendre ma voiture. La lune est pleine, mais elle est mal orientée. C'est dommage. Il est vraiment très sympa ce type. Ca gâche pas. Il a une belle voix. Ca fait 50 fois que je me le dis. Mais c'est tout. Comme les types sur les couvertures de magazines. Je vois bien qu'ils sont beaux mais ils ne m'excitent pas plus que ça. Dans la voiture on passe à côté d'un restau et il me dit que c'est une "fis taberna". Une quoi ? "fis taberna". Tu ne connais pas les "fis taberna". Bah non. Je connais le "fist fucking". Ca ne le fait pas rire. Moi oui. Encore plus parce qu'il ne rit pas. Je ne sais pas ce qu'il me dit, qui me fait comprendre qu'il ne sait pas dire le son "ch". C'est ça ! Euréka : Fish taberna ! Putain je suis morte de rire. Je m'amuse à lui faire dire "children", avec le "r" roulé en plus c'est le must. "tsildrrrrèn", "cash", "cass". Bref, je me dis que j'ai dû l'intriguer avec mon "fish fucking" et je laisse tomber les explications scabreuses mais ça me fait super marrer. Il s'arrête encore sur une plage, mais là, je claque des dents tellement j'ai froid.

 

Au camping on reste encore un moment dans la voiture. Il commence à faire jour. Je vais y aller quand même. Il m'accompagne. Il m'embrasse. Beurk. Quelle horreur. Ca suffit vraiment pas d'être beau hein. Il me demande si je veux aller dormir. Oui, vraiment. D'abord je suis claquée. Ensuite, j'ai de la route demain pour aller voir un petit Français vachement moins beau que toi mais qui m'attire mille fois plus. Non, évidemment je ne lui dis pas ça. Juste oui. Pourquoi ? Pffff, ça me fait penser à la maudite question "à quoi tu penses ?". Je suis fatiguée, la raison est suffisante. Est-ce que je vais vraiment partir demain ? Oui. Et il s'en va. Je crois.

 

J'ai toujours mal au poumon. J'ai l'impression d'avoir aspiré un insecte ou quelque chose comme ça. A force d'avoir toussé ça va un peu mieux quand même. Je dois mettre mon réveil pour tout à l'heure. Parce que je ne manquerais pas le spectacle d'Epidaure cette fois. Je suis contente. Je pense à Christophe une fraction de seconde et je dors déjà.

9 et 10ème jour

IX/ 9ème jour. 19 août.

 

Je me réveille à 11h. Mon objectif est de partir à 15h. Il y a trois heures de route environ. Je note que je n'ai plus mal au poumon ni au pied. Je vais voir Vicky. Je l'aime bien. Elle aussi. Elle me demande ce que j'ai fait pour me coucher à cette heure là avec un air coquin. Je doute que si je dis que j'étais avec son patron et qu'on a été sage... De toute façon, j'ai du mal à raconter ce genre de trucs. Ils ont sûrement raison ceux qui m'entourent d'éviter le sujet avec moi. Bref, je ne lui réponds pas. Elle essaie de me retenir en me demandant si j'ai finalement vu les grottes. Et ici, faut pas dire du mal des grottes. Oui, je les ai vues. Ca y est ! On discute une heure à peu près. Surtout que je lui ai dit que j'avais reçu un mail d’Athena. Elle est effarée. Je vais déjeuner et je file.

 

Ma tente commence à être remplie. Mais ça me permet de tout vider pour mieux ranger mon coffre. Je fais vite. Mes voisins, deux Grecs, me demandent si je m'en vais. Parce que ma place est plus ombragée. Ils me donnent un morceau de melon jaune. Super juteux, trop bon. On discute. Ils me demandent si j'ai vu les grottes : meeeeeerdeeeeee ! Oui, je les ai vues ! En vrai je ne m'énerve pas. C'est en écrivant que je m'énerve pour vous qui allez lire ça en moins de 20 lignes. Je demande au type si on lui a déjà dit qu'il ressemblait à Tom Cruise. Il me dit oui, deux fois. En rigolant, je dis à sa copine qu'elle ne ressemble ni à Niole Kidman ni à Pénélope Cruz mais que ça va quand même. Ca les fait rire.

 

Bon, allez, je vais dire au revoir à Vicky. Je lui laisse une photo avec un petit mot. Elle est triste que je parte. Elle est terrible cette fille. Dès que quelqu'un entre elle dit "This is Nathalie, she's my friend" et je fais une révérence. Cette fois, il faut que j'y aille.

 

Je croise Dimitri sur son scooter. Il me tend la main. Me souhaite bon voyage et peut-être à un de ces quatre. Je me dis que ce type est un gentleman. Je le remercie pour les visites. Il sourit. J'y vais.

 

Il est 14h30. Je prends une dernière photo de l'autre Dimitri, le bateau. Je l'adore ce bateau. Je suis ralentie sur des trentaines de kilomètres par des mous que je ne peux pas doubler à cause des virages sinueux. La route est assez belle. J'adore ces routes de montagne au bord de la mer. Je n'ai même pas fait de plan. C'est la route principale. Je sais que je verrai Sparti, Tripoli, et Nafplio sur les pancartes. Il faudra que je trouve une pharmacie. Et j'ai soudain un doute quant à la présence de Christophe, même s'il n'y a aucune raison. Je me dis que sinon je rattraperai le retard que j'ai accumulé dans mon journal. Mais il sera là. Ce que j'aimerais c'est installer ma tente et partir pour Epidaure avant son retour. Comme ça il verrait ma tente, tout ça. Enfin bref, j'imagine des trucs.

 

J'arrive à 17h30. Ca va. Je demande à l'accueil si quelqu'un peut réserver pour moi au théâtre parce que je ne comprends pas ce que la boîte vocale demande de faire. Quelqu'un appelle donc. Mais il est trop tard pour réserver. Je pourrais acheter une place là bas. Je monte ma tente en 5 mn. Je ne la plante même pas. Je vais me préparer. J'entends les filles se raconter qui sort avec qui, qu'une des colo est privée de boîte, du coup, unetelle ne verra son copain qu'une heure demain et ils partent après demain... Le tout est dit sans aucune émotion. Ou plutôt si. Une émotion mal jouée genre "bah ouais, tu te rends compte..."

 

Il est 19h quand je pars pour Epidaure. Pas de lapin à l'horizon. La route finger in ze noz en plein jour. J'achète le billet le plus cher. Aux meilleures places. Quoi qu'il arrive ici, je sais que ça vaut le coup. Chacun sa came. Savoir que je ne verrai ça peut-être qu'une fois dans ma vie m'émeut. J'ai oublié des trucs dans la voiture. Mais le théâtre n'ouvre qu'à 20h et il est 19h40. J'étais trop contente de me rendre compte que j'avais pris quelques pellicules 800. A Gythion hier, chez Kodak, le vendeur m'a dit qu'il ne vendait pas ça : "il y a assez de lumière en Grèce." Quel con ! La nuit ! Sans flash ! Avec un compact ! Je lui ai demandé s'il s'y connaissait un peu en photo. Avec un sourire. Et je l'ai remercié pour sa 400, j'en trouverai ailleurs si je ne trouve pas de 800 d'ici là... Contente de le faire descendre de son air condescendant. C'est trop jouissif d'avoir les mots méchants parfois. Je ne sais même pas ce que ça va donner. Je n'ai pas pris le flash mètre de mon père.

 

J'arrive dans ce très beau théâtre. Un décor minimaliste sur la scène. Une placeuse, en voyant mon "tripodo" me dit que je ne pourrais pas prendre de photo pendant le spectacle. Quoi ???? Oui, je peux en faire maintenant mais pas pendant le spectacle. Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre d'en faire maintenant. De très belles cartes postales montrent le théâtre vide. J'ai pas besoin de le prendre en photo... Quelqu'un m'a dit au téléphone que je pouvais prendre des photos du moment que c'était sans flash (j'ai un doute là, mais il ne faut surtout pas le montrer). Elle m'envoie trouver le responsable des accréditations. Je me rends compte que je n'imaginais pas la portée de ce spectacle. J'ai une place parmi le gratin socio intellectuel de la Grèce. Une star nationale est assise à quelques rangs de moi. Tous les photographes (accrédités) se succèdent pour le prendre en photo. Il s'agit en fait du père d'un autre comédien, un jeune premier qui est sur scène ce soir. Ici, Depardieu, La Callas et d'autres sont venus jouer et chanter. Je vais voir le responsable. Je lui expose la situation. Il me demande si j'étais claire dans ma question au téléphone, si j'ai demandé à prendre des photos du spectacle. Je lui réponds un peu sèchement que jusqu'à présent, je n'ai demandé à personne d'autorisation pour prendre des cailloux en photo en Grèce !  Il ne peut rien faire pour moi, il est désolé. Il fallait demander une accréditation. Elle s'obtient assez facilement. Oui, je sais, quand on est pro ou à l'AFIAP. J'aurais peut-être pu tricher et en demander une à mon père mais ça m'étonnerait. De toute façon je n'imaginais pas les proportions que ça prend. Je m'assois sur le bord de la scène. Je me dis que ce matin j'étais à Gythion. Au sud du Péloponnèse. Que j'ai fait un crochet pour rien. Revu tout mon itinéraire pour rien. Je mets ma tête dans mes mains. Le responsable qui était parti revient vers moi. Ok, je peux prendre des photos. Il faut que j'aille tout en haut, là, et que je sois discrète. Je n'ai pas le droit au pied. Bah c'est gentil mais ça ne sert à rien sans pied. Je sais que c'est possible mais je n'y arrive pas sans flash. Les photos seront toutes floues. Il soupire. Je me doute qu'il se dit que je suis chiante mais je n'y peux rien. Je me mets à pleurer alors que je n'en ai pas envie. Et je dis que j'étais à Gythion ce matin. Il a les yeux exorbités et me demande si je suis venue exprès. Oui, parce que j'ai manqué le spectacle la semaine dernière. Il téléphone. Je comprends qu'il dit que je suis française et que je suis venue de Gythion exprès. "Don't worry". Et il part. Je reste là. Calme et patiente. Il revient. C'est bon, les placeuses sont prévenues. Il faut que je sois le plus discrète possible et que je ne mitraille pas. Ok, merci monsieur. Je monte et m'installe. Je suis désolée, c'est pas très discret en plein jour mais je fais le plus vite que je peux. Je m'assure que j'ai la place pour mon pied, règle la hauteur, la vitesse, l'exposition, et je mets tout par terre. Parce que je vois le type un peu nerveux en bas. Je crois comprendre que quelqu'un se plaint près de moi parce qu'il n'a pas le droit de faire des photos. La placeuse qui lui répond vient ensuite près de moi et me chuchote que si quelqu'un me dit quelque chose, il faut que je dise avoir une accréditation.

 

Il avait tout faux sur toute la ligne Michel. "Mais ouiiiiiiiiiiiii, tout le monde prend des photos !" Bien sûr ! Cela dit, papa me dirait que je n'avais qu'à me renseigner par moi-même. La confiance règne chez nous, et pour cause...

 

Une placeuse vient près de moi exprès. Je suis une vraie VIP. C'est dur de ne pas mitrailler et le bruit de mon appareil la fait sursauter à chaque fois. L'argentique c'est terrible pour ça. Le réglage et la détente font des bruits balaises.

 

C'est magnifique. L'acoustique est effectivement exceptionnelle. Même si je ne comprends rien, comme lus de la moitié du public parce que c'est joué en Grec ancien, je suis complètement happée par le spectacle. Par ce choeur aux couleurs froides.  

 

Les chants font penser à Lisa Gerrad.

 

Il faut que je fasse attention au bruit du déclencheur. Donc, je ne dois pas finir ma pellicule. Pour ne pas faire ronronner le rembobinage. Et puis merde ! A la trente cinquième photo, je démonte mon appareil du pied et je le pose seulement dessus. Je déclenche et attention ! ... Non ! Une autre... Là ! Je prends mon appareil dans mes bras pour étouffer le bruit du mieux que je peux. Ca me donne des sueurs froides cette connerie. Changer la pellicule est une épreuve. Surtout dans le noir. Par trois fois le bruit de l'accroche retentit mais finit dans un "E" clignotant qui m'agace. Elle est où l'erreur là ? Merde ! Ca agace la placeuse aussi. Je n'ose même plus la regarder. Désolée. Je ne peux pas me retenir trop non plus. Déjà... Ca y est. C'est bon. Encore une dizaine et le spectacle est terminé. C'était court. Je suis ravie. Je vais voir les placeuses. Elles sont en bas, tout autour de la scène. Les mains dans le dos. Ca fait très "soirée de monsieur l'ambassadeur". J'ai du mal à les approcher. Parce qu'il y a environ 8 000 personnes (je précise "environ" au cas où l'on pourrait se demander si j'ai compté...) qui s'en vont tout d'un coup. Je les remercie. Je leur dis que j'ai trouvé ça magnifique. Elles sont contentes que je sois contente. Je dois trouver Vangélis. Le responsable accréditations. En chemin j'entends des Français que j'avais entendu à l'aller. Elle connaît la Grèce par coeur. Je la soupçonne d'être prof de Grec... Gagné. Et quel luxe : que de Grec. C'est possible ça ? En Cagne oui. Ah ok. Bah moi, j'apprends à l'instant qu'il s'agissait de Prométhée. Ca ne m'aurait servi à rien de plus de le savoir...

 

Merci Vangélis. Je pense que j'ai un peu pourri sa soirée. Mais je me dis que ça n'est quand même pas si grave.

 

Comme rien ne se déroule comme prévu (oh, étonnant), je me demande ce qui va m'arriver au camping. Il n'y a personne. Que les patrons dehors. Il est minuit environ. Nikos (le patron) me dit que tout le monde est couché. Normal remarque. Je me revois en colo : tout le monde fait le cake la première semaine, et a du mal à s'en remettre la deuxième. Ils doivent être nazes maintenant. C'est pas grave. Une mythos et je finis mon courrier. A une heure, tout le monde va se coucher. Non sans avoir échangé les impressions sur les spectacles que chacun a vu à Epidaure. Il semblerait que j'ai manqué une comédie la semaine dernière et que les comédies antiques ne sont pas des moins triviales. Bref, c'est très bien comme ça. Tout le monde aime cet endroit, moi aussi. Enfin tout le monde..., Nikos fait un peu bande à part parmi sa femme, sa belle soeur et son beau frère Français. Ambiance.

 

Après leur départ, il ne reste que le veilleur de nuit. Le type qui était allé voir Christophe la dernière fois. Un nimbus tout naze. Il me branche le con. Les cons ont cette facilité : rien ne les arrête. Je vais pour partir et je lâche mon désormais célèbre : "Tha ta xanapoume" (à bientôt). Il me chuchote "Ok, là, tout à l'heure. On va se baigner. La mer est bien." Ca va pas non !!! "Pourquoi ?" Allez, à demain. Ducon. Il est 2h. Et je veux me coucher avant le rendez-vous de Christophe avec les jeunes. Je mets le réveil à 9h30.

  

X/ 10ème jour. 20 août.

 

  

Et je me lève à 9h50. Etonnée de ne pas avoir entendu de bruit. Je vais déjeuner. Christophe est assis là, à la terrasse. Je vais commander avant d'aller lui dire bonjour. Merde, juste le temps de ressortir et il n'est plus là. Ca a duré quoi ? Une, deux minutes ? Merde, merde, merde !

 

Je mange. J'écris une carte à mon service.  Christophe arrive. Etonné de me voir. Ils ont passé la nuit sur une île à la belle étoile et sont rentrés ce matin. Lui est resté à cause d'un vol, pour fouiller les bungalows. Je lui raconte que Nikos m'a dit qu'ils étaient partis se coucher, c'est tout. Il me raconte alors ses déboires avec le patron qui cherche à s'en mettre plein les poches sur le dos de la colo. Il s'attarde. Je me lance. Je lui demande s'il a réussi à échelonner les demi-journées de ses encadrants. En espérant pouvoir profiter de la sienne. Mais en fait ils font des tours de réveils et de siestes échelonnés, c'est tout. Bon, et sortir en soirée ? Oui, mais ce soir les jeunes ont préparé une boum. Il va falloir qu'ils tournent. Il doit rejoindre son groupe.

 

 Je dois déplacer ma voiture qui est en plein soleil. Je vais me laver et je vais faire un tour dans Tolo. A pied. Il doit être midi. Je ne reconnais rien du bourg plein de vie la nuit. Je trouve une terrasse ensoleillée pour écrire. J'ai trois jours de retard à récupérer. Vers 15h30 je fais une pause. Je vais me baigner dans cette eau chaude et claire. On voit des petits poissons près du bord. C'est plus venteux que la semaine dernière. Je suis encore toute mouillée quand je vais m'asseoir à une terrasse pour finir d'écrire. J'en suis là. J'ai eu un peu de mal à raccrocher la chronologie mais je pense y être arrivée. Je pourrais écrire mes doutes et mes espoirs pour la soirée. Mais je n'en ai pas envie. Je me laisse imaginer. Il est 16h30, j'étudie mon itinéraire de demain en direction d'Olympie. C'est rapide. La route est très facile. J'en ai pour deux heures tout au plus.

 

Le soleil est de plus en plus caché par les parasols qui sont là. Je vais chercher un bout de plage ensoleillée pour bronzer un peu. Et dormir. Et écouter de la musique. Je trouve mieux que du sable : des transats. J'en choisis un. Merde ! Au moment où je me détendais je pense que c'était aujourd'hui que je devais prolonger la location de la voiture. Je le ferai lundi maintenant.  Je ne sais pas comment font les gens qui passent leurs journées sur les plages mais au bout de 40 mn j'en ai marre. Et je n'avais pas visité le site archéologique de l’ancien Assini la dernière fois. Je demande le chemin. C'est à moins d'un kilomètre. Vu que ma voiture est à 500m de là, autant que j'y aille à pied.

 

C'est joli c'est vrai. J'ai une douleur sourde dans le cou. Et un coup de soleil sur la cuisse qui marque joliment la délimitation du short...

Je vais acheter de quoi manger et des cigarettes. Aïe, je n'ai plus assez de liquide. J'avais repéré une Emporiki mais je n'avais pas remarqué que c'était si loin. Là, ça m'emmerde d'être à pied. Ah ! Ca y est, voilà qu'elle parle : "je suis incapable de valider la transaction". 500m plus loin, une autre banque. Elle parle aussi, mais en anglais celle-ci. Elle me dit qu'il faut que j'appelle ma banque. Ouais, un samedi à 17h...

 

Bon, du calme. J'entends encore ma banquière rire "Mais pourquoi vous vous inquiétez comme ça ?" Mais parce que je ne suis pas Johnny Hallyday ! Ca doit être le blocage semaine. Dans ce cas là, il va falloir que je reste ici jusqu'à lundi et que je fasse une ardoise au camping. Pffff ! Ils vendent des clopes heureusement. Mais merde ! Comment je vais faire ce soir ? Bon, qu'est-ce qu'elle me demandait la machine en anglais en fait. Au départ, dans le menu...  Pas la peine ! Deux banques qui merdent c'est pas possible. Mais quand même ! Si la première était vide il y aurait eu un message automatique de Hors Service. J'enfile un tee shirt et je prends ma voiture, je veux en avoir le coeur net. On peut encore se garer facilement dans Tolo à cette heure.

 

Suspense ... Oui !!!! J'avais dû demander à consulter mon compte ou je ne sais quoi tout à l'heure. Je respire. Cigarettes. Supermarket. Je vais manger au camping. Je descends ensuite boire une bière. Je commence à écrire. Les animateurs me voient et se joignent à moi. Ils sont contents de me voir. Ca fait plaisir. Christophe nous rejoint. Il s'assoit à côté de moi. Il voit mon cahier ouvert et me demande si j'ai bien écrit. Merde ! Je me souviens que mes dernières phrases parlent de lui. Je ferme le cahier en disant oui. Ils ont un changement de programme : tous les groupes vont en boîte pour ne pas faire de jaloux. Ils m'invitent. Bof ! Je les rejoindrai peut-être, vers minuit. Ca me laissera le temps d'aller un peu au cyber pour mettre mes photos sur CD. Ma puce est saturée. Et je veux voir si Athena m'a écrit. Je vais prendre une douche et me préparer.

 

Je file ensuite au cyber. J'ai du mal à insérer mes photos sur le mail que j'envoie à ma mère. Pas de mail d’Athena.

 

Je vais vers la boîte. Quelle horreur. Impensable ! Il n'y a pas la clim ! Il doit faire 50° ! Etouffant. Christophe vient me parler. Rien d'important. Ca me fait sourire parce que je pense à Cabrel "ils ont obligés de se toucher tellement la musique est forte".

 

J'écris ce passage en l'attendant. C'est interminable. Je suis à l'affût de tous les bruits. Et comme les voisins sont rentrés peu après moi, ça ne m'aide pas...

11ème jour

XI/ 11ème jour. 21 août.

 

 

 

Christophe est sorti de ma tente à 8h30. Il a dû dormir une heure et demi ou deux heures. Moi je me suis rendormie jusqu'à 11h30.

 

Quand je descends, les jeunes sont là. Je commande un grand café que je vais boire près de ma tente. Christophe passe avec trois gros sacs de linge. A 14h je serai partie. Il me semble voir le veilleur de nuit. Je suis persuadée que c’est un voyeur. Je suis sûre que l’énorme bruit qu’on a entendu depuis les douches quand on faisait les cons avec Christophe, c’était lui qui tombait d’un arbre. Vraiment aucune envie de le croiser… Ma mère me téléphone. Bah alors, j'avais dit que j'appellerai. Oui, quand je serai chez Athena, et je n'y suis pas ! Elle ne trouve pas ça drôle. Elle est paniquée. Maurice va mourir, il a crié cette nuit. Elle est maligne. Qu'est-ce qu'elle veut que je fasse. Je comprends qu'elle a peur qu'il meure en mon absence et que je l'accuse de négligence. T'inquiète pas maman. Maurice a dépassé la moyenne de vie d’un rat. Ca va me faire super chier, mais faut s'attendre à ce qu'il meure bientôt quand même. Je téléphone à mon père. Qui ne trouve rien d'autre à me demander que si je n'avais rien décelé qui aurait pu m'indiquer qu’Athena était une connasse. Je lui réponds que c'est une amie ! Il a dû arriver quelque chose. De plus important que mon arrivée. Que tout le monde me trouve forte alors "je vais bien m'en sortir"... Je sais bien que ça n'excuse pas mais pour l'instant, je n'ai aucun moyen de comprendre.

 

Il est 14h et je n'ai rien rangé. Christophe arrive à 20. Et... Tout est rangé. On se dit au revoir. Je vais dire au revoir aux autres.

 

Voilà, c'est parti. J'adore voir les paysages défiler sur la route. L'air. La radio. Tiens, c'est du Français. Volume. Quoi ? Je rêve ! Joe Dassin. Son adaptation pitoyable de la "so cute" chanson de Simon and Garfunkel "Cecilia". Il a remplacé le pipo et les frappés de main par un rythme Mexicain à se pendre. Nul ! Je pense à ma mère. Que j'ai réussi, non sans une fierté exacerbée, à dégoûter de lui. Mon imitation, mâchoire inférieure tombante, louchant et souriant en train de chanter "salut les amoureux" l'a définitivement convaincue. Makaï dira ce qu'il voudra, mais Miossec l'interprète un peu plus à la hauteur du texte ! Donc, d'habitude on change de radio quand on l'entend, ça nous soulage. Mais là, je suis tellement épatée d'entendre du Français que je laisse. C'est long hein !

Quoi ? L'Amérique de Joe Dassin. Mais c'est stop ou encore ou quoi ? Qui va dire stop ???

Bon, je me dis que si la suivante est du même interprète, je suis obligée de zapper. "Si tu t'appelles mélancolie". Bah voyons.

 

Heureusement, une scène cocasse me pousse à m'arrêter là. Où bien sûr, ils n'ont jamais vu une fille. Rho la la, on dirait un film de Lynch. Les regards hallucinants des mécaniciens du garage. A l'ancienne. Je suis sûre que certains n'ont jamais mis les pieds en ville ici. Ils sourient. Sont contents.

Un enfant au milieu d'un troupeau de chèvre. Avec le bâton et tout. Il va se cacher en courant quand il voit mon appareil photo. En revanche, les chèvres qui étaient surexcitées s'arrêtent. L'une d'elles est comme hypnotisée par l'appareil. Sa tête suit tous mes mouvements. C'est trop marrant. Elle me laisse la caresser sur le museau. Vraiment des animaux domestiques les chèvres. La mère du gamin est sortie. Elle me sourit. Ils ont tous l'air de gitans dans ce village.

 

Rho l'horreur, c'est pas vrai ! Julien Lepers est caché dans la voiture ou quoi ? "L'été indien" !

Pas longtemps, heureusement ! Les montagnes me privent de musique pendant une trentaine de kilomètres.

 

Ca y est ! Je suis à Olympie. J'installe ma tente. Dans un camping très sympa. Très vert. Très ombragé. Avec piscine. La patronne me sert de guide pour ma visite de demain. Elle parle un peu Français. Mais elle me conseille de venir voir son mari demain matin. La nuit tombe (et je ne me penche pas pour la ramasser). J'écris à la lueur de ma lampe torche, dans ma tente. Je ne mets plus que trois sardines. Un arceau est un peu plié. J'espère qu'il ne va pas me lâcher. Je vais me doucher pour aller en ville. Aller au cyber et manger. Je pourrais aussi bien dormir tout de suite. Je suis crevée. Mais j'aime trop l'ambiance des villes la nuit ici. J'essaierai de rentrer tôt.

 

  

XII/

 

 

Je descends dans cette ville-rue, où je sens déjà que tout m'est hostile. Trois cents mètres à tout casser pour constituer ce centre. Peu de monde. Aucune vie. Des regards. Que de regards. Je suis plus jeune que la moyenne des touristes qui se promènent. Je voulais commencer par acheter quelque chose à manger. Mais ça sera à emporter. Je ne supporte pas les regards. Ici, nous sommes au pays des joailliers. Comme une vraie fille, je me laisse admirer ces vitrines. Ce qui est très agréable, c'est que je suis en top en lin à bretelles. Et qu'il fait nuit. Un homme vient me parler. Très vite, il parle français. Très bien. Comme tous ici (un monument est érigé en l'honneur de Coubertin. Normal). C'est le patron du magasin. On se croirait dans le quartier latin, sauf qu'ici, on est alpagué par les bijoutiers, pas par les restaurateurs.

 

Devant une autre boutique, je remarque qu'ils ont tous une façon particulière. Ils sont tous créateurs de bijoux. De beaux bijoux. Le patron d'un magasin m'invite à entrer dans sa boutique. J'entre. Je regrette déjà. Il me parle de Paris. Des galeries Lafayette où il est déjà allé exposer et vendre ses bijoux. Il me demande si ma bague est grecque. Non. Enfin, en tout cas je l'ai achetée en France. S'il savait comme ça me lasse les Grecs qui parlent français... J'achète une bague. Il m'invite au restaurant demain soir. Me demande pourquoi j'ai choisi le camping. Ca n'est pas mon genre. Ah bon ? Que sait-il de mon "genre" ? Je le remercie pour demain mais non. Il me fait remarquer qu'il m'a juste invitée au restaurant. Bah encore heureux ! Une boule de dégoût s'installe dans mon ventre. M'enfuir. Disparaître. Au revoir.

 

Sur la route, un autre type m'accoste. Genre dégueulasse aussi. Il me demande en français si je suis l'animatrice du groupe "machin" ? Non. Il continue à me parler en marchant à côté de moi. Ca y est, je viens de lui dire que je ne suis pas celle qu'il cherche ! Ca va ! Il me dit qu'il adore la France, qu'il a porté la flamme pour les jeux. Il faut que je voie ses photos. C'est juste là. Je soupire. Il me fait entrer dans sa joaillerie. Me sort une carte postale kitsch des années 70 d'Olympie qui circule toujours. C'est lui dessus qui court en short avec la flamme. Il doit avoir 17 ans là dessus. Presque 50 maintenant. Il me demande où je suis tout ça. Il me montre des photos nazes dans un album. Du folklore. Il y a une fête comme ça ce soir. Il m'invite, c'est juste derrière le camping. C'est vrai que j'avais entendu l'installation d'un groupe tout à l'heure.  Je lui demande si c'est privé. Non. Bah alors, je n'ai pas besoin de son invitation si j'ai envie d'y aller. Allez, j'y vais. Peut-être à plus tard. Si j'ai mangé ? Non, je vais acheter un truc à emporter. Il s'empresse de me dire qu'il va me montrer et sort en même temps que moi. Il me dépasse et ... Ouvre la portière de sa Mercedes. Putain ! J'ai envie de lui en décoller une ! De lui cracher dessus. De... Grrr ! Il me suis. Il court presque. Me dit d'aller dans cette rue. C'est bon, merci, je crois que je vais trouver. Je rentre dans un petit truc. C'est pas vrai ! Il est encore là. Je commande un truc. Il me dit de prendre ça et ça. Merde ! Il me demande avec un sourire : "Mais pourquoi tu es méfiante comme çaaaaaaaaa ?" On ne se connaît pas. Point barre. Il ne me parle pas s'il vous plaît !

 

Je sors et vais au cyber. Enfin ! Il m'a lâchée. Mais je suis super énervée et l'ordinateur que je me cogne est une vraie merde. L'endroit est très grand et désert. Joli. Je me connecte après avoir envoyé un texto à Makaï qui me laisse vite avec mes pervers. Merci. En même temps il ne peut pas grand chose. GP se connecte. Il est rentré de vacances. Il a beaucoup pensé à moi. Oups, moi pas tellement. Je lui dis que mes vacances sont semées de rencontres. Il fait semblant de ne pas comprendre. Je m'énerve à haute voix contre mon fournisseur d'accès ce qui amuse beaucoup un goret au bar qui n'arrête pas de roter. Il doit y avoir trois personnes au bar et moi qui leur tourne le dos. Je me retourne et je vois le vieux porc qui me sourit en me disant "encore là ?" C'est pas vrai ! La quatrième dimension. Non ! Le prisonnier. Putain, je rêve ! Je ferme toutes les fenêtres. Je veux détruire le fichier photos que j'avais enregistré pour essayer de les envoyer à ma mère (sans succès). La serveuse est nulle en informatique. Elle me dit que c'est simple et refait les manip que je viens de faire sans succès. Finalement elle me dit que ça n'est pas grave. Bah t'as raison connasse, je vais laisser mes photos ici ! Je les efface une par une. 66 ! Ne laissant que les photos des grottes de Dyros. Entre temps, le porc m'a apporté une bière. "Pour la bienvénoue ène Olimmbie". Je ne l'ai même pas regardé. Quand j'ai presque fini je me retourne vers le bar. Lui dit sèchement que c'est gentil, mais que je ne la boirais pas, je m'en vais. Quand je pars vraiment, il n'est plus là. La fête bat son plein, mais là, j'ai eu ma dose. J'ai du mal à m'endormir. Tous les bruits sont suspects. Je pense à ce matin et j'ai le cafard. Je m'endors vers 2h, j'ai mis mon réveil à 9.

12 et 13ème jour

XIII/ 12ème jour. 22 août.

 

 

 

Mon téléphone sonne mais s'éteint tout de suite. Plus de batterie. Résultat : je me réveille à midi. L'ombre a permis ça. Dense. Juste des arbres. Avec des branches et des feuilles immenses. Je vais demander un café. La patronne est partie à Pyrgos ? Oui, bah c'est bien. Le patron est tout seul. Oui, je vois. Il ne peut DONC pas me faire de café. Ah, ok, j'ai eu du mal à saisir le lien de conséquence... Super. Je mange des gâteaux qu'il me reste et je vais me laver. Mais je suis découragée par l'agencement des sanitaires. On doit laisser ses affaires, serviette comprise, à l'extérieur (il y a donc un moment critique pour entrer dans la douche qui donne sur... Rien ! ). Il n'y a pas de miroir au dessus des lavabos en inox. Super ! Bon, sommaire, rapide. Je ne m'attarde pas. La patronne est revenue. Elle me sert un café. Je vois mon itinéraire dans Olympie. Pas très compliqué. Même pas besoin de voiture. Le plus loin est à 1kilomètres 600.

 

Je vais sur le site archéologique. A peine entrée, à voir toutes ces pierres qui ne vont rimer à rien sur les photos, je me dis qu'il me manque un sujet. Je réfléchis un peu. J'ai mon "tripodo", des fringues sympas. OK. Je retourne à l'entrée et leur demande si c'est un problème de sortir pour entrer à nouveau dans un quart d'heure. Et là, erreur fatale : je dis que c'est pour aller chercher mon "tripodo". Impossible. Pas de photo avec un pied. C'est une blague ? Où est le problème. Je suis toute seule et je veux me prendre en photo. Le plus vieux des deux me dit que je n'ai qu'à demander aux gens qui passent de me prendre en photo. N'importe quoi lui ! Je lui montre mon appareil et je lui dis que je ne le donne à personne. Re connerie ! Ils pensent que je suis une professionnelle. Mais non abrutis, c'est un appareil basique. Il est gros, mais c'est un bridge c'est tout !Le moins vieux m'emmène à la caisse où il faut que j'explique à la dame que je ne suis pas une professionnelle. Je suis en vacances. TOURISTE ! Evidemment elle me dit oui. Merci madame. Bon, là, je cours, mais c'est en hauteur. J'arrive en nage. Arrivée au camping je prends une douche froide. Les sanitaires ? On s'en fout ! Vite !Sentir l'eau sur la tête est un soulagement. Le bonheur ? C'est comme une douche froide en Grèce au mois d'août !J'enfile mon pantalon grec, mon maillot de bain blanc, et un top marron. Je me maquille vite fait. J'emporte d'autres fringues dans mon sac, mes bijoux. Mon pied évidemment. Mais il dépasse. Je rassemble à moi toute seule mon père et ma mère quand j'étais petite et qu'il avait trouvé "un coin chiadé" pour faire des photos.

 

Je fais la moitié du chemin en voiture. Le plus vieux des vieux, qui n'est pas venu voir la caissière tout à l'heure me rappelle qu'ils m'ont dit non pour le trépied tout à l'heure. Putain c'est vraiment merdique comme coin, j'ai envie de lui envoyer un pain à lui aussi ! Je soupire. C'est pas vrai ? Ca ne va pas recommencer ? Il discute avec son collègue. C'est bon, je peux entrer dans ce cimetière de caillasses ! Quel cinéma ! Je fais un sourire hyper ultra forcé et je remercie ces messieurs en déclinant une révérence. J'aurais bien dit une connerie genre "messires, votre serf vous remercie" mais mon anglais est limité, faut pas abuser. Qu'est-ce qu'ils sont cons !

Le site est immense. Je descends un peu, et trouve un endroit bâtard où l'on ne s'attarde pas : trop près de l'entrée et trop en retrait à la fois : impec pour moi. Je m’arrête près de deux colonnes. J'installe mon matériel. Règle l'appareil. Me change. Détail important : je mets un bracelet serpent oriental. Qui se met en haut du bras. Le premier vieux arrive ! "ochi, ochi, ochi", appuyé avec l'index de gauche à droite. Putain c'est pas vrai ! Je rêve !!!! Dites-moi que je rêve ! Pas comme ça ? Comment comme ça ? Avec le bracelet et le paréo ? Avec mon top marron oui, mais pas avec ça ? Mais qu'est-ce que c'est que ce cinéma connard ? Si j'avais des couilles tu me ferais chier comme ça ? Je lui fais remarquer que je ne suis pas nue au cas où il n'aurait pas vu parce que là, il évite de me regarder comme si j'allais le figer en statue s'il me regardait trop ! Allez, dégage papy. Je règle mon appareil. Et je vais m'installer. Il met sa main devant l'objectif. Mon côté Jean Yanne prend le pas sur mon côté Barbie : je vais me le farcir ! Là, je hurle ! En anglais. Ca doit être trop drôle, mais tout de suite, ça ne me fait pas rire du tout. Il me dit qu'il va appeler la police. Bah appelle connard. Il gueule en grec. Et je hurle encore plus. Il approche sa main de mon appareil comme s'il allait le prendre. Et là ... Je ferme ma main, recule mon coude Elle est prête à partir. Je vais lui sauter à la gorge, et... Stop ! OK, je sors. Que ça m'exaspère d'être limité par les mots, par la langue ! Même en français c'est frapper, seulement frapper qui pourrait soulager l'état de nerfs dans lequel il m'a foutue. Alors je sors. Mais il va me rembourser immédiatement sinon je lui fout un bordel dont il pourra parler à ses arrières petits enfants ! Je range tout. Je me désape devant lui, exprès. Je me mets bien devant. Il tourne la tête à chaque fois. Je sors très vite, mais il est très vieux, même si c'est le plus jeune des deux.

 

J'arrive devant la caisse. Il s'est arrêté près de ses collègues, il raconte, je le vois mimer les franges de mon paréo. Je hurle : vite, parce que si t'as que ça à foutre pas moi !!!! Les touristes qui paient leur ticket me regardent les yeux exorbités. Ca me fait marrer. Il arrive. Et pendant qu'il parle à la caissière je lui parle en français. Je lui demande s'il comprend ce que je veux dire si je lui dis que c'est un connard. Un gros connard ? Toute ma rage dans ce mot, comme un crachat. Oui, hein tu comprends connard, hein ?

 

Je respire. Je vais faire un tour. Au musée, j'arrive enfin à faire quelques photos. Et... ok, ok, je m'en vais. En rangeant de nouveau, je dis à la dame que je déteste Olympie. Que j'y aurais mes pires souvenirs de Grèce. Elle me regarde avec un sourire et me dit "ooooh", genre "faut pas dire ça !". Je la regarde fixement et lui dit "il n'y a que des cons ici !" Son regard se durcit mais je suis déjà partie. Je suis suivie. Alors je ralentis le pas. J'espère, oh oui, j'espère que ça ne lui a pas plu au point qu'elle va m'attraper les cheveux, que je vais pouvoir me retourner et lui foutre mon pied dans la gueule de toutes mes forces. Mais non. Elle me double. Merde !

 

J'aimerais partir tout de suite pour Delphes mais non. Il est 17h30 et c'est trop loin. Je vais à Pyrgos. La ville du coin. Une vraie ville. Pas en carton. La plage la plus proche : Katakolo.

 

Wahou. J'ai trouvé la honte de la Grèce : toute la région d'Olympie. C'est d'une laideur paroxysmique. Incroyable. Une pollution visuelle encore plue énorme que la pollution tout court. Un touriste ici, c'est quelqu'un qui s'est perdu ou qui a gagné un voyage à un jeu de la Foir'fouille. C'est moche et ça pue. Comment j'ai pu trouvé que la plage de Tolo était moche ? Le temps qui tourne à l'orage et mon niveau d'énervement ne doit pas arranger ma perception de l'horreur qui m'entoure. Je m'arrête à un supermarché. Mais je mets mon pantalon noir. J'ai bien compris que dans cette région reculée, les esprits aussi sont reculés. Ici, les mecs doivent se toucher en regardant la présentatrice du 20h. Pourquoi je ne suis pas restée à Tolo ? Hein ? Je n'ai même pas visité Mycènes. Le comble ! A la radio, j'entends une chanson grecque... C'est bizarre. C'est une comptine que j'adorais quand j'étais enfant : "do ré mi fa, fa, fa, mi ré do sol, sol, sol. Sol la sol fa mi ré mi fa..." Une voix de crooner. Des instruments grecs. C'est ... Ridicule.

 

Katakolo. C'est moche, sale, minuscule, collé au port. Désespérant ! Le sable est craspouille comme c'est pas permis. Des boutiques à touristes ? Touristes ? Ici ? Qui peut bien venir passer ses vacances ici ? Je m'arrête en me disant que c'est peut-être plus typique et moins cher qu'ailleurs. Je m'approche d'une chemise. 83 €. Trop fort. Je me marre. Les vendeuses s'arrêtent de parler et me regardent. Les blagues  locales finissent par me faire rire on dirait. Je m'habitue à l’humour ambiant. Ah ! J'entends parler français. Une mère et sa fille en train de regarder un pantalon grec. Rose et tout délavé. Il a passé plusieurs étés là celui là ! La fille insiste pour expliquer à sa mère que c'est fait exprès. Je meurs d'envie de leur demander ce qu'elles peuvent bien foutre ici. Mais quand j'entends "il faut se faire plaisir, on est en vacances" parce que la fille hésite à acheter la guenille, je m'en vais.

 

En chemin, je vois une maison abandonnée. En ruines. Magnifique. La lumière est très belle aussi. Elle est l'occasion de finir ma pellicule d'autoportraits. Je comprends au bruit de l'entreprise voisine pourquoi cette magnifique maison a été abandonnée.

Je rentre. Mange. Avant d'aller à la piscine je croise la fille du groupe d'hier. Ca doit être Audrey. Je lui propose ma boîte de "quelque chose" à l'aubergine. Elle est contente parce qu'ils ne mangent que des pâtes midi et soir. Ils ont l'air de bobos tous les deux. Elle surtout. De lointaine origine asiatique avec ses lunettes rectangulaires et ses locks. Style cool. Reggae. Roots quoi comme dirait Yohan. Elle a la voix éraillée. Très, très jolie. S'il y a un groupe, c'est elle qui le mène, c'est sûr.

Ca fait un bien fou de plonger ! La vache.

A la douche, je croise le type d'à côté qui me remercie pour le pain. Il n'y a pas de quoi. J'en ai toujours trop et il durcit.

Je vais boire une bière et vider comme je peux ma rage dans mon cahier. Demain, je m'enfuis de cet enfer. Je me couche à 23h30.

 

XIV/ 13ème jour. 23 août.

 

 

Je suis réveillée par un projectile lancé sur ma tente. Puis un autre. J'ouvre. En fait, c'est un chaton qui joue avec mes pieds. Il est 6h50. Merci le chat. Je me dis qu'à 9h je pourrais être partie de cet enfer si je me levais maintenant. Mais je me rendors jusqu'au réveil. A 9h. Je sors de ma tente à 9h30. A 10h, ma tente et mes affaires sont rangées. Je vais déjeuner. Faire une toilette sommaire. J'aime beaucoup ce camping mais les sanitaires rebutent. Et qu'y a-t-il de plus important dans un camping ? Je rencontre la française d'hier. Elle lave sa vaisselle à l'eau. Juste à l'eau je veux dire. Je lui raconte ma journée d'hier. Ils ne sont pas encore allés visiter Olympie ni le site. Bref, comme j'en aurai beaucoup trop, je verse la moitié de mon liquide vaisselle dans une petite bouteille. Elle me remercie en rigolant. Avec mon départ, elle perd son fournisseur officiel. Elle rigole tout le temps elle aussi. Avant 11h je suis partie.

 

A 13h, j'arrive à Patra, mais je galère grave avec les indications merdiques. Je décide de ne plus les suivre et de me diriger vers le pont que j'ai vu.  Michel m'avait dit que le bateau coûtait moins cher mais je m'en fout. 10mn au dessus contre trois heures en dessous, c'est vite discuté avec moi-même. Histoire de voir si je peux aller à Corfou, je m'arrête à Nafpakto, pour voir l'itinéraire. Le patron du camping que j'ai quitté ce matin est le deuxième à m'avoir dit que "noooon, c'es pas cher pour aller à Corfou" quand j'ai dit que je n'irai pas sur les îles parce que ça dépasserait mon budget, déjà dépassé... Igouménitsa c'est sur ma route de toute façon. Le port duquel on va à Corfou. Ca y est, je me mets à m'imaginer poser, adossée aux maisons blanches de chaux... Il y est allé il y a un siècle. C'était au mois de mai, l'eau était claire, ils étaient jeunes, ... Mais c'était pas cher !

 

Nafpakto c'est l'ancien port d'où on prenait un bac pour passer la mer qui sépare le Péloponnèse de la Grèce centrale. Sur une très jolie terrasse donnant sur le port. Dédié à Don Quichotte. Le village est très joli, mais les 10 kilomètres qui séparent cet ancien port incontournable du pont français sont désastreux. De nombreux garages et stations services ont élu domicile sur le front de mer. N'importe quoi ! Je me dépêche de finir ma conso et je file. J'ai vu l'itinéraire et j'arriverai vers 16h à Igouménitsa. Il est 14h.

 

Bon, j'arrive à 18h à Igouménitsa. Juste devant moi, une plaque d'immatriculation française. Je cours à la portière du chauffeur. 120 € pour la voiture et 30 € pour une personne. OK. Je calcule que ça ne m'arrange pas de laisser la voiture que je loue sur le parking et je sais que je n'irai pas dans l'île... Pffff

 

C'est pas tout ça, mais le GDR ne ment pas, c'est naze ici. Direction Ioannina. "Voyage voyage" dans la voiture. Voilà le bon plan : un tube, une retraite. Plus tard j'entends A-ah. Ca me fait penser à Yvon au collège. Je suis sûre maintenant qu'il était amoureux de Sylvain. Peut-être l'inverse aussi d'ailleurs. Peut-être même qu'ils sortaient ensemble en fait. A moins que Sylvain ne soit amoureux de Valère. A l'époque, l'homosexualité ne m'effleurait même pas. Yvon et Valère étaient efféminés, oui. Mais comme tout le monde me voyait mariée avec Valère, sa famille comprise, je n'y pensais pas. Sa mère et son grand père surtout en rêvaient. Ca faisait pleurer sa mère de dire ça après la mort dudit grand père. C'est vrai qu'on était toujours ensemble. Et qu'est-ce qu'on se marrait bien.

 

Je flippe dans les côtes parce que je n'ai plus d'essence. Et pas de pompe à l'horizon. Là, dans un virage. Deux, l'une en face de l'autre. Dans la première, le bonhomme parle fort en Grec, il m'énerve vite, de sorte que je vais à l'autre. La grand mère ne prend pas la carte bleue. Bah, je n'ai que 2 €. C'est parti : 2 € d'essence. Mortel !

 

Aujourd'hui je ne sais pas si Yvon assume son homosexualité aussi bien que Sylvain qui vit avec un garçon depuis longtemps. Même si c'est loin de sa famille. Valère est père deux fois. La première fois, à 19 ans. Sa mère me fait marrer quand elle me dit "tu vois, ç'aurait pu être toi", avec un sourire. Avant je répondais "quelle horreur". Maintenant je lui piquerais bien sa fille. Qui me piquerait bien mon rat. J'aimerais bien avoir des enfants maintenant... Enfin pas maintenant mais...

 

Ah, quand même : Ioannina. C'est incroyable. Incomparable à quelque chose de français. On entre dans la ville et le centre est indiqué à deuxkilomètres. Il fait au moins 10 degrés de moins qu'à Olympie. Il a plu ici aujourd'hui. Je frissonne. Le camping donne sur l'eau. Sur un lac. Dégueulasse, dommage. La lumière est superbe. Ah ! Le type de l'accueil n'ose pas me regarder. Je ne sais pas ce que je supporte le moins. Les types au regard lubriques ou les sadiques qui ne te regardent pas, mais qui sont capables de violer une fille au coin d'une rue. Il me parle en regardant ailleurs. S'il parlait français il me dirait "elle" en s'adressant à moi.

 

J'ai encore oublié de demander un maillet. J'en demande un à mon voisin. Le petit Français ne comprend pas "hammer". Je chante "If I had a hammer, I hammer in the morning, I hammer in the evening..." Toujours pas. Bon, bah alors je lui dis que je suis française puisque encore plus nul que moi, il ne l'avait pas remarqué. Avec sa copine, ils ont installé toutes leurs affaires autours de leur tente. Ca fait vraiment... Camping ! Je suis retournée à l'accueil demander mon marteau non sans avoir enfilé mon pantalon noir. J'ai compris que le short  est pour beaucoup dans le regard fuyant. Au moment de mettre la bâche sur ma tente, celle-ci devient difforme. Je comprends tout de suite : ça y est, l'arceau s'est cassé au milieu. Merde ! Il va bientôt faire nuit.

 

Je vais en ville chercher un supermarket. Essayer de me faire comprendre pour avoir un rouleau adhésif... Bref, c'est pas gagné. Après avoir tourné un peu, je repère une quincaillerie. Après avoir mimé, je dessine. Comment dessine-t-on du scotch ? Non, ils n'ont pas. Ils n'ont pas compris surtout. Je laisse tomber. Il faut absolument que je m'achète un dictionnaire anglais/français. Supermarket. La fille qui me reçoit ne fait aucun effort pour me comprendre. Mais vraiment aucun. Elle me suit et durant un moment je me demande si elle n'est pas sourde. Je lui montre su sparadrap en lui disant "stronger". Ca dure au moins 5mn. Durant lesquelles elle me regarde les yeux exorbités, muette. Au moment où je soupire, elle me répond très doucement avec une voix de gentille connasse : "I don't undertand you". Vers la caisse je trouve ce que je cherche. En mieux. Inespéré. Du ruban adhésif pour travaux d'électricité. J'en ai profité pour acheter de quoi manger, je n'ai pas envie de tourner en ville. J'ai oublié des tomates cerises, mais comme ils attendaient que je m'en aille pour fermer, c'est trop tard.

Quand je sors, il fait nuit. Super pour monter la tente. Je laisse le moteur tourner pour laisser mes feux allumés. Si je coupe le moteur, une sécurité les éteint. Mes voisins s'apprêtent à dîner, je me confonds en excuses pour le désagrément. C'est parti à la Mac Gyver. Avec une sardine tordue, je consolide ma réparation de fortune. Et ça marche. "J'adore qu'un plan se déroule sans accroc". Non, ça c'est l'"Agence tous risques "... Je vais dans ma tente pour manger parce que mes voisins sont vraiment à côté de moi. Cela dit, vu le peu que j'avais installé, j'aurais pu aller ailleurs. Pas grave. J'entends la petite demander à sa mère "qu'est-ce qu'elle fait la dame dans sa tente ?" La mère essayant de la faire taire. C'est trop drôle. J'ai envie de faire un bruit de cochon. Si ma tente était solide je l'aurais fait bouger mais bon...

Elle est sympa la mère. Elle doit être instit ou quelque chose comme ça. Peut-être tous les deux d'ailleurs. Ils sont en Grèce depuis le 15 juillet. C'est une famille un peu 70's. La coupe des mômes, leur prénom (Blaise et Ferdinand pour les garçons), le VW, la robe de la mère...

 

Pour la première fois que je suis ici, je reste comme ça pour aller en ville. Pantalon crade, pas lavée. C'est trop grand. Je mets 20mn à trouver le cyber. J'envoie un texto à Makaï et à Saïda pour leur dire que je me connecte. Mais ça ne marche pas. Fallait bien que ça arrive. J'essaie encore. Impossible. Beaucoup de jeunes sont ici. Ils regardent un match de foot sur grand écran. Les voir beugler les rend encore plus ridicules dans une langue incomprise. GF se connecte. On parle un peu. Je n'ai rien à lui dire. Je lui ai énormément manqué même s'il n'a pas écrit.

 

Il est presque 2h quand je rentre me coucher.

14 et 15ème jour

XV/14ème jour. 24 août.

 

 

 

Mon réveil sonne à 7h. N'importe quoi ! Pourquoi je l'ai mis à cette heure là ? Je suis toute lourde. Mes paupières aussi. Je ne l'éteins même pas. Je me lève à 9h. Je commence par m'excuser auprès de mes voisins, mais ils me disent qu'ils n'ont rien entendu. J'en dote mais bon. Je me lave vite fait et je décampe. A 9h30 je suis à la recherche d'un café. Je ne me suis jamais préparée si vite. Faudrait peut-être pas qu'on sache que je peux le faire. Bon, faut dire qu'il caille un peu ici...

 

Je demande à la serveuse où est le centre ancien. Elle m'indique l'office de tourisme. Il a l'air loin. Elle parle parfaitement anglais. Curieux dans cette zone de tourisme grec. Elle est Canadienne. Je me perds dans les rues. Comme un énorme centre commercial à ciel ouvert où tout serait rangé. D'abord les magasins de fringues, puis les chaussures, puis le sport... Je rentre dans un magasin. Et alors, comme dirait la touriste d'hier c'est les vacances non ? Tout est à 5 € ici. Et, cachés parmi des trucs super vulgaires, des trucs en lin, faussement déchirés, trop classes. Je vois les vraies étiquettes, 68 €, 45 €, 38 €. Je redemande, peut-être la vendeuse n'a-t-elle pas compris la question. Si, si, tout. J'en Merde, je n'ai pas de liquide. Je m'attends encore à faire le tour du quartier pour trouver un distributeur. Mais non. Ils prennent la carte bleue. Même pas avec l'ancêtre à empreinte, non, non, le sabot. Le responsable fait tout passer à 10 € ! Il a eu un "problème" qui n'a pas vraiment l'air de l'inquiéter. "Efkhatristo poly". Bah pour la peine, je prends une jupe. Que je paie en espèce. J'arrête quand même parce que je ne vais pas acheter une valise pour le retour non plus. Je suis super contente. Je mets tout dans ma voiture et je repars. Dans une autre vitrine, je vois le même haut qu'un de ceux que je viens d'acheter. J'entre. Ici, il est effectivement à 45 €. J'ai envie de sautiller. De me la péter avec mes lunettes de soleil, de danser comme dans les comédies musicales et... Bon, heureusement, mon père m'appelle. Il a reçu ma lettre. Où je lui ai dit que j'aimerais qu'il soit fier de moi, comme à chaque fois que j'entreprends quelque chose. Je sens que ça le touche, mais il ne me parle que de la photo... C'est mon père. Son appel veut déjà tout dire. Je lui raconte Epidaure, Olympie. Il est mort de rire. Ah bah oui, accréditation... Ses examens médicaux n'ont pas l'air mauvais. Je suis contente. Je ne comprends pas ce que dit ma grand-mère derrière. Je précise que je lui ai envoyé une carte. Surprise d'apprendre qu'elle ne l'a pas reçue. Je les ai envoyées en même temps. La lettre et la carte. Je les quitte.

 

J'entre dans une librairie pour mon dictionnaire anglais français.

 

Je pars au hasard. J'arrive dans un marché tout serré. C'est vraiment énorme cette ville. Des magasins se sont installés dans une ancienne église.

 

Je m'arrête près d'un type pour lui demander si je suis loin. Sur le plan que j'ai eu à la police touristique, il me montre... L'opposé. Ma voiture est à égale distance du point où je dois aller, alors je continue. 1/2h de marche. Sur une énorme route. Il fait beau. Oublie. Bon, je reconnais la route, et je fais un crochet pour récupérer ma voiture. Maintenant, je sais où c'est. Je vais me garer près du port. Tout petit. Deux bateaux sont à quai. Le prochain part dans 10 mn. Ca fait limite clandé la façon de faire. Presque du racolage. Ca va, t'inquiète pas, je vais le prendre ton bateau, je le sens moyen d'y aller à la nage. Rhoo la la, que des magasins de bijoux encore. Je discute avec la fille d'un joaillier. Qui est au magasin. Sur l'île, il y a une dizaine de propriétaires. Si leurs enfants ne se marient pas avec quelqu'un qui plaît à toute la famille, les biens sont légués à l'église. Ca fait froid dans le dos...

 

Je visite la maison d'Ali Pacha. On ne voit pas un brin d'eau par les fenêtres. C'était pour se cacher en même temps. En montant vers le monastère, je tombe sur un groupe de Français. Avec un guide. C'est grâce au guide qu'ils entrent dans le monastère et j'en profite. Ca ne m'intéresse pas du tout ce que raconte le guide. Ca m'emmerderait au possible ce genre de vacances... En redescendant je tombe sur un petit kiosque. C'est tout neuf mais très mignon. Fleuri. L'île est vraiment toute petite. Dommage que l'eau du lac soit si crade. Je repasse par le magasin de tout à l'heure. On discute encore 20 minutes. On est contente de se comprendre et de se faire comprendre avec notre pauvre anglais. On a à peu près le même niveau. J'achète une bague et un pendentif. Mais là, il est 17h30 et je veux visiter la citadelle avant de partir. Elle m'offre un petit miroir en me disant qu'il faudra que je revienne si je repasse par là.

 

De retour dans la ville, quand je trouve l'entrée, on dirait bien que ce sont encore des magasins. Et c'est bondé. Merci. Je me dis que j'aurais dû rester un jour de plus, mais c'est trop grand. Ca veut dire pas de vrai contact humain. C'est trop long sans parler... Tant pis, je reviendrai. Ca me fait sourire.

 

Allez, direction Météora. J'ai relu la description du GDR et je crois que je vais adorer. Le patron du bar de l'île dans lequel je me suis posée pour faire mon itinéraire m'a dit que j'en avais pour deux heures. Quand je vois la pancarte 55kilomètres, ça m'éclate.

 

Bon, ok, ça m'éclatait parce qu'avec les virages et les poids lourds dans les côtes, c'est même bien plus.

Le ciel est superbe. Je passe dans une énorme station de ski. C'est impressionnant. Le ciel est trop beau. Je m'arrête pour une photo. Wah. Le vent est incroyablement froid, j'ai la chair de poule. J'allume le chauffage dans la voiture.

 

Météora n'est plus indiqué depuis un moment et je commence à m'inquiéter de ne toujours pas voir indiqué Kastraki. Je m'arrête dans une taverne. 4 types, en haut d'une montagne. Avec le ciel dans le dos et juste la taverne, comme érigée du sol. Une cahute dans un no man's land. C'est vraiment curieux. Si je disparaissais ici, on ne me retrouverait jamais. Evidemment ma jupe ultra courte, ultra lin, ultra froissée dénote avec l'heure et la température, même si ça va mieux... Bref, ils me regardent un peu bizarrement mais pas de façon dégueu. Plutôt sincèrement surpris. 14kilomètres. vingt minutes plus loin je m'arrête près de flics à une énorme intersection absolument déserte, comme la route depuis un moment maintenant. Il fait nuit noire. Il fait aussi beaucoup moins froid. Ils m'engueulent parce que je suis mal garée. Je m'énerve en français. C'est bon y a personne là, ça va prendre trois secondes ! Kastraki. 10 kilomètres. Quoi ? Je ne dis même pas merci. 5 mn après j'y suis. Ils sont fortiches en distances ici...

 

Le vieux à l'entrée du camping me demande mon passeport et finalement se ravise. On verra ça demain. Il est 21h30. Je demande si je peux manger. Bien sûr ! J'installe ma tente à la lumière de ma voiture. Encore. Dans un coin, au fond. Et je vais manger. Juste quand je suis servie, Francis m'appelle. Ah bon ? Mais il ne m'appelle jamais. Enfin, on n'a pas trop de contacts quoi. Pour réserver une date, dans la deuxième semaine de décembre. Une commande de spectacle pour enfants. Je lui fait remarquer l'insolite de la situation. Il y a trente ans, lui et son meilleur ami de l'époque, mon père, sa femme et sa meilleure amie, ma mère étaient peut-être où je suis ce soir... Dans leur périple des 10 000 bornes en voiture. Je rigole en imaginant qu'ils n'avaient pas la clim. Il s'en souvient très bien. Mais ils étaient arrivés de jour et avaient été très impressionnés. Mon père, un peu énervé de ne plus avoir de film (pellicule ndlr) dans une région où à l'époque il était impossible d'en trouver.

 

Je vais me coucher vers minuit.

 

XVI/15ème jour. 25 août.

 

Mon réveil sonne à 7h, mais je me lève à 8. Petit déjeuner avant tout. A côté de moi, un couple a l'air tout aussi endormi. Je recommande un café. Ca fait sourire la voisine. Maria Pia. Et Piedro. Sympas. Italiens. Ils voyagent à moto. Là, ils s'en vont. Elle parle français. Lui aussi, mais moins bien. Elle est serveuse mais elle a fait des études de tourisme. Elle adore le français mais regrette de l'avoir perdu à force de manque de pratique. Elle a suivi un cours de théâtre pendant deux ans... On parle pendant une heure au moins.

 

Et je reste longtemps sous la douche. Digne d'un hôtel. Je décolle vers 11h en me demandant à quoi ça a servi que je me lève si tôt.

 

Le spectacle est étonnant. A la fois effrayant et apaisant. Je sais déjà que les photos ne pourront jamais donner le rendu de cette impression. Il manquera forcément la sensation de vertige.

 

Je regarde les touristes sortir des bus par centaines. Je me dis que j'ai de la chance : qu'est-ce que ça me ferait chier de suivre un groupe. Je peux arrêter ma voiture tous les 200m si ça me chante, ne pas aller visiter tel ou tel monastère si ça me chante, ou au contraire y rester deux heures... Certaines pouf sont habillées comme pour un défilé, d'autres ont ces horribles sandales Décathlon... Je m'étais déjà dit ça quand j'avais vu un groupe partir à 7h ce matin avec un énorme sac sur le dos. Franchement, ça aussi ça me ferait chier. Là, tout de suite, je vis mes vacances comme j'ai envie de les passer. Sauf que si j'avais prévu autant de camping, j'aurais pris autre chose qu'un tapis de sol.

 

Vers 13h30, je vais dans une taverne. Une salade grecque et une Mythos. Une bière style Kro mais 1/2 litre ! J'aurais pas dû. Je feuillette un des bouquins que j'ai achetés ce matin et mon guide du routard. Je veux aller où ils conseillent d'aller voir le coucher de soleil. Et je pars pour le grand météore (météoron ou monastère de la transfiguration, Métamorphossis), le plus grand des monastères. Mais malheureusement, à voir les restaurations modernes, je sais que je ne vois pas les mêmes choses que mon père, que mes parents il y a trente ans. Quand on sait que les météores font partie du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988, que c'est donc protégé, qu'ils ne doivent donc pas faire n'importe quoi, ça fait peur... Bon, au moins, pas de magasins à touristes. Juste les monastères. Et au pied de Métamorphossis, trois cahutes à souvenirs. Dans chaque monastère, des icônes, des porte clés et de l'artisanat local en vente.

 

La mythos me pèse. Les toilettes turques aussi. Alors je rentre au camping. J'ai envie d'aller me baigner. D'aller bronzer un peu à la piscine. Si ça continue, je vais être ridicule à rentrer toute blanche après trois semaines en Grèce.

 

Aujourd'hui, j'ai dû sortir en jupe jusqu'au genoux et une veste, très difficile à supporter pour entrer dans les monastères. Ca fait un bien fou de les troquer contre le maillot de bain. Le blanc allez. Mais il fait quand même beaucoup moins chaud en Thessalie que dans le Péloponnèse, qu'à Nauplie en particulier. Je me souviens avoir plongé de bon cœur dans la mer chaude, alors que là, je mets 10 mn à tergiverser avant de passer sous la douche froide et de... plonger.  Pour ça aussi j'ai hésité, vu le nombre de paires d'yeux qui scrutent une personne seule dans une piscine.

 

Wahou, quelle horreur ! J'ai ouvert les yeux ! Ca brûle ! Un horrible goût de citron que j'apparenterais à Monsieur Propre m'envahit la bouche. C'est de l'acide citrique ou quoi ? Ils ne seraient quand même pas capables de mettre de la chaux au moins ?

 

Comme mes cheveux me gênent, je ressors pour les attacher avant de retourner dans l'eau et bronzer. Mais d'abord, comme on ne m'avait pas assez vue, je me vautre comme une merde sur une dalle mouillée. Je suis juste à côté de la piscine et la chute a émis un bruit sourd incomparable, de sorte que je sais que tout le monde m'a vue, mais personne ne vient voir la gravité de l'accident, au cas où il y aurait besoin d'intervenir... C'est les vacances quand même ! L'absence de réaction autour de moi m'empêche de rire. J'ai le genou en sang et le mollet tout éraflé. Ca va faire mignon tiens, joli quoi ! Je vais finalement dans l'eau, non sans penser à "aboudouflish, aboudouflash". Merde ! J'ai super envie de rigoler. J'entends une femme dire à son mari que le chlore n'est pas du chlore. J'engage très vite la conversation, pour enfin dire que je viens de me croûter et rigoler ! Merci ! Leur machin dans l'eau me chauffe le genou mortel. Je ressors donc. Et je vais à côté d'eux. Stéphane et Marie Thé. Il est Serbe, elle est Française. Elle est effacée, il parle tout le temps. "mais tu ne m'écoutes pas". "Bah non, je parle"... On parle de politique, de social. Les vacances quoi.  Il me demande soudain si j'ai des origines étrangères. J'en sais rien. Je m'en fous. Ca épate toujours les gens que je ne cherche pas. Mes origines sont là où je suis née, et ma famille est mes origines. Ca me chauffe encore plus le genou au soleil. Je cache ma jambe sous mon paréo. J'ai la sensation que ça suppure alors que c'est très superficiel...

 

Merde ! J'ai loupé le coucher de soleil. Il y a encore de la lumière, désolée je me sauve, merci pour les conseils pour la plaie, peut-être à plus tard, je suis déjà partie.

 

Arrivée à Psaropetra, c'est trop tard. La lumière est super belle mais c'est vraiment trop tard. La vache, ce que c'est beau.

 

En revenant à ma voiture, je croise un de ces chiens sauvages dont ils parlent dans le GDR. Heureusement, il a l'air seul. Mais enfin n'empêche que je n'essaie pas de l'approcher, et que ça a l'air de l'arranger.

 

Je rentre au camping et je prends une douche. Sous laquelle je reste encore longtemps. L'eau est chaude ça fait trop de bien. J'ai l'impression que les touristes Queshua (tente Queshua, sandales Queshua, bronzage Queshua, sac à dos de plomb Queshua...) me regardent en se foutant de ma gueule. Je me demande si mon sourire leur renvoie assez bien que je les emmerde, dans ma jupe et ma chemise blanche, avec mon sac léger. Je ne sais pas s'ils m'ont vue me croûter. A la taverne du camping, je retrouve Stéphane et Marie Thé. Ils boivent de l'ouzo, et je réalise que je n'en ai pas encore bu. C'est con non ? J'en prends un avec un menu, mais c'est trop un menu. Ils sont vraiment sympas. En tout cas, on rigole bien. Ils s'en vont vers 23h30. Demain, je leur filerai la bouteille de Saint Emilion que j'avais achetée pour le père d’Athena. Ils ne proposent pas de vin rouge au camping et ils n'aiment pas le rosé.

 

J'écris une carte à Ro et Kat, j'écris aussi cette partie dans mon cahier, qui ne me fait pas oublier mon genou, et je vais me coucher. A minuit et demi.

16 et 17ème jour

XVII/16ème jour. 26 août.

 

Je me réveille à 7h et je me rendors. Jusqu'à 9h30. J'ai tout mon temps de toute façon. Je vais déjeuner, me préparer et faire une lessive. En revenant du petit déjeuner, je me rends compte qu'un vieux couple de Hollandais, qui est arrivé hier et a tergiversé pendant une heure sur une place (sans pour autant aller en voir d'autres), et s'est finalement installé, je le constate à l'instant, en face, à l'ombre. Ca me fait marrer. Qu'est-ce que c'est con les vieux. Stéphane et Marie Thé sont déjà partis. Le temps de faire ce que j'ai à faire, dont laver mes deux pulls dont j'aurais sûrement besoin à Berlin, et il est 11h un truc comme ça.

 

Je prends mes appareils photo, mon pied, et quelques fringues et je vais me promener. Emprunter un des chemins qu'empruntaient les moines avant d'escalader les rochers. Je me suis engagée dans l'un d'eux avec ma voiture hier, et j'ai dû faire demi-tour. Ils en conseillent un facile dans le GDR. Avec mon sac, mes tongues et mon pied, pas question de donner dans l'escalade. Dès le début, je sais que je ne suis pas dans le bon chemin. Mais je me promène, alors je ne fais pas demi-tour. Une odeur horrible m'arrive au nez. Le chemin descend, je vais voir. Je tombe sur deux cabanes et un enclos, dans lequel j'entends du bruit. Les portes des cabanons grincent. J'aperçois une chèvre. Je comprends d'où vient l'odeur... Mais je me dis qu'il n'y a qu'une chèvre ici. C'est bizarre. J'ai soudain l'image d'un vieux taré qui habite tout seul ici. Qui peut sortir aussi bien avec une carabine qu'à poil. Je fais demi-tour, et mon imagination me fait presque courir. Je crapahute un peu. Mes fringues et mes chevilles sont retenues par des ronces. J'aperçois enfin le vieux cimetière dont parle le GDR et où j'aurais dû arriver par un autre chemin. Une église. Ouverte. Je rentre. Tout fait flipper ici. Les bruits, le fait d'être seule, le fait que tout soit ouvert. Comme à l'abandon. Mais les produits d'entretien donnent un air de "pas tout à fait". De l'autre côté, une autre partie du cimetière. Sur trois étages. Je veux ouvrir la porte de l'église qui donne dessus. Mais cette fois, la poignée crasseuse et collante ne cède pas. Il y a un passage, tout petit, le long de l'église. C'est juste sous un des rochers colossaux qui forment les météores. J'ai l'atroce sensation d'être regardée. C'est horrible. Je sors. Vite. Je fais quelques photos du cimetière quand même. Mais je pense que ça ne peut rien donner. Je n'ai plus de batterie dans mon numérique et mes piles sont dans ma voiture. Si mon père était là, il m'engueulerait sûrement de ne pas les avoir prises...

 

Près du cimetière, un escalier construit par les moines avec des poutres en bois. Je monte. J'entends un drôle de bruit. Et je crois voir une bête un peu plus haut. Ca remue en tout cas. C'est une tortue. Elle est tombée sur le dos. Vue le précipice qui borde l'escalier, elle l'a échappé belle. Elle est coincée et se débat. Je pose toutes mes affaires à quelques marches d'elle. Je m'approche lentement, et je la retourne. Je redescends très vite les marches pour ne pas l'effrayer. Elle est essoufflée. Je pourrais comparer sa respiration à celle d'un asthmatique en crise. Je lui donnerais bien de l'eau, mais j'ai voulu me charger le moins possible, et je n'en ai pas. Elle traverse finalement la marche. Régulièrement sur sa trajectoire, elle s'arrête et me regarde. La personnification me fait interpréter ces regards en remerciements. Je suis très touchée par cette scène. Contente, émue de l'avoir peut-être sauvée. Je pense à ces connards qui montent des reportages animaliers et qui, sous prétexte de laisser faire la nature l'auraient sans doute laissée crever. Peut-être auraient-ils filmé son agonie. Bande de cons. JE suis un animal qui passe par là, et je peux l'aider ! Pourquoi pas laisser les gens crever du cancer alors ? C'est la nature !

 

J'arrive sous un rocher. Sa forme est bizarre, on dirait qu'il est prêt à tomber. Aucune photo possible, je suis trop près. Après lui, un terrain assez plat. Mais je ne peux plus avancer sans me mettre sérieusement en danger. Je rebrousse chemin et contourne le rocher de tout à l'heure. Là, je me mets en danger. Parce que l'idée de faire demi-tour m'énerve. Je préférerais faire une boucle. Mais là, franchement, en tongues, avec mon sac sur une épaule et mon pied dans une main ça n'est pas raisonnable. Je fais finalement demi-tour. Quand je reviens au village, ça fait environ trois heures que j'en suis partie. Je m'arrête dans une taverne. Je reprends mon souffle et je bois une soda water. Je reviens au camping. J'ai encore soif. Je reprends une soda water, et des lokoums. Histoire d'avoir encore plus soif. D'habitude je n'aime pas ça en plus. Mais là, maison, ils sont trop bons. Je vais à la piscine. Près de ma tente, deux types ont une installation bizarre. On dirait qu'ils dorment dans une remorque bâchée. Pour l'instant, ils sont debout dehors et me regardent détendre mon longe et le plier. Prendre ma jambe en photo aussi. Parce que je me dis que j'en aurais besoin pour illustrer mon journal.

 

L'eau de la piscine est vraiment très froide et il est impossible de nager sans lunettes. Je sors et je m'allonge. Ça fait du bien punaise. J'ai mal aux jambes. Je regarde la carte pour voir la route de Delphes. J'ai encore soif. Je prends mon porte-monnaie, je me rhabille, je vais chercher ma crème solaire, mon Delerm que je n'ai toujours pas fini et un « soda water ». Je dis au serveur que je suis «addicted ». Ils se marre. J'aime décidément moins celui-là que « la première gorgée de bière ». On ne peut pas être génial tout le temps. Je m'allonge, prête à me rendormir. Un con de môme allemand m'a réveillée tout à l'heure. Il y a beuglé la même chose pendant un quart d'heure. Je n'ai pas pu m'empêcher de le dire tout haut : « quelle langue de merde ». Tape sur le système. Il est parti là. Une bête m'est tombée sur le bras. Je regarde. C'est un petit lézard. On se regarde tous les deux. Immobiles. Je vois de très près son petit œil qui me fixe. Il est trop mignon. Il s'en va quand même. Mais pas trop loin. Il a le cœur déchaîné. Je sors mon numérique. Je prends une photo. Quand j'enlève une herbe qui me gêne et mon sac qui me fait de l'ombre, mon appareil me rappelle qui n'a plus de batterie. J'ai laissé l'autre jeu dans la voiture . Le lézard ne bouge pas trop. À vrai dire c'est un bébé. Il n'arrive pas à monter jusqu'en haut du muret. C'est pour ça qu'il est tombé sur mon bras. Allez, je tente. Je vais chercher mon autre appareil en courant. Mes voisins bizarres, toujours dans leur remorque, me regardent courir en jupe et en haut de maillot de bain. Je prends mon appareil et mes piles. Quand je reviens il a réussi son ascension. Mais il revient vers moi. On dirait qu'il joue. Le muret est muret de ce côté-ci, mais de l'autre côté, c'est un mur. Il commence à descendre et tombe. Il veut remonter. J'essaie de le prendre en plongée. Je n'y arrive pas. Je dois faire le tour. Les gens de la piscine se demandent ce que je fabrique. Quand j'arrive de l'autre côté, un gamin est là. Je comprends que c'est mort. Le lézard a dû s'enfuir. Le môme m'a vue et il voulait savoir ce que je foutais. Connard de môme. Il s'en va. Mais c'est trop tard ! ! ! ! Qui a dit que je voulais des enfants ? Moi ? Je devais avoir bu ! Je retourne à la piscine. Avec une tête de 10 pieds de long. Je me tourne vers le muret. Espérant l'impossible. Et maudissant le gosse. Son père a compris. Il me regarde. Non ! Je n'excuse ni ton môme, ni toi et l'autorisation que tu lui as donnée d'aller voir. Ce ne sont pas tant les photos que je regrette, il est tellement petit que ça n'aurait pas donné grand-chose, c'est notre jeu.

Au bout de vingt minutes, j'ai une banane terrible : il est là ! Il est revenu me narguer sur le muret. Dès qu'il me voit, il se cache. Et quelques centimètres plus loin, je le vois réapparaître. Avec sa petite tête. Il me regarde sur le côté. Trop mignon. Il va se cacher de l'autre côté. Je pense à la chanson de Dominique A. "Au twenty two bar"... "je l'appelais puis me cachais"... Je refais le tour et cette fois je fais des photos, même si je sais que ça ne donnera rien. Juste parce qu'il est trop mignon. Parce que j'avais raison de croire à un jeu. Mais il se fait tard titi et je n'ai pas envie de rater encore le coucher de soleil. Même si ce soir le temps n'est pas orageux. On ne peut pas avoir cette chance tous les jours. Et je l'ai manqué hier ma chance.

 

Je pense à Gwen. Entre les animaux, les bruits, les hauteurs vertigineuses accessibles sans protection, je me demande si elle pourrait visiter les météores. Ça me fait sourire. Quelques autoportraits et je rentre. J'ai l'impression que ça ne donnera rien, mais tant pis.

 

Une douche. Une salade grecque et encore une soda Water. L'écriture de ma journée, avec en fond la voix horrible d'une jeune Italienne dans les oreilles. Je paie et je vais au cyber. Même si je ne peux pas prévenir Makaï. On ne sait jamais. Je dois vider la puce de mon appareil photo. Pas de graveur dans ce cyber où il y a... Deux ordinateurs ! ! ! Le mec a trouvé le filon. Athena m'a envoyé un mail. Elle espère que j'ai rencontré de nouvelles personnes, que je passe de bonnes vacances, et qu'on va se voir bientôt. Le gag. En voulant envoyer un sms à Christophe, je me rends compte en rentrant son numéro que c'est lui qui essayé de m'appeler à 21 h 30. On avait dit qu'on serait grand, mais je suis trop contente. Je devais prendre les photos à 21 h 30. Ou me doucher....

 

Gwen est connectée. Elle a l'air de s'être emmerdée pendant ses vacances. Elle espère que j'ai rencontré un bel olympien. Je lui réponds de ne plus jamais me parler d'Olympie ! Ah ! Makaï se connecte. On parle d'Olympie. Il ne supporte pas les gens qui se font prendre photos juste pour dire « j'y suis allé ». Ça m'énerve. Je me déconnecte et j'y vais. Je suis fatiguée. Les deux Italiens dont celle à la voix de Marge Simpson arrivent. Ils sourient en me voyant, mais ne me regardent pas une seconde. Ça fait bizarre. Je vais me coucher.

 

XVIII/17ème jour. 27 août.

 

 

Je me lève à 9h avec mon réveil. Le serveur a l'air déçu que je m'en aille aujourd'hui. Alors qu'il ne m'a pas parlé une seule fois...

Il me demande comment je m'appelle, mon âge, tout ça au moment du départ. Dommage, il n'est pas mal. Il a l'air surpris de mon âge, mais je ne sais pas dans quel sens. Je vais payer. La patronne me file un bouquin sur la Grèce qui doit peser environ une tonne, une icône en bois et une carte postale du camping. Le livre, même si c'est un truc publicitaire, est très beau.

 

Je vais plier ma tente et me laver. Je laisserai ma tente à l'auberge de jeunesse d'Athènes. Avec deux ou trois trucs. Ca m'enlèvera du poids, et ça pourra servir à quelqu'un. Imaginons que je sois arrivée sans tente moi ! Bon, c'est sûr, ça ne me serait pas forcément venu à l'idée d'en demander une à l'auberge de jeunesse, mais on ne sait jamais si quelqu'un leur demande où en trouver une... Quand j'étais sous la douche, j'ai reçu un texto de ma banque. Je vais pouvoir payer mon téléphone, et enfin, deux jours après, souhaiter un bon anniversaire à mon frère.

 

Je décolle à 11h. Mais d'ici je ne m'enfuis pas. Je pars à reculons. En faisant coucou. Direction Trikala puis Lamia, puis Amfissa. La route est monotone. Montagneuse. Je suis tout le temps coincée derrière un camion qui pue. C'est marrant d’ailleurs, je passe devant des concessionnaires de camions qui feraient rêver Babeth, la mère de Caro.

 

Lamia, où je fais une pause, est une grande ville triste. Une seule terrasse sur la place/centre, mais personne dessus. Et on ne sait même pas où est le bar qui va avec. Je prends un truc à emporter. Un feuilleté aux légumes verts et au fromage. Et... Une soda water ! C'est bon. Je finis dans la voiture. Où il m'est impossible de joindre le service client pour payer ma facture. Merde ! Je suis obligée d'attendre d'être à Delphes pour aller payer sur Internet. Mon téléphone sonne. Et je me précipite en pensant que ça peut être Christophe. C'est mon père. Je suis contente quand même. Je lui parle en roulant sur une route aussi triste que droite. C'est la première fois que j'en vois une depuis que je suis là. Des usines, des murs gris. Je m’arrête devant l’une d’elles pour finir ma conversation. C'est vraiment moche. Et le manque d'air m'étouffe. Il me dit qu'il n'a pas aimé Delphes. Je lui dis que Makaï a beaucoup aimé, on verra bien.

 

Je ne suis plus très loin maintenant. Voilà, camping Apollon ! D'où je dois venir de la part de Michel, le chauffeur de bus. Je me contenterai de montrer mon GDR.

Pendant que j'installe ma tente, la chienne de mes voisins vient renifler mes affaires. Je ne connais pas cette race, mais elle est belle. Elle fait la gueule parce que sa maîtresse lui a interdit de venir me voir. Et ça a l'air d’étonner la fille que la chienne fasse cette tête. Pas moi ! Je me souviens de cette fausse gêne qui est en fait de la jalousie. Quand mon chien allait voir quelqu'un et qu'il s’attardait, je l'appelais, comme pour ne pas gêner la personne. Mais en fait, j'étais bien énervée qu'il s'attarde de la sorte. Je reconnais ça chez beaucoup de maîtres aujourd'hui.

Je m'applique à l'installation de ma tente qui a maintenant une drôle de forme. Pas vraiment faite pour l'itinérant. Et...

 

Piscine. Au milieu de nulle part. Sur un versant de la montagne, juste au dessus de quelques sapins, en surplomb de la mer des oliviers, la vraie mer à l'horizon. Mais aucun arbre autour de la piscine, pas d'ombre. Je me mets en maillot de bain. J'ai super envie de me baigner, mais deux types n'arrêtent pas de me regarder depuis que je suis arrivée. Ca m'agace. Donc je m'installe pour lire mon bouquin. Ca fait du bien d'être à l'air quand même. J'aimerais bien m'allonger et dormir un peu. Mais quand je tends les jambes, j'ai trop mal au genou. Le groupe à côté de moi est français. 4 filles et deux garçons (combien de possibilités ?).Ils viennent du nord. Leur accent ne trompe pas. Ils ont l'air un peu cucul aussi. Ils vont tous à l'eau. L'un des types qui me regardent se lève. C'est un nabot poilu. Il plonge. Il arrive jusqu'à moi, me dit un truc. Je réponds "Hein ?" Il me dit "Hi". Je le regarde, incrédule, et réponds "Hi", et je regarde ailleurs. Il se retourne vers son copain, mais reste là. Puis passe un peu de temps à me regarder. Il est à une vingtaine de centimètres de moi. Finalement je m'allonge et tourne carrément la tête de l'autre côté. Une guêpe vient par là. Elle s'attarde près de moi. Je la sens sur mon mollet, puis sur mon dos. Je ne veux pas qu'elle se prenne dans mes cheveux. Ca va l'exciter, merci ! Je me lève. Elle me suit. Les autres sortent de l'eau. Ils ont entendu que j'étais française puisque je parle à la guêpe pour qu'elle se tire.  Elle va vers eux. Mais revient vers moi. C'est bon là, j'en ai marre, je m'en vais. Pendant que je me rhabille, un des Français dit qu'elle semble attirée par une tâche, là. Je lance "oui, la tâche, c'est moi !". Ils se marrent. Ca fait 10 mn qu'ils se prennent la tête pour savoir où ils mangent ce soir. Si celle qui propose de manger au restau du camping gagne, je leur reparlerai ce soir.

 

Pour l'instant, je vais en ville. Je veux régler ma facture de téléphone le plus vite possible. Il est 18h environ. Je me promène d'abord dans cette ville sur deux rues. Beaucoup moins surfaite qu'Olympie. Construite elle aussi exprès près du site archéologique, mais plus vieille quand même. On sent ici une vraie vie grecque au delà des magasins de souvenirs et autres joailliers. Dans un magasin de fringues un peu chic, aux marques italiennes, références en matière de mode ici, j'achète un haut en crêpe magnifique. Que je mettrai sûrement au mariage de Guillaume et Marion. Et une jupe en lin à la coupe un peu Falbala. Le modèle piqué à "Copain Copine", asymétrique. Je ne prends pas une robe en lin qui me plaît pourtant. Mais il faut que je m'arrête. Ils sont vraiment en retard au niveau des paiements en carte bleue ici. La vendeuse prend l'empreinte de ma carte sur du papier carbone. Mon téléphone sonne. C'est Christophe. Je suis trop contente. Je débite une phrase très longue, à toute vitesse, avec une banane ridicule, avant de me rendre compte qu'il n'entend rien, que je ne capte pas dans le magasin. Le téléphone sonne de nouveau. Je l'entends de manière très étouffée. Il parle comme s'il s'adressait à mon répondeur. Il ne m'entend pas. Le téléphone sonne encore. Et cette fois il m'entend. Je lui demande de me rappeler dans une minute. Je prends vite mes affaires. La vendeuse se marre. Je suis rentrée dans le magasin avec une tête de 10 pieds de long, en prenant mon temps, et j'en sors très rapidement, avec un sourire bête. Je lui dis au revoir quand le téléphone sonne à nouveau. Cette fois-ci je sors. On parle de tout et de rien pendant une demi heure à peu près, et je sais que quand je vais raccrocher, je vais avoir le cafard. Il me demande ce qu'il devrait dire. Il est en France et il fait moche. On raccroche quand même. Et je vais au cyber.  Je commande un ouzo. Je paie ma facture, j'éteins mon téléphone pour que la ligne revienne et je rentre au camping.

 

5 Français jouent au ballon dans la piscine éclairée de l'intérieur, je vais me laver et je file au restau. Où il y a 4 Grecs et deux Italiens. Un type qui pue vient s'installer derrière moi. Un routard. Les 5 Français arrivent. Ils philosophent sur les copies de maillots de foot que deux d'entre eux viennent d'acheter 15 €. Ils disent à un troisième qu'il est con, qu'il aurait dû en acheter un aussi. Ils me font marrer. Mais l'un d'entre eux remarque que je les observe alors j'arrête. Dommage, TF1 en Grèce, quel pied ! Ma ligne n'est pas revenue. Je reçois un texto de ma mère qui n'arrive pas à me joindre. Je ne retournerai pas au cyber ce soir. Pas sans pouvoir prévenir Makaï. Je reprends deux ouzos. Et je me dis que les olives sont vraiment crades ici. Rien à voir avec celles d'Espagne. Trop fortes, trop salées. Je vais me coucher. Mais je n'arrive pas à m'endormir. Mon cafard ne me lâche pas. Il faut pourtant que je fasse diversion parce que dans ces cas là je pense à la mort prochaine de mon père et ça devient infernal, parce que je pense à celle de Jérôme, de Max, je passe tous mes morts en revue ...

18 et 19ème jour

XIX/ 18ème jour. 28 août.

 

J'ai mal dormi. Le terrain est en pente. Je me suis réveillée deux fois toute ratatinée en bas de ma tente. La deuxième fois c'était à 6h30. Un mal terrible à me rendormir. J'ai bu la moitié de ma bouteille d'eau d'une traite. Là, mon réveil sonne. Il est 9h. J'ai donc bien fini par me rendormir...

Petit déj', cahier, clopes. Ardoise au restau parce que je n'ai plus d'espèces. Je discute avec le type du supermarket. Encore un qui a peur que je croie que tous les grecs sont pareils. Comme je lui ai parlé de ma mésaventure d'Olympie, il me dit qu'il n'y a pas de problème si je parle des photos à l'accueil, mais surtout, que le site n'est pas visible des caisses. Il me demande si j'ai besoin de quelque chose en ville. Trop gentil.

 

La visite du site me fait chier. Makaï avait trouvé ça top. Pour les photos, j'ai rien de plus intéressant à faire que les trois cartes postales qu'ils vendent à l'entrée. Je repense à mon énervement d'hier. Je sais qu'il doit prendre mon père pour un beauf. Mais là, pas à tortiller, il se plante. C'est top ça ? Décidément, tant mieux s'il y en a qui passent à côté de mon père : c'est mon père ! En sortant j'appelle ma mère. Qui me confirme qu'eux aussi avaient trouvé ça chiant. C'est un témoignage historique. OK ! Mais je me souviens qu'un des guitaristes de mon groupe de jazz m'avait dit à propos du doute qu'il existe quand à la véracité du premier pas sur la lune : "l'important n'est pas de savoir qu'il a vraiment eu lieu, mais qu'on peut le faire". Bah c'est l'impression que j'ai eue là. Ca ne m'a pas plus émue que de voir les photos de mes livres d'histoire à l'époque où je les découvrais. Ca n'ajoute rien de les voir en vrai. En plus, le plus impressionnant est la construction en escalier, et c'est à cause de ça qu'on n'est jamais tout seul... Je peux oublier mes autoportraits ! La surveillance est partout. Ca doit faire une dizaine d'années que le type du supermarket n'a pas mis les pieds sur le site, ça lui a échappé.

 

Ajoutons à ça la construction du village voisin financée par la France au début du siècle dernier pour faciliter les fouilles, et toutes les pancartes et tous les habitants parlent français. Dépaysant ! Itéa, c'est moche. Une plage de graviers. On est dimanche et presque tout est fermé. J'arrive à appeler mon frère. Ma contrariété le fait marrer. Il ne m'en veut pas du tout pour son anniversaire. On fêtera l'événement mi-septembre. Le pauvre ! On n'a jamais pu fêter son anniversaire correctement. Quelle idée de naître un 25 août !

 

En rentrant je tombe sur un petit marché d'été. Beaucoup de gitans. Qui proposent des services que je ne comprends pas : fabrication ou réparation de pots en terre. En tout cas, ils sont laids. Ils doivent avoir une utilité qui m'échappe.

 

Quand j'arrive au camping il fait presque nuit. Une douche, une salade et direction cyber. Makaï est ailleurs, il s'inquiète pour son voyage au Québec. Il n'a pas de nouvelles de ses hôtes. Et il doit rendre sa thèse le 5. Je devais rendre mon mémoire en même temps mais je ne le ferai pas... J'ai reçu un mail de Dimitri. Il me demande si j'ai réussi à voir Athena, et si oui, si on est allé dans une fish tavern... Il m'embrasse. Ca me fait plaisir. Le cyber ferme. Je dis au revoir à tout le monde et je vais me coucher. Hier j'ai bu trois ouzo qui ne m'ont rien fait, et ce soir j'en n'ai bu qu'un et je suis pétée. Il doit être minuit et demi.

 

XX/ 19ème jour, 29 août.

 

Je suis réveillée à 8h20 par une rafale de vent qui donne raison à mon plantage exceptionnel de sardines. Je traîne quand même jusqu'au réveil. Hier, le type du supermarket, qui est en fait le patron, m'a dit d'aller faire un tour à Galaxidi. De sorte que je ne savais pas si je restais un jour de plus. En fait, j'ai réfléchi. Je vais déjeuner tranquille, ranger mes affaires, aller à Galaxidi et partir vers 15h pour Rafina. Le deuxième port d'Athènes, le Deauville des Athéniens si j'ai bien compris. Athina, la chienne des voisins, est venue me faire la fête ce matin. C'est drôle, ses maîtres sont tout le temps fourrés dans leur camping car, à faire le ménage ou regarder la télé, la porte ouverte. Ils sont jeunes pourtant...

 

Il faut que je pense, demain au plus tard, à recoudre mon sac. Faire mes bagages m'angoisse déjà ! Est-ce que j'aurais assez de place ?

 

J'ai un super prix d'ami quand je paye mon ardoise. Un peu gênée. "C'est le patron qui l'a dit..."

 

En rangeant ma tente je me dis qu'heureusement que le voyage se termine parce qu'elle commence vraiment à faire une drôle de tête. Athina vient me faire un câlin. Elle a des petites dents de bébé. Trop mimi.

 

Bon allez, douche, et c'est parti. Après avoir payé, à l'accueil cette fois, j'hésite et je retourne au restau dire au revoir au patron et aux serveurs. Le patron est au fond, devant le mini market. Dès qu'il me voit lui faire un signe, il disparaît à l'intérieur. Bon, bah il m'a vue hein. Le serveur me dit d'aller dire au revoir au patron, "à Lukas" précise-t-il. Je lui fais remarquer qu'il m'a vue, mais il insiste d'un geste avec la main. J'y vais. Il est au fond. Je rentre. Il me souhaite un bon voyage et veut me faire un cadeau. Il a peur d'être ridicule je crois, alors il déchire le papier dans son sac et en sort un collier en bois, bordeau et noir. Il est allé me l'acheter ce matin. Il m'assure que tous les grecs ne sont pas comme ma copine. Je lui dis que je le sais. Que c'est vraiment gentil. Je le remercie. Il me met le collier. Je l'embrasse. Sur les joues hein ! Ce type est vraiment gentil. Et touchant. C'est le type qui finira assurément vieux garçon. Sa respiration est altérée par son surpoids. Et peut-être la montée d'adrénaline qu'a provoqué son geste. Il est dégarni. Pourtant sa voix est douce. Et lui aussi il a l'air très doux. Mais voilà, il fait partie de ceux là... Je m'en vais en imaginant sa déception si je n'étais pas venue dire au revoir alors que j'hésitais tout à l'heure.  Il m'a demandé si je reviendrais. Bah... J'adore son camping, avec la piscine en contrebas, les éclairages extérieurs en forme de champignon et les douches grandes et propres, mais ça y est, les cailloux de Delphes, j'ai vu ! Je lui ai répondu peut-être...

 

Je file à Galaxidi. C’est mignon. Un tout petit port. Je fais vite le tour quand même. Je me dis que c’est très romantique comme endroit. Et que c’est pour ça que Lukas m’a envoyée là.

Ensuite, je peine à trouver le monastère dont parle le GDR avec des superlatifs qui donnent envie. De l'extérieur ça ne paie pas une mine. Je crois comprendre que les visites se font le matin, mais c'est ouvert. Alors je rentre. C'est vrai que c'est magnifique. Ca a l'air désert. Un palmier au milieu du jardin, des grilles en fer forgé, une végétation luxuriante, alors que toute la route était très aride avant d'arriver là. C'est surprenant. Je prends quelques photos et monte un escalier qui mène à la vie. La grille en haut est ouverte. J'entends une voix. Je comprends qu'une femme est au téléphone. J'avance doucement. Et je passe devant la porte ouverte dont émane la voix. Une bonne sœur avachie dans un fauteuil en rotin me voit et se met à hurler en raccrochant, se cachant derrière son voile et se précipite vers moi, toujours en hurlant. Quand elle retire son voile, un regard de monstre est à 20 cm de ma figure, j'hallucine. Pas un son ne sort de ma bouche mais je suis éberluée. Elle hurle mais elle dit des choses maintenant. Wah ! Elle est ridicule la vieille ! Elle vit dans un palace à ne rien foutre aux frais de la princesse et m'accueille comme une merde. Je comprends même qu'il faut que je déguerpisse quand elle scande "figué, figué !" Son visage torturé par la haine me fait peur. Je pars en courant. Et arrivée dans la voiture, j'éclate de rire ! La scène hallucinante ! J'espère qu'elle va avoir du mal à trouver un compromis avec son bon dieu pour son comportement de connasse et je me tire. Merci le GDR !

 

Et ça y est, c'est parti pour une route ennuyeuse. Surtout que comme je voulais éviter Athènes, j'ai pris une portion de route où rien n'est indiqué en anglais. C'est d'un pratique. Les grecs sont assez nuls pour tout ce qui concerne la route quand même. Ils ne savent pas conduire, leurs indications sont trop tôt, ou trop tard, ou inexistantes, sauf exception, les routes sont défoncées et dégueulasses. On croise des dizaines de chiens écrasés par exemple. Au fur et à mesure que les voitures rouleront dessus, au risque de bousiller calandre, roues et direction, les bêtes seront déportées sur le côté où elles attendront de pourrir au soleil.  J'ai roulé sur une bête un jour. Déjà morte. J'ai entendu un horrible bruit visqueux et osseux. Ca m'aurait fait gerber.

 

Sur la route j'entends George Mickaël, Joss Stone et Massive Attack, avec une chanteuse à la voix de celle de Everything but the girl. J'adore. Je n'entends pas la fin d'un vieux tube de Madonna. Ah ! Encore un truc : les grecs sont incapables de tenir une bonne radio sur plus de 10 kilomètres ! Je passe par des villes où la température excessive n'arrange rien, au contraire. C'est moche. Le comble c'est à Agios Stefanos. La pollution visuelle est tellement énorme qu'on ne sait plus où sont les voitures qui roulent et celles qui sont en stationnement. Je ne comprends rien aux rares panneaux que je vois. Je m'arrête dans le parking sous terrain d'un champion et je vais chercher de quoi manger. Un truc avec des cornichons, des poivrons, de la crème, un truc comme ça. Sûrement du ketchup aussi. Avec des bâtonnets de pain grillés aux sésames, du raisin, des gâteaux secs et du soda water. Des chewing gum aussi. Je mange dans la voiture. Dans le sous terrain. Avec la clim quand même. A fond. Je n'arrête pas de la mettre depuis que je suis partie.

 

Bon, c'est reparti. Je suis les panneaux avec les lettres que je reconnais. Allez, je regarde quand même sur la carte. C'est ça. Je suis presque arrivée. A voir la route et les villes que je traverse, je ne peux pas croire que je me dirige vers une ville bourgeoise de résidences secondaires.

 

Ah ! J'y suis... Mais j'ai manqué le camping ! Vraiment font chier avec leurs indications ! Je n'hésite plus à faire un doigt à ceux qui veulent m'apprendre à conduire. Notamment bien appuyé et en le regardant bien à un connard qui klaxonne quand je laisse traverser un piéton. Ca fait marrer le piéton. Voilà donc le camping. C'est pratiquement le double de tous ceux où je suis allée. Et vu les sanitaires c'est foutage de gueule. Un bac dégueu de sable avec un énorme rebord qui ne sert à rien puisqu'on ne peut pas changer la position de la poire qui est sur... massage !

Résultat : on repeint le mur, ses fringues, et ses godasses à l'occas'. Ca me bouffe.

 

Pas de mini market ici. Je vais donc en ville. Je me promène. Dior, Versace, Gautier... Evidemment, c'est pas très populaire. Mèmère avec son chien-chien... Le vent me soule à un point inimaginable. Christophe m'appelle. On discute un quart d'heure. Juste un coucou avant d'aller chez des amis. C'est trop mimi.

 

Je vais dans le seul restau conseillé par le GDR. Il est désert. Je suis toute seule quoi. Ca tranche avec tout ce que je viens de voir. Tout est le résultat de bricolage, la lumière au néon, la télé allumée. La table du fond est la salle à manger de la famille. Au mur en face de moi, un poster des Météores tout jauni. J'ai un énorme cafard que je sens partir de mon ventre pour arriver dans le fond de ma gorge. J'essaie de le retenir, mais je ne peux pas. Et je craque. Je m'effondre. Terrible. Je ne peux pas m'arrêter de pleurer. Là, tout de suite, j'ai envie d'être dans les bras de ma mère. Mes émotions sont mêlées et me submergent. Je me dis que c’est trop con de ne pas partager ce voyage pour de vrai, mais que je n’ai pas envie de rentrer et que je déteste ce coin. Et surtout le vent. Je ne sais pas si je ne vais pas rentrer à Athènes un jour plus tôt. Mais non, je ne peux pas : mon sac ! Je veux juste avoir à sortir les sacs du coffre pour rendre la voiture. Pour l'instant, mes affaires sont dans le coffre, comme si c'était une armoire, mes sacs sont vides, et l'un d'eux est toujours décousu.

 

Le patron, qui a dû me voir pleurer, m'offre une grosse part de pastèque. Je le remercie. Et je commande un fromage blanc au miel. Je paie, et je vais là où la fille du patron m'a dit d'aller pour trouver l'Internet café. C'est plein de jeunes qui jouent en réseau. Ca crie dans tous les sens là dedans. Ils sont en noir pour la plupart, des pics sur la tête, et des pantalons trop grands. Des petits bourges quoi. Ils ne font qu'Internet ici. Pas de boisson. Tant pis. 10 mn après, le type me demande si je veux une bière. Makaï, Gwen et Saïda sont connectés. Vers 23h50 je décolle parce que je ne sais plus si le camping ferme à minuit ou à minuit et demi. J'en suis à 1,5 kilomètres, mais avec leurs pauvres indications de merde et leurs routes-chemins qui se succèdent, je me plante deux fois avant de retrouver la bonne direction. Tout fait brouillon ici. On ne voit pas où mènent les routes, ni les chemins, ni où on doit aller pour les prendre. Ca m'énerve. J'arrive à 20 au camping, qui est sensé fermer à 30... Mais qui est déjà fermé. Je me gare sur le parking réservé uniquement à la clientèle du restau. C'est souligné. Et je me dis que je sais comment je vais les accueillir s'ils me disent quelque chose demain.

 

Seuls points positifs de la journée : j'ai trop bien mangé au restau du GDR (si je suis encore là demain j'y retournerai), et j'ai essayé une merveille de chez Moschino qui me va comme un gant...

20ème jour

 

XXI/ 20ème jour, 30 août.

 

 

Mon téléphone n'a pas sonné. Normal, il n'a plus de batterie. Merde ! Christophe devait m'appeler vers midi. Et le service est trop impersonnel pour que je charge ma batterie où que ce soit. Et je dois téléphoner à la location de voiture. Pour savoir à quelle heure je dois rendre la voiture.

 

Bon, avant tout, café. Le restau est fermé. Je vais aller me perdre je ne sais où. A l'accueil le type me dit que le restau ouvre à 10h. Je vais donc prendre ma douche. Que ça m'énerve de ne pas commencer par un café ! Dans le GDR, ils disent que le restau est bruyant. Mais 50 personnes auraient pu hurler à leur guise, il y a eu tellement de vent cette nuit que personne ne les aurait entendues. De la résine est tombée sur ma tente. Putain ! J'a-dore ! Au restau, la serveuse me demande d'attendre 5 mn. Je suis toute seule, et parce qu'elle nettoie le frigo, je dois attendre. Une copine à elle arrive et elles commencent à discuter. Je vais me planter devant elle au bar. Les vitres en plexi et le toit, des stores en bâche font un boucan de tous les diables. Ce que ça me fait chier d'être ici. C'est innommable. Je crois que ça se voit parce que la serveuse m’offre mon café. Je donnerais tout pour être à Nauplie. Mais c'est vraiment loin d'ici. Ou pour être restée plus longtemps à Delphes… Je vais aller faire un tour, je verrai bien.

 

Je trouve une petite plage avec un muret, et une chaise laissée là. La plage est assez énorme, et 4 vieux sont là. En tout. C'est ici que je couds mon sac. En une heure et demi je pense. Dès que la grosse aiguille casse, ça va beaucoup plus vite en fait. Je suis assez contente de moi. C'est presque du surpiqué. Je fais de beaux nœuds avec les perles d'un bracelet cassé que j'ai trouvé à Gythion. Voilà. Mon sac est prêt. Maintenant, je veux écrire. Dans un endroit silencieux. Sans vent. Je rêve de silence. Mais tout est fermé ou presque. Je trouve à peu près ça dans une taverne bâchée encore !  Face au port. Télé et radio en même temps. Mais je jure que c'est toujours mieux que ce put... de vent. Je peux charger mon portable ici.  Je dois rendre la voiture demain. A midi. Et avant d'aller la laver, j'appelle Athena.

 

- Nathalie. Où es-tu ?

- A Rafina.

- Aaaaaaaaaaaaaah ! Et qu'est-ce que tu fais là bas ?

 

Sa voix, exagérément enjouée m'énerve. J'ai un ton sec.

 

- Bah je me promène ...

- Ah ? Ta voix est bizarre. Qu'est-ce que tu as ?

- Mais rien voyons ... Tu crois que c'est ce qui était prévu Athena ?

- Quoi ?

 

Retenez-moi, je vais l'étrangler à distance !

 

- Bah ... On ne devait pas se voir ?

- OK, on devra en parler, mais pas au téléphone Nathalie. Tu m'as dit que tu serais à Athènes demain.

- Oui...

- J'ai rendez-vous à Omonia à 14h si tu veux. Ou dis-moi ce que tu connais si tu préfères.

- Non Omonia ce sera très bien.

 

Le lieu je m'en fous grave, je me dis juste que si elle a déjà un rendez-vous ça va être difficile.

 

- Mais je dois rendre la voiture et refaire tous mes bagages.

- Tu ne peux pas donner d'heure ?

- Non. Je t'appellerai quand j'aurai tout fini.

- OK.

 

Elle me demande si j'ai passé de bonnes vacances tout ça, et on raccroche. Oui, j'ai passé un bon séjour Athena, mais c'est pas grâce à toi ! Demain, je ne veux pas me fâcher avec elle. Parce qu'elle est une véritable amie. Parce qu'à l'époque du cahier bleu, je pouvais l'appeler jour et nuit. Et qu'elle m'écoutais le lui lire, pour de vrai. C'est drôle parce que ce cahier est bleu lui aussi. Mais il n'est justement pas si lourd à porter que l'autre, celui du deuil. Bref, je ne veux pas la perdre. Mais je ne minimiserais pas l'événement. A la limite, heureusement pour elle que j'ai passé un bon séjour. trois semaines de Rafina et je l'étripais !

 

A la station service, je n'ai rien à faire que donner mes clés. J'attends assise à l'ombre de la station service, la jupe courte, en fumant une clope, en train de regarder trois mecs laver ma voiture ! La carte postale américaine ! 10 €. Certains luxes ne coûtent vraiment rien.

 

Plage. Disc man. Pour la première fois. Avec le dernier CD qui me reste. J’ai écrit compil I, mais je ne sais pas ce qu'il y a dessus. Ca fait du bien. Ca me raccroche à chez moi. "D'abord on playschool, puis on playmobil, puis on playstation et puis cool, enfin on plaît aux filles". J'appelle ça une phrase géniale. Je ne reste pas longtemps ici. Sur cette toute petite plage de gravier collée à la falaise qui cache déjà le soleil. Il n'est que 17h. Où les gens ont l'air snob. Bizarrement silencieux.

 

Les percus géniales de "Walking like an egyptian" m'accompagnent sur la route de la plage où j'ai recousu mon sac. Et où je ne fais rien. C'est bien aussi. Le type qui me regarde me regardait déjà tout à l'heure. Ca veut dire qu'il a passé sa journée ici. Non, ça, vraiment, je ne comprends pas. Impossible. Sur le petit gravier mouillé d'où je reçois quelques gouttes de la mer agitée, je pense quand même que je suis au meilleur endroit de la région pour supporter le vent insupportable.

 

Je range mes sacs là, sur le parking de cette plage, plus à l'abri du vent que le camping en haut de la falaise. Pourvu que la voiture toute propre ne se retrouve pas orange demain matin. Je vais me laver, et faire un tour.

 

La dame de chez Moschino m'accueille avec le sourire. "Je savais que vous reviendriez". Ah ? Bah pas moi ! Pendant que je traîne, Christophe m'appelle. Pour quelqu'un qui n'aime pas le téléphone, ça va... Et je retourne au restaurant où je suis allée hier. Le Météora. Et je suis encore toute seule. Les patrons viennent me parler. Ca me fait de la peine qu'il n'y ait personne. Ce restau aurait besoin d'un sérieux coup de jeune. Une autre déco, un autre éclairage que les néons, d'autres rideaux que les dentelles grises et usées. Une scène même. Il y aurait largement la place. En regardant le poster des Météores, je leur dis que j’en viens. Eux aussi, mais ça fait 35 ans qu'ils sont installés là. Je me dis qu'ils n'auraient jamais dû partir.

 

J'y vais. Je vais aller vite fait au shop Internet. J'achète deux bières avant. Pour rendre mon dû au type d'hier soir. Mais il n'est pas là. Je fais des montages avec mes photos, j'imprime au fur et à mesure. J'y passe plus d'une demi-heure. Ah ! Mais non, l'imprimante n'est pas reliée à cet ordinateur !  Ca me gave, je laisse tomber. J'envoie quelques mails et je rentre. C'est ma dernière nuit dans ma petite tente rouge. Je n'arrive pas à m'endormir. Je fume une dernière cigarette. Il doit être minuit et demi.

November 05

21 et 22ème jour

XXII/ 21ème jour, 31 août.

 

 

Dès que je me réveille à 8h30, j'entends le vent et ça m'énerve. Je ne me sens pas bien. J'ai mal au ventre. Pas de café avant 10h, alors je me rendors. Jusqu'à 9h30. Je range toutes mes affaires. Mais le vent m'empêche de plier ma tente. Je jette tout avec rage, et je vais prendre un café. Comme je l'avais prévu, le vent a projeté plein de sable sur la voiture, et une pluie fine a bien collé le tout. Je suis dégoutée.

 

Le service est long, le vent dans les bâches m'exaspère. Il fait tout juste bon. Je ne sais pas comment ils font pour travailler ici.

 

Je plie ma tente dans la voiture. Je me dis qu'il ne doit pas être loin de 11h. Mon ventre tire dans tous les sens. Ah non ! Merde ! Il est midi ! Dans le GDR, ils disent qu'on met 1h à parcourir les trente cinq kilomètres qui séparent Rafina d'Athènes à cause des bouchons. Mais c'est faux ! On met presque une heure et demi à cause des feux rouges tous les 200m ! Je ne reconnais pas du tout Athènes quand j'arrive. Je me perds dans ce que je pense être le mont Lycabette sans être vraiment sûre d'être à Athènes.  Et je retrouve Omonia. Et l'auberge de jeunesse. Je fais trois voyages pour descendre mes bagages.  Dans la chambre, la même que la dernière fois, deux femmes. Une qui doit avoir 50 ans, l'autre 60. La première est mexicaine, l'autre néo-zélandaise. La première a laissé son fils en France après un bout de voyage avec lui. Il veut entrer à la Sorbonne. La deuxième est blessée au genou, elle est tombé en sortant du Ferry. Elle attend de pouvoir avoir un billet d'avion pour rentrer alors que son voyage devait se terminer en octobre. Mon anglais est plein de fautes, mais je pense que ça va mieux que la dernière fois que j'étais là. En tout cas, on se comprend toutes les trois.

 

Comme je n'ai pas pensé à demander le numéro d’Athena, j'attends qu'elle m'appelle. Il est 14h quand j'arrive à la location de voitures. Deux heures de retard ! "Pas de problème". J'ai eu la voiture dix neuf jours, parcouru 3009 kilomètres. Le type trouve la voiture impeccable. Il me remercie. Je ne sais pas de combien il réduit la facture, mais il la réduit. Je rentre à pied. Et je passe par la Plaka. Du coup, j'achète la chemise grecque de mon frère. Je laisse un message sur le répondeur de la mère d’Athena puisqu'elle ne m'appelle pas et je rentre. La mexicaine est partie chercher de quoi manger. Mais je n'ai pas encore super faim. Je reste un peu avec elles. Béatriz, la mexicaine me prend en photo avec ma robe Moschino. Et dans un sourire, je me dis que j'ai bien raison de vouloir me prendre en photo moi-même : on voit le sol jusqu'à la moitié de la photo, et mes cheveux sont presque coupés. Ca fait bizarre de rencontrer une femme comme Maureen, la néo-zélandaise, super classe, dans cette auberge de jeunesse. Vers 20h, je relaisse un message à la mère d’Athena pour lui dire que je vais au mont Lycabette. Mais il est trop tard quand j'arrive à Syngrou. Presque plus de lumière déjà. J'irai demain. Quitte à y aller, je veux voir de jour, le coucher de soleil, et de nuit. Je relaisse un message à Athena pour lui dire à quelle terrasse je m'installe. J'ai soif. Et j'écris. A 21h30, je décolle. Je traîne dans Monastiriki, où tout est fermé. Et maintenant j'ai faim. Mon père m'appelle quand je viens de commander des pâtes pour me refaire le ventre qui me tire toujours. Il me demande si je n'ai que ça à foutre de répondre au téléphone et si je peux demander aux gens autours de se taire. Je suis trop contente qu'il m'appelle. Le cyber est sur la route du retour vers l'auberge de jeunesse. Je vais faire graver mes dernières photos. J'ai un coup de flippe parce que deux lecteurs CD ont refusé d'ouvrir les fichiers. J'imagine avoir perdu mes quelques 500 photos et ça me donne super chaud. Le lecteur DVD veut bien ouvrir. Ouf ! J'ai encore super mal au ventre. Je réponds aux coms sur mon blog et je rentre.

 

Il doit être 1h. Tout le monde dort. J'arrive à ne pas faire de bruit dans la chambre, mais la robinetterie de la douche fait des bruits d'enfer. Même si je fais le plus vite possible c'est clair : j'ai réveillé tout le monde. Béatriz vient vérifier l'heure, et Maureen se retourne dans son lit. Il y a une quatrième fille là haut. 

 

XXIII/ 22ème jour, 1er septembre.

 

 

Je suis réveillée à 8h30 par Maureen qui fait du bruit exprès pour ça. Et dès qu'elle voit que j'ai ouvert un œil, elle commence à parler. Et là j'avoue que l'anglais débité au réveil me fait froncer les sourcils. J'ai du mal à suivre. J'ai envie de me rendormir. Je referme les yeux. Mais rien ne l'arrête. Je me lève donc. Elle me propose une tartine de confiture. J'enfile juste un pantalon, et je vais chercher deux cafés et deux croissants. Je ne peux rien faire avant mon café. Elle ne veut pas de croissant. Elle me raconte sa vie. Sa rencontre en 97 avec un iranien de 31 ans de moins qu'elle. Ils se sont vus trois fois en trois ans, il s'est marié et a eu un enfant de son côté, mais elle m'assure qu'ils étaient amoureux. Son divorce à elle, ses trois grands enfants. Qu'elle a revu l'iranien. C'était le but de son voyage. Mais qu'elle l'a découvert accro à la play station et à la télé jusqu'à 4h du matin. Son môme insupportable. Bref, elle est partie, et là, elle se sent libre, pour la première fois depuis sa rencontre avec lui. Je ne suis pas sûre des dates et des durées, elle me débite son histoire comme si j'étais bilingue, et d'ailleurs, j'acquiesce comme si je comprenais tout : je me réveille ! Elle me dit qu'elle peint, me pose des questions sur mes projets. Veut des détails. A 11h, j'arrive quand même à me préparer pour sortir.

 

Au hasard de ma promenade, je me retrouve dans une parfumerie. On ne sait jamais. "Bonde, de Versace". Non, il n'existe plus. Je le sais, mais c'était pour essayer... La vendeuse, jeune pourtant, me dit qu'elle l'a connu. C'est rare. Elle m'en fait sentir un autre en m'assurant qu'il lui ressemble. Je fais la moue. "Non, pas du tout. Mais merci quand même."  Je continue à me promener. J'achète des souvenirs dans un kiosque. Athena m'appelle à 14h30. J'ai encore laissé un message chez sa mère ce matin. Elle a rendez-vous chez le dentiste à 18h. On se donne rendez-vous à 20h30 au Saint Georges. Un hôtel. J'imagine genre Georges V à Paris... Je suis dans le jardin national. Splendide. Même si les cages au milieu me font mal au cœur. Comme les cages vitrées du jardin d'acclimatation : la honte ! Là, des animaux de toutes sortes sont dans de toutes petites cages : poules, coqs, chats (!!!), une autruche et des chèvres dans des enclos ridicules. Un petit bar au fond. Très ombragé. Je m'assois ici pour écrire. Il est à peu près 15h30 quand je décide d'aller à Gazi, le quartier artistico-bobo d'Athènes. Ah ! Au moment où je veux prendre une photo dans le jardin, je me rends compte que mon numérique déraille sévère. La photo apparaît avec de grandes lignes horizontales rouges. Je vais donc chercher avant tout un photographe. En sortant du parc, je remarque que, depuis un moment déjà, je sens une effluve connue et chérie. Témoin d'une période importante de ma vie. Avant le cahier bleu. Et je constate après avoir regardé autours de moi, que c'est ma main gauche. La vendeuse avait raison tout à l'heure ! Elle a retrouvé ma petite madeleine de Proust à moi. J'éprouve un soulagement indescriptible et surtout incompréhensible pour un grand nombre de gens qui n'ont jamais compris ma tristesse à la disparition de mon parfum. Je vais pouvoir m'enivrer de souvenirs. Heureusement que j'ai retenu le nom et la marque !

 

Le premier photographe ne peut rien pour moi. C'est un vendeur de pellicules. Le second, un peu plus coopératif propose d'envoyer mon appareil chez Kodak. Merci beaucoup, je verrai ça à Paris. La vendeuse, très sympathique, et visiblement embêtée, m'envoie chez un confrère. En route, je trouve un magasin de disques. Je vais essayer de trouver ce duo qui m'a accompagnée plusieurs fois sur la route, mais dont je ne connais ni le nom des interprètes, ni le titre de la chanson. Le magasin étant de la taille du Virgin des champs, j'espère que la compétence des vendeurs sera égale à celle du vendeur de la FNAC de Châtelet qui m'avait trouvé l'album de Smoke city juste en fredonnant l'air d'une pub Levi's. Le premier vendeur est clairement gay. Il l'affiche. Super sympa, il ne sait pas encore qu'il va passer quelques heures avec moi. Et moi non plus. Un deuxième vendeur vient me demander à l'oreille si le quartier gay de Paris est sympa parce qu'il veut emmener son ami là bas. Je lui dis de m'appeler quand il viendront. Après de nombreuses écoutes infructueuses, je me rends compte qu'il est déjà 17h50. J'achète deux CD même si je n'ai toujours pas trouvé mon duo. Je trouverai sûrement sur Internet avec l'aide d’Athena. Je dis au revoir précipitamment parce que je dois sûrement acheter de quoi manger à Maureen qui ne peut que très mal se déplacer, me doucher, me changer, et me dépêcher pour ne pas manquer le coucher de soleil sur le mont Lycabette.

 

Gagné ! Maureen veut un truc frais en bas, au Slouvaki. Mais la vieille fait semblant de ne pas comprendre ce que je veux. Je ne veux pas de sandwich donc je ne l'intéresse pas. Je vais demander au supermarket, où le vendeur a l'air effaré que la vieille m'ait dit non. Il m'envoie vers un autre qu'il qualifie de "près". Notion de cycliste berlinois encore ! Je passe en plein milieu d'un quartier de toxicos. Des jeunes aux mains bandées de vieux chiffons dégueulasses, les yeux sans regard, des vieux qui rigolent bouches béantes et édentées. Je suis en short avec un top court et moulant. Je me dis que si je tombe et que je me casse la jambe, avec ma chance tout est possible, je meurs ici dans le plus grand anonymat. Le serveur m'envisage de la tête aux pieds avant de me dire d'une voix de crooner de seconde zone que "bien sûr il peut me vendre une salade grecque à emporter." Il est 18h30 quand je reviens finalement avec la salade. Maureen a mis la bande que je lui ai achetée avec du Voltarène.

 

En trente minutes je suis prête, record battu de nouveau. Je vais finir par croire que c’est possible ! Je sors avec mon pied et mon appareil dans mon sac de plage qui me sert de fourre-tout depuis le début de mon périple. Direction Syntagma. L'arrêt de bus 060 est derrière l'ambassade de France, c'est pas tout près, et ça monte. Dans la côte, un taxi emboutit une voiture. Qui s'arrête en plein milieu d'une rue en sens unique très étroite. Ca tombe bien, le bouchon qui s'ensuit commence avec le bus 060. Mais le chauffeur ne veut pas m'ouvrir la porte. Il me fait signe que l'arrêt est plus haut. OK, je continue donc en pensant qu'il est tout près. Et quelques minutes plus tard, je vois le bus qui me double à vive allure. Je vérifie dans le GDR, mais je le savais déjà : le bus 060 ne passe qu'une fois toutes les demi-heures. Quel connard de chauffeur. J'arrive en nage à l'arrêt. Si le chauffeur était en face de moi, je lui éclaterais la ... Dans le reflet de la vitrine d'un tailleur, j'assiste au coucher de soleil. Je suis dans un état de nerfs encore jamais atteint. Je suis en rage. J'ai envie de hurler. C'est d'ailleurs ce que je fais. J'insulte le chauffeur de tous les noms. Quoi ? Je pourrais très bien être atteinte du syndrome Gilles de la Tourette ! Ca me fait du bien. Le bus suivant arrive. Le prix du ticket ? Le chauffeur n'en vend pas. Ca me fait parler français à voix haute ! Bah tant mieux ! Et j'aimerais bien être contrôlée aussi. Le chauffeur conduit comme un dingue. Ma crise de nerfs se transforme en crise de rire, je chante à tue tête dans le bus "chauffeur, si t'es champion, appuie, appuie, chauffeur, si t'es champion, appuie sur le champignon !" ça me fait rire aux larmes, et je sens mon ventre se détendre. Je ne sais pas comment les vieux tiennent debout quand, assise, je dois faire attention à ne pas me ramasser contre la vitre. Un quart d'heure d'attente au funiculaire, nuit noire à l'arrivée : J'ai loupé plein de photos. Dans le funiculaire je rencontre deux français. Il lui en veut d'avoir manqué le coucher de soleil. Mais ça n'est pas un reproche très sérieux comparativement à la crise de nerfs que je viens de terminer. Ils sont sympas. Je reste avec eux 1/2heure à peu près. Je ne prends aucune photo. Trop déçue. Et je redescends.

 

Depuis le funiculaire, j'aperçois déjà Athena, qui plisse les yeux parce qu'elle n'a pas mis ses lunettes. Finalement elle me voit et sourit. Malgré toute la colère que j'ai pu ressentir contre elle, je suis émue de la voir. On se serre très fort...

November 04

C'est tout pour l'instant

Voilà... Je garde le suspense de la fin pour moi pour l'instant. La discussion avec Athena et mon retour.

Je me laisse un peu de temps avant de vous les faire lire. Je ne sais pas combien de temps exactement. Disons un peu. J'espère que vous avez passé un bon moment et que vous espérerez la fin en trépignant.

Merci d'en être arrivé là.

 
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